samedi 16 décembre 2017

Nucléaire : Voulons-nous perdre encore un autre fleuron ? (2ème partie)


Avant de regarder les dégâts que l’arrêt du nucléaire peut entraîner, je voudrais insister sur le leurre d’information que représente une unité de radioactivité souvent utilisée. En dehors du Sievert qui est utilisé pour quantifier les doses de radioactivité reçue, donc l’ensemble du nombre de particules et de leur énergie, il est courant de voir des articles ou des reportages qui parlent de Becquerels. Cette unité correspond à une désintégration de noyau par seconde, elle est à l’échelle de l’atome, donc très petite et a remplacé le Curie qui était une unité beaucoup trop grande.

Mais on est tombé d’un extrême dans l’autre et les chiffres annoncés par les mesures faites par un compteur Geiger, qui compte les désintégrations qui le frappe, donnent des valeurs en centaines de milliers de Bq, voire en millions ou plus. Ils impressionnent le lecteur qui ne dispose d’aucune échelle relative de comparaison. C’est ainsi que j’ai pu voir un reportage à Fukushima où les mesures faites en s’approchant du sol donnaient des chiffres « effrayants » qui n’étaient pourtant même pas de l’ordre de ce que l’on mesure sur des engrais phosphatés. Evidemment les anti-nucléaires s’en servent abondamment pour cultiver la peur de cette énergie. Entrez un compteur Geiger dans une maison bretonne en granit et il va se mettre à crépiter et saturer la première échelle de mesure. C’est sans doute la raison qui fait dire à Macron que les bretons sont des illettrés… rendus fous par la radioactivité. 

Il n’est pas de mon intention de dire que la radioactivité est sans danger. Marie Curie en a subi l’effet la première en manipulant 8 tonnes de pechblende pour extraire 1g de radium mais alors elle était bombardée non pas par des centaines de désintégrations mais par des centaines de milliards. Tout est une question d’échelle. Contrairement au danger chimique, la protection contre la radioactivité, dite la radioprotection, ne réserve pas de surprises, le phénomène physique est parfaitement connu. Les protections sont adaptées au niveau de radioactivité selon les utilisations faites. Cette industrie est particulièrement surveillée et les rejets de substances radioactives dans les rivières et dans la mer sont soumises à des normes nationales de rejet et déclarées dans toutes les préfectures. 

Bref la France est exemplaire dans le domaine de l’énergie nucléaire et, contrairement aux États-Unis, recycle au maximum, à la Hague, les combustibles usés. C’est du presque totalement renouvelable avant l’heure. Elle minimise ainsi les déchets ultimes et prend son temps pour les stocker définitivement avec une installation à Bure en cours de construction et qui ne recevra une validation que lorsque toutes les précautions seront prises. Par ailleurs elle sera surveillée pendant un siècle avant d’être définitivement fermée. La France est le pays qui maîtrise totalement le cycle du combustible à partir de l’extraction de l’uranium de la mine en passant par les traitements chimiques du minerai, l’enrichissement, la fabrication des combustibles, la production d’électricité dans les réacteurs, la récupération de l’uranium et du plutonium des combustibles usés, et leur réutilisation dans des combustibles mixtes MOX pour repartir dans les réacteurs. 

Tout ceci pour dire que cela ne s’est pas fait en un jour et a demandé que le fleuron de la science et de l’ingénierie française puisse au bout d’un demi-siècle parvenir à cette maîtrise et à cette excellence reconnue dans le monde entier jusqu’à la fin du siècle dernier en tous cas. La France a été le pays phare avec les Etats-Unis dans le monde de l’énergie nucléaire. Le premier coup lui a été porté par l’arrêt de Superphénix, un réacteur de quatrième génération dit surgénérateur. Ce prototype industriel faisait suite au réacteur expérimental Phénix qui avait démontré la faisabilité et l’intérêt de ce nouveau type de réacteur à neutrons rapides. Il permettait de multiplier par un facteur d’au moins 60 les réserves d’uranium et donnait donc une indépendance plus grande à la France. Pour des raisons politiques, sous la pression écologique, Jospin en a signé l’arrêt. Comme pour tous les prototypes, des incidents, essentiellement dans la partie non nucléaire, ont interrompu plusieurs fois la production. Cela a suffi pour trouver des raisons à son arrêt au grand dam de notre Prix Nobel de physique, Georges Charpak. Cette technologie était aussi expérimentée par les russes, qui eux ont continué à travailler pour bientôt la vendre au monde entier, plus de 25 ans après nous. 

Ce premier coup d’arrêt signait une première victoire du « Sortir du nucléaire », mais les solutions alternatives n’intéressaient guère le monde des grandes multinationales tournées vers le pétrole. C’est le réchauffement climatique et la lutte contre le CO2 qui servent d’argument majeur pour promouvoir les énergies renouvelables, les EnRia. L’argumentation est alors bâtie d’une part sur la dangerosité du nucléaire, et d’autre part sur la pollution des centrales thermiques, ce qui permet d’éliminer toutes les énergies fossiles non renouvelables. Mais il reste un point noir, les EnRia ne savent pas produire un kWh bon marché et demandent de lourds investissements. Par le battage des COPx, la nécessité d’investir pour sauver la planète se répand dans les gouvernements qui y voient un argument politique pour justifier leur utilité dans des actions « vertueuses » et vertes. Il faut amorcer la pompe pour que les grandes entreprises mondiales s’y intéressent et les milliards commencent à valser jusqu’à la COP21 avec ces 100 milliards, dont on dit désormais qu’ils sont notoirement insuffisants. Cette fois les grands lobbies se pourlèchent les babines et font pression pour que l’argent arrive. 

Il faut donc que l’on augmente la pression sur les cerveaux des populations, dont la nôtre en premier plan, pour que tout un chacun délie les cordons de sa bourse avec toute la joie de participer à une action « vertueuse ». C’est un peu avant que la France ait basculé dans une impasse technique et financière. La force politique des écologistes allemands a lancé un plan d’arrêt du nucléaire dans ce pays sans d’ailleurs vraiment s’engager sur l’arrêt des centrales thermiques. Pourtant ce pays pollue beaucoup plus que la France. L’écologie idéologique française a sauté sur l’occasion pour lancer la nécessité d’un plan vert sans être poussée par une augmentation de la consommation électrique. Nous devons avoir donc environ 7.000 éoliennes implantées et le plan en prévoit 20.000 dans les cinq prochaines années. 

D’abord en Allemagne, comme en France, le triple objectif de réduction du CO2, d’arrêt des centrales nucléaires et thermiques, va s’avérer impossible. La reculade de Hulot, qui avoue que l’on ne peut pas arrêter les 17 centrales nucléaires et toutes les centrales à charbon en même temps, n’est que la prise en compte masquée d’une impossibilité physique. J’ai montré dans des articles précédents, à partir de l’étude des évolutions de consommation électrique par type d’énergie en Allemagne et en France, que les EnRia, énergies intermittentes et aléatoires, donc non pilotables, ne peuvent être couplées au réseau que si une production suffisante d’énergies pilotables leur est associée. En gros sur un an, 1kWh d’EnRia a entraîné 1 kWh d’énergie pilotable. L’énergie pilotable d’une façon quasi instantanée est l’énergie thermique qui permet de faire face à la consommation à tout moment. 

En conséquence, plus on développe les EnRia, plus on doit produire d’électricité thermique, donc de CO2 mais aussi tous les autres polluants émis par ces centrales. De plus la surproduction par le couple EnRia et énergie thermique, ne dégage qu’une faible part d’énergie pour arrêter le nucléaire qui représente au départ 75% de la consommation. L’Allemagne et la France vont ainsi dans le mur sur un simple plan technique. La diminution de la production d’électricité thermique par les EnRia est impossible. Pour lutter contre l’émission de CO2, la seule solution est l’arrêt des centrales au charbon pour des centrales au gaz moins polluantes. La course en avant des EnRia pour arrêter le nucléaire ne peut que se solder par une augmentation corrélative de la production thermique et une augmentation du coût du kWh. Mais cette compétition programmée entre EnRia et énergie nucléaire a de graves conséquences économiques et financières dont nous parlerons dans un prochain et dernier article.


Le rêve idéologique français de l’énergie gratuite 

Signe en fait un pas vers l’augmentation 

Du prix de l’électricité de 75% 

Pour engraisser des lobbies 

Qui chauffent le climat 

De notre acceptation !
 
Claude Trouvé 
16/12/17