dimanche 17 décembre 2017

Nucléaire : Voulons-nous perdre encore un autre fleuron ? (3ème partie)



Qu’on le veuille ou non la France a choisi d’être le fer de lance de la révolution verte, celui qui va aider la planète à ne pas mourir. En effet toute la vie animale et végétale est menacée tout-au-moins sur les parties terrestres immergées. On se prend à regretter de ne pas être poisson. Oui la France, avec son faible taux de CO2 pavoise en oubliant de dire pourquoi, laissant s’insinuer dans nos esprits que c’est à cause de son choix des énergies renouvelables, les EnRia devenues les armes de la puissance écologique. Malheureusement il n’en est rien, le faible taux est dû essentiellement à l’utilisation de l’énergie nucléaire et non aux éoliennes et aux panneaux solaires. C’est d’ailleurs pour cela que l’on attaque le nucléaire sur le plan de la dangerosité. J’ai montré dans les articles précédents combien cet argument était surjoué dans la propagande écologique et politique.

Néanmoins la lutte contre le CO2 est engagée et il est dit que seules les énergies renouvelables ont le droit d’exister. La propagande fait rage avec la dangerosité du nucléaire et la décarbonisation de la planète. Même nos lettres voient fleurir le cachet « Objectif zéro CO2 » sur un courrier dit neutre en carbone. On oublie que pour le fabriquer on a utilisé de l’électricité en partie thermique et que celle-ci a aussi servi pour pouvoir multiplier les EnRia. C’est cela aussi que l’on oublie volontairement dans la construction des 2000 nouveaux parcs éoliens programmés pour 2023 par la “Transition Énergétique”. De plus 30% de ces implantations se font sur des terrains d’élus locaux, ce qui engendre une corruption qui pourrait se généraliser à 1.000 communes rurales en France. Ces prises illégales d’intérêts ont été dénoncées dès 2015 par les rapports du Service Central de Prévention de la Corruption. Des condamnations ont été prononcées. C’est en effet l’éolien qui fournit l’essentiel de la production des EnRia à hauteur de 3,9% de la production totale soit plus de 71% de celles-ci. 

Après plus d’une décennie passée à essayer d’imposer ce programme éolien terrestre et offshore, l’argumentaire des gouvernements successifs relayés par l’Agence de maitrise de l’énergie (Ademe), a été basé sur le développement d’une filière industrielle française de fabrication d’éoliennes et sur la création de dizaines de milliers d’emplois. On en est très loin : les deux sociétés qui devaient relever ce défi, Alstom et Areva, ont fait défection. Alstom, pourtant un des fleurons de l’industrie française, a été vendu à l’américain General Electric, et Areva a sombré corps et biens dans l’éolien maritime. Il n’y plus d’industrie française de fabrication d’éoliennes terrestres. Elles sont toutes importées, principalement d’Allemagne et du Danemark, pour un montant total de 21 milliards d’euros.

Il en est de même pour les éoliennes en mer dites offshores. En France, Il ne s’agit pas d’éoliennes offshores mais d’éoliennes terrestres dites “les pieds dans l’eau” qui n’ont rien à voir avec celles implantées en pleine Mer du nord, balayées par des vents forts et constants où la productivité des éoliennes peut atteindre 43% au lieu de 35% au mieux prévu pour les nôtres. Six chantiers éoliens français, (1200 machines), sont programmés au raz des côtes de la Manche et sur la façade atlantique : Le Tréport/Dieppe, Fécamp, Arromanches/Courseulles, Saint-Brieuc, Saint-Nazaire/La Baule, les îles d’Yeu et Noirmoutier. 

Après avoir programmé le massacre de la France par 20.000 éoliennes terrestres géantes importées d'Allemagne et du Danemark, nos dirigeants ont donc désormais décidé de saccager aussi un littoral jusqu’ici préservé, au mépris de l’économie locale et de la protection indispensable de l’océan. Mais il n’y aura pas d’éoliennes terrestres ou près du littoral qui seront fabriquées en France, et donc pas d’emplois créés pour cela. Qui dit même que ce sont des sociétés françaises qui gagneront les appels d’offres pour l’implantation des éoliennes en mer ? C’est là que l’on touche directement aux problèmes économiques et financiers. EDF sera obligée par l’Etat d’acheter cette électricité offshore à plus de 22 centimes d’euro le kWh alors que le prix de l’électricité se négocie en dessous de 3 centimes d’euro le kWh. C’est 7 fois moins ! Il ne s’agit ni plus ni moins que de subventions françaises aux entreprises étrangères, soit une fuite d’argent hors du pays, que finalement l’abonné va payer sur sa facture d’électricité !

Le bilan économique et financier est déjà inquiétant avec peu d’emplois créés, un appauvrissement de la France par l’augmentation prévue du prix du kWh déjà estimé à 75% plus cher par la Cour des Comptes et le Sénat. Dans le bilan financier il ne faut pas oublier que l’électricité éolienne terrestre est dispersée sur le territoire, ce qui entraine la construction d’un nouveau réseau de collecte et de distribution d’électricité, des milliers de kilomètres de lignes électriques, des milliers de pylônes et de transformateurs. Déjà le coût total pour EDF est estimé à 5 milliards d’euros cette année dont 1,5 milliards pour les réseaux de distribution. Mais cet axe privilégié sur les EnRia a une autre conséquence, c’est qu’il se fait au détriment de la filière nucléaire française. 

Il est déjà handicapant de subir la volonté du gouvernement français de sortir du nucléaire lorsque l’on veut vendre des réacteurs à l’étranger, ce qu’a du supporter AREVA puis EDF. Or ce marché est loin d’être tari. Avec 72 réacteurs nucléaires en construction et 160 à l’état de projet, le développement du nucléaire se concentre pour les trois quarts dans les pays non membres de l’OCDE : Chine, Inde, Brésil, etc. Remarquons que ces pays sont les principaux pays des BRICS. Selon l’Agence Internationale de l’Energie, d’ici 2040, la capacité mondiale d’électricité d’origine nucléaire devrait croître de près de 60 %. Néanmoins nous avons réussi à être présents grâce à nos EPR, type Flamanville, en Chine (2 entrent en fonctionnement en 2018) et au Royaume-Uni… avec les chinois. Cette orientation sur la transition énergétique à base d’EnRia a conduit EDF à créer une branche Energies nouvelles après rachat d’une société privée du secteur pour 800 millions. Mais cette double orientation, fortement tournée vers les renouvelables, a considérablement fragilisé son cœur de métier et a eu les conséquences suivantes :

« En 2016, EDF, premier producteur mondial d’électricité employait 155000 salariés dans le monde dont 129000 en France. Sa situation économique est alors fortement dégradée : des fonds propres inférieurs à 20 milliards d’euros, une action en forte baisse (- 66 % depuis 2014), un endettement qui s'est envolé (40 milliards, soit plus de la moitié de son chiffre d’affaire), des retraites non provisionnées évaluées à plus de 60 milliards d’euros, une fusion périlleuse en cours avec Areva qui totalise de son côté 4,8 milliards de pertes. Ces difficultés se sont traduites par la sortie d’EDF du CAC 40 fin 2015, la démission de son directeur financier début 2016, l’abaissement de la note du groupe par l’agence Standard & Poor’s et son déclassement par l’agence Moody’s. Un déclin confirmé début 2017 par l’annonce de plusieurs milliers de suppressions de postes à venir. C’est un scénario de faillite programmée. »


On a fait retomber les difficultés d’EDF sur le retard dans la construction de l’EPR de Flamanville, mais ses difficultés avaient commencé bien avant. Les décisions de l’Etat concernant le prix du kWh en dessous du prix ne permettant pas à EDF de vivre correctement depuis des années, et son orientation sur des EnRia dont le prix du kWh est beaucoup plus élevé de 2 à 5 fois selon les énergies, comme l’indiquent les chiffres publiés par RTE pour 2016, sont les véritables causes. Au passage EDFen  récupère une partie sur l’abonné par la taxe CSPE. 

EDF est en survie et l’État a commencé à réfléchir à son avenir. La tendance actuelle est de céder les participations de l’État, même dans des industries stratégiques. Une solution envisagée est la séparation entre les activités liées aux EnRia et celles au nucléaire. La première serait cédée au privé mais on peut penser que l’argent récupéré n’ira pas loin, cette activité n’ayant jamais atteint son seuil de rentabilité. Cela peut donc aller jusqu’à la cession complète d’EDF avec peut-être une minorité de blocage pour l’Etat. Selon certaines sources, des groupes financiers internationaux ont flairé l’hallali et travailleraient sur ces hypothèses de démantèlement et de rachat total ou partiel. 

On sent qu’il se prépare un dépeçage progressif d’EDF, mais, après le matraquage médiatique sur le nucléaire, on peut redouter que l’opinion publique ne réagisse que mollement. Selon certains sondages 77% % des français sont aujourd’hui antinucléaires alors que c’est cette filière qui fournit plus de 75% de l’électricité des ménages. D’ailleurs on peut s’interroger sur les influences extérieures comme celle de Green Peace, qui a des intérêts financiers engagés dans le business énergies vertes avec sa filiale Planet Energy. La politique européenne vient conforter la crainte de voir EDF, et la SNCF d’ailleurs, privatisées au profit de multinationales. La France s’est tiré une balle dans le pied en stigmatisant le nucléaire, l’un de ses plus beaux fleurons mondiaux.

Greenpeace est-elle une ONG uniquement au service de l’écologie ou le cheval de Troie de multinationales qui rôdent autour d’un démantèlement d’EDF ? Quel est le rôle de la filiale Enr qui, par sa publicité et son action sur le terrain, détruit médiatiquement la filière nucléaire de sa maison mère EDF ? Les EnRia ne sont ni une affaire d’électricité, ni d’environnement ni de sauvetage de la planète. C’est un “big business” ou des multinationales, des banques, des affairistes et même certains escrocs font des fortunes gigantesques. Ils pillent les consommateurs à qui ils font croire qu’ils leur vendent une électricité verte, vertueuse et gratuite qui va sauver le monde.

La mise à mort de la France industrielle est en marche. 

Le monde des multinationales, telles des chacals,

Accélèrent le dépeçage de nos fleurons 

Et anesthésient nos réactions

Par son discours vertueux 

« Sauvons la planète »
 
Claude Trouvé 
17/12/17