jeudi 7 décembre 2017

Mensonges et manipulations (2ème partie)



L’actualité ne manque pas de nous servir en continu des mensonges ou des manipulations. Dans le genre manipulation, on apprenait hier que le SMIC était dans les réflexions du gouvernement. Un « groupe d’experts indépendants » (nommé par décret du Premier Ministre, ce qui garantit son indépendance) aurait fait une étude sérieuse, enfin experte, sur cette barrière minimale imposée aux salaires à 1480 bruts. Celle-ci présenterait plus d’inconvénients que d’avantages… pour qui ? Les préconisations de ce groupe ne sont pas nouvelles. Il donne chaque année depuis 2008 ses recommandations quant au niveau du salaire minimum en France. Les préconisations de ce cercle d'économistes sont transmises aux organisations de salariés et d'employeurs qui donnent leur avis au gouvernement pour fixer le niveau du SMIC. En fait d’avis il s’agit plutôt d’une simple information qui respecte l’existence des représentants des salariés dont il ressortait au mieux une réévaluation du SMIC suivant l’inflation. Ce groupe s’est d’ailleurs toujours opposé au coup de pouce donné en plus.

A peine sorti du cadeau aux salariés sur les cotisations sociales sur le dos des retraités, on va rogner sur les salaires dans un printemps annoncé qui se révèle un hiver tardif. En effet le fait de bloquer le SMIC c’est donc le diminuer en regard du pouvoir d’achat, donc un appauvrissement de cette population. Mais cela entraîne ipso facto le blocage de tous les salaires dans la plupart des entreprises, sinon il s’agirait d’accroître les inégalités et au détriment financier de l’entreprise. Selon ces experts, le coût du travail des salariés payés au SMIC aurait des "effets négatifs sur l'emploi". J’ai montré, par comparaison avec les autres pays de l’UE qu’il n’en était rien bien au contraire, les chiffres sont incontestables car issus de la base de données d’Eurostat… mais je ne suis pas un de ces experts grassement payés par le CNRS, ou l’OCDE avec le privilège de ne pas payer l’impôt sur le revenu ! La vie du Smicard ne doit pas être leur préoccupation quotidienne. Entre 2011 et 2016 la tendance moyenne dans les pays de l’UE est une augmentation du PIB/habitant de 0,7% pour 1% de plus de coût de main-d’œuvre et une diminution du taux de chômage de 0,3% avec 1% d’augmentation du PIB/habitant. On en déduit que 1% d’augmentation du coût de main-d’œuvre a produit non seulement une augmentation du PIB/habitant mais aussi une diminution de 0,2% du taux de chômage entre 2011 et 2016. C’est exactement l’inverse de la proposition des experts. Je n’y peux rien, les chiffres sont les chiffres et accessibles à tout le monde à condition de savoir les consulter et les traiter. 

Il s’agit là en fait d’une grossière manipulation basée sur la théorie de l’offre qui est sensée créer la demande et l’emploi. Comme la plupart d’entre nous ne savent pas dire si c’est la poule qui crée l’œuf ou l’inverse, on peut savamment exposer l’une ou l’autre théorie, améliorer l’offre ou le pouvoir d’achat. Le choix de l’UE est clairement celui de la compression des salaires qui profite aux entreprises, en particulier aux entreprises exportatrices. C’est le levier qui reste quand la monnaie est bloquée. On pratique ainsi une dévaluation interne. D’ailleurs il est très probable que la suppression totale du SMIC, ou partielle comme en Allemagne, est déjà dans les tuyaux. Les Grandes Orientations de la Politique Européenne ont donc servi de livre de chevet pour nos experts, forts capables de nous démontrer n’importe quoi tant que leurs travaux ne subiront aucune contre-expertise. Encore une fois la politique économique française n’est que le copié-collé de la politique économique de l’UE. Mais celle-ci ne se préoccupe pas du chômage et de la pauvreté, mais de l’enrichissement des plus riches dont les plus grandes entreprises et les grandes banques. 

La baisse relative du SMIC pour lutter contre le chômage et la pauvreté est un mensonge éhonté, mais il s’agit aussi d’une manipulation pour nous faire accepter une politique qui laisse l’attribution des salaires sans garde-fou. Force est de constater qu’au moins un candidat à la présidentielle nous avait averti… avant qu’on l’oublie. Combien nous faudra-t-il de mensonges et de manipulations pour que nous prenions conscience de l’origine de notre descente aux enfers ?


On ne s’étonnera pas des conclusions du groupe d’experts quand on sait que son Président est Gilbert Cette, qui a soutenu Emmanuel Macron pendant la présidentielle, et est opposé de longue date à un Smic qu'il juge trop élevé. La justification basée sur le fait que le salaire minimum français est inférieur de 50% du salaire moyen alors qu’il n’est que de 40% en Allemagne ne tient pas puisque l’on peut tout aussi bien augmenter le salaire moyen au lieu de diminuer le salaire minimum pour le même résultat d’écart. Oui mais voilà augmenter le salaire moyen tire tous les salaires vers le haut, alors que diminuer le salaire minimum les tire vers le bas. Il n’en ait évidemment pas question. Il faut donc bien comprendre que la baisse relative du SMIC, par son blocage, aura un impact sur l’ensemble des salaires et c’est cela le réel but visé. 

Comme je l’ai expliqué plusieurs fois, la baisse du pouvoir d’achat ne peut avoir qu’un impact négatif sur la demande intérieure. En effet le coût salarial ne joue que partiellement sur le prix des produits, alors que les salaires jouent totalement sur le pouvoir d’achat donc la demande, donc finalement sur le PIB/habitant et le chômage. Par contre cela est profitable aux entreprises exportatrices, dont l’impact sur la croissance exclut les plus grandes qui font de l’optimisation fiscale et de la délocalisation. Les graphiques présentés ci-dessus sont sans appel… dites-le autour de vous, on nous ment et on nous manipule. 

Le plus gravissime de ce parcours vers la Grèce 

Serait que le peuple n’y perçoive que du feu.

« Laissons-lui encore un peu de temps » 

Ce message de l’autruche qui s’insinue

Dans les esprits de beaucoup 

Montre que la Grèce

Attire encore !

Claude Trouvé
07/12/17