mercredi 8 novembre 2017

La transition énergétique face à la réalité grâce à RTE



RTE, Réseau de Transport d’Électricité, est une entreprise de service qui gère le réseau public de transport d'électricité haute tension en France métropolitaine. Elle vient de publier son « Bilan prévisionnel 2017 ». Il s’agit d’une véritable étude prévisionnelle menée avec méthode et la prise en compte, des orientations politiques sur les énergies renouvelables, des prévisions de consommation, des coûts, de l’interconnexion européenne des réseaux électriques, du vieillissement des centrales nucléaires, etc. Cinq scénarios ont été retenus avec un grand nombre de variantes. Il s’agit d’une étude prospective sérieuse comme on aimerait en voir dans de nombreux autres domaines. RTE vient de remplir pleinement sa mission, comme le fait l’ASN, l’Autorité de Sûreté Nucléaire. Il convient de saluer leur travail et de prendre en compte leurs avis.

Mais ces deux organismes jettent évidemment un pavé dans la mare du rêve de la transition énergétique. L’ASN maintient que la durée de vie des centrales nucléaires peut être prolongée au-delà de quarante ans si la visite décennale obligatoire s’avère le permettre. Elle oblige EDF à faire les maintenances nécessaires soit normales soit en raison du vieillissement, soit pour prendre en compte les enseignements des catastrophes dont principalement celles de Fukushima et des attentats. En tant que gardienne de la sûreté de fonctionnement du parc nucléaire, elle met en lumière que tout arrêt de centrales qui ne serait pas de son fait est une décision purement politique. Ainsi l’arrêt prévu de 17 centrales nucléaires d’ici 2022 est une décision purement politique qui ne tient pas compte de l’avis de l’ASN sur l’état du parc. La durée de vie des centrales fixée à 40 ans est une donnée qui soumet seulement une centrale à un examen approfondi avant d’être autorisée à produire au-delà de cet âge. On voit d’ailleurs toute la différence entre le principe de prévention et celui de précaution. Le principe de précaution arrête une centrale nucléaire à 40 ans parce que, par principe, le vieillissement augmente les risques qu’à priori on ne veut pas prendre. Le principe de prévention veut que le risque soit évalué en permanence et les remèdes soient apportés dans les plus brefs délais quitte à arrêter provisoirement l’installation, et cela jusqu’au moment où la sécurité de fonctionnement n’est plus assurée selon les experts et signifie l’arrêt. 

RTE vient de publier un rapport qui montre l’impossibilité de réaliser l’ensemble des objectifs de la transition énergétique dans les délais prévus. En gros on ne peut pas envisager l’arrêt des 17 centrales nucléaires en 2022. La frénésie écologique se heurte à la réalité. Hulot doit lâcher du lest et ceci d’autant plus que les scénarios de consommation privilégient les baisses de consommation dans les années à venir, ce qui ne m’apparaît pas l’hypothèse la plus probable et pas en accord avec les prévisions de croissance du gouvernement. La croissance à une répercussion directe sur l’augmentation de la consommation électrique. Par ailleurs l’isolation des bâtiments fait baisser la consommation électrique des bâtiments neufs ou chauffés à l’électricité, mais il n’y a rien à attendre de celle des bâtiments anciens chauffés au fioul ou au gaz. Enfin le développement de la voiture électrique et de tous les appareils de communication va dans le sens de l’augmentation, même si la production électrique directement chez les particuliers prend son essor au moyen de subventions de plus en plus coûteuses pour l’État au fur et à mesure de leur développement. On voit que celui-ci a commencé un rétropédalage de l’aide sur ce point et l’Espagne a supprimé les subventions aux énergies renouvelables.

Il est intéressant de regarder les scénarios basés sur une consommation haute jusqu’en 2035 parce qu’il ne peut être écarté avec les informations actuelles connues et que depuis plusieurs années la consommation se maintient à un niveau quasi constant. RTE a mis l’hiver 2017-2018 sous vigilance, ce qui veut dire que le risque de mesures de restriction de consommation n’est pas nul. Si je prends la journée du 7 novembre 2017, la production nucléaire est en retrait de 15% par rapport à son apport, compte-tenu des arrêts normaux de maintenance et de rechargement. Il s’agit donc en plus d’arrêts justifiés par les visites décennales et celles pour les modifications de sûreté imposées. Ce jour la production s’est avérée insuffisante, et cela se poursuit sur la journée du 8, car nous avons importé 35% de notre consommation parce qu’en plus le solaire n’a rien donné au réseau national et que l’éolien a marché à moins de 15% de la puissance installée ! Grâce à l’Allemagne, l’Espagne et l’Angleterre nous avons évité le black-out ! Arrêter Fessenheim aujourd’hui nous y aurait vraisemblablement conduit. 

L’étude exhaustive de RTE, compte-tenu de toutes les variables influentes dont l’évolution des programmes énergétiques en Europe et des interconnexions, conduirait à étudier 14000 variantes. Une centaine l’ont été et 50 d’entre elles, les plus caractéristiques, font l’objet de commentaires publiés sur 5 scénarios majeurs. Compte-tenu de l’incertitude grandissante dans le temps, il faut retenir les conclusions les plus sûres, celles de RTE sur 2018-2020 : nous avons « un système électrique "équilibré" du point de vue du critère public de sécurité d’approvisionnement, mais sans marge de manœuvre. L’exploitation du système électrique sera plus fréquemment sujette à des situations de vigilance – comme cela a été le cas pendant la vague de froid de janvier 2017 et est annoncé par RTE pour le passage de l’hiver 2017-2018. La fermeture de moyens de production supplémentaires (charbon ou nucléaire) n’est donc pas possible à très courte échéance sans dégrader la sécurité d’approvisionnement. »

La messe est dite et le gouvernement est mis devant ses responsabilités, ce qui veut dire que le risque du black-out n’est pas supportable politiquement. On ne peut donc ni arrêter les centrales nucléaires ni les centrales thermiques. Ce dernier point est particulièrement significatif car il met le doigt sur ce que j’ai dit dans de nombreux articles. On ne peut pas développer les EnRia sans au moins conserver l’énergie thermique installée. L’un ne peut aller sans l’autre et il suffit d’aller en Allemagne pour s’en persuader. C’est cette vérité technologique qu’il faudra faire enfin passer dans l’opinion malgré le déni de l’écologisme. Évidemment cela détruit le concept de diminution du CO2 grâce aux EnRia, mais c’est ainsi. Cela aboutira à une remise en cause du plan de transition énergétique car le développement des EnRia, par son caractère intermittent et aléatoire, est contraire à la stabilité des réseaux de distribution et donc à la sécurité d’approvisionnement. L’arrêt de Fessenheim est donc ainsi repoussé à 2021 au mieux sauf si l’ASN exige l’arrêt d’ici là, ce qui semble peu probable.

La tendance française à vouloir préférer l’idéologie au pragmatisme conduit même ce pays à rejeter ce qui fait sa force par rapport à d’autres pays, le rejet du nucléaire en fait partie. Alors que les grands pays industriels États-Unis, Russie, Royaume-Uni, Chine et même Japon, ou en développement comme l’Inde, la Turquie et le Brésil, voire l’Arabie Saoudite, ont des projets de développement de cette énergie, la France met au panier son avance technologique, se plaint ensuite de voir AREVA en difficulté et impose à EDF de reprendre des industries françaises de construction des EnRia en difficulté. Si le court terme 2018-2020 est éclairé par ce bilan prévisionnel énergétique de RTE, les prévisions à plus long terme méritent d’y regarder de plus près et nous en parlerons dans un prochain article.

L’idéologie qui se fracasse sur la réalité 

Devient un rêve impossible qui nuit

A l’énergie bienfaisante et utile 

Pour les êtres et les nations !
 
Claude Trouvé
08/11/17