lundi 6 novembre 2017

Inégalité, assimilation, éducation : liens indissociables



En dehors du constat géopolitique de l’influence grandissante de l’Union Européenne sur le destin de notre pays, il reste encore des marges de manœuvre sur des sujets qui n’intéressent pas directement les guides financiers de notre tutrice. Les rapports entre les différentes classes de la société et l’éducation donnée à notre jeunesse en font partie. Or ces sujets sont majeurs car ils agissent directement sur l’égalité de chacun dans l’acquisition du savoir et, dans une société où l’apport d’une immigration et d’une civilisation différente est constant, ils sont des facteurs fondamentaux de cohésion et d’assimilation. Ils ont finalement un impact sur la capacité à vivre ensemble, donc la sécurité, la capacité d’un pays à défendre la démocratie et celle de garder son rang dans le monde par le rayonnement de sa culture et de son niveau scientifique et technologique.

Mais la politique économique d’un pays n’est pas indépendante de tous ces sujets. La Chine, dont le classement PISA sur l’Éducation est l’un des meilleurs du monde, créée l’émergence d’une classe moyenne qui profite directement à une cohésion plus librement choisie et moins imposée par une cohésion de masse liée exclusivement à une propagande d’Etat. La France prend exactement le chemin inverse. En effet une politique socio-économique, qui tend à augmenter l’écart entre les plus riches et les plus pauvres en aspirant l’argent de la classe moyenne vers le haut, appauvrit le pont de compréhension sociale que constitue celle-ci. Ceux qui ont Rollex, yacht, Ferrari, palais à Marrakech, et argent dans les paradis fiscaux, ne peuvent s’intéresser à ceux qui vont à la soupe populaire, ou qui vivent de trafics en tous genres. Le regard de solidarité ne peut venir que de la classe moyenne, celle qui vit de son travail et en connaît le prix. 

Ainsi les plus riches mettent leurs enfants dans les meilleures écoles et les extraient du lien indispensable avec le contact formateur d’une société multiforme dès l’enfance. Ces mêmes enfants ont un facteur de réussite supérieur dû au niveau éducatif de leurs parents, aux conditions de travail au foyer, et à l’apport fréquent d’aides pédagogiques extérieures que leurs parents payent. Loin de moi l’idée de tout mettre sur le niveau social car, à contrario, les enfants de riches, qui vivent dans la facilité, sont souvent bien moins motivés par l’effort en comptant justement sur leur condition sociale pour réussir. Mais si l’on prend le cas des grandes écoles de commerce comme HEC, ESSEC qui offrent des possibilités garanties d’emploi, les chances d’y accéder sont très réduites dans un système qui demande des moyens financiers aux parents et oublie de compenser largement par le financement d’Etat au mérite. Ceux qui devraient pouvoir accéder à ces écoles ne devraient être que ceux qui le méritent, hors de toute considération du milieu social auquel ils appartiennent.

Justement le dernier classement PISA 2015, publié en 2016, pointe le doigt sur l’inégalité de réussite liée à l’inégalité sociale, critère où la France détient l’une des plus mauvaises notes européennes. Tout n’est pas à mettre sur le dos de l’immigration car globalement la France n’est pas en tête dans le pourcentage d’immigration en milieu scolaire. Mais on peut aussi s’inquiéter de voir la France globalement reculer encore d’une place et se contenter de la 26éme place parmi les 72 pays testés dans l’OCDE sur 540 000 élèves représentatifs de 29 millions d’élèves âgés de 15 ans scolarisés. Il y a là un souci majeur pour l’avenir de notre pays. « Parvenir à une plus grande équité dans l’éducation n’est pas seulement un impératif de justice sociale ; c’est aussi un processus qui stimule la croissance économique et favorise la cohésion sociale » nous dit l’OCDE. La France se signale donc par un résultat moyen dans l’excellence et un mauvais dans l’équité. Voilà deux bonnes raisons pour se poser des questions sur notre système éducatif et sur notre capacité à faire, des populations autochtones et de la diversité, des acteurs informés et formés de la vie de notre pays. 

Toutes les traces de ce passage dans ce système éducatif se retrouvent dans la compétence des adultes, tant dans leur vie professionnelle que dans leur acceptation d’une vie harmonieuse où l’équité est une des bases du bien-être de la vie en société et la capacité à disposer des moyens d’adaptation et de jugement. L’OCDE écrit très justement à ce propos : « Les adultes les plus compétents ont non seulement deux fois plus de chances de travailler et près de trois plus de chances d’avoir une rémunération supérieure au salaire médian que leurs pairs peu compétents, mais aussi moins de chances de s’investir dans le bénévolat, de se dire en bonne ou en excellente santé, de se considérer davantage comme des acteurs que comme des objets des processus politiques, et faire confiance à autrui. » Ceci étant dit, les piètres résultats de la France demandent d’en dénicher les raisons et de les traiter.

En dehors de la politique socio-économique française qui va à rebours de l’assimilation, de l’affaiblissement des inégalités, et des résultats scolaires, le constat est clair que notre politique éducative accentue cette dérive. L’enquête PISA nous fournit plusieurs éléments intéressants. Le premier est notre mauvais classement dans la discipline régnant dans les établissements scolaires. Ce classement est bâti sur un certain nombre de critères comme le temps que met un enseignant pour établir le silence propice à l’écoute de son enseignement. Les 5 minutes raisonnables peuvent devenir 20 dans les établissements difficiles, réduisant d’autant le temps d’enseignement. On peut citer aussi le respect de l’autorité du maître remise en cause même par les parents. Sans vouloir atteindre l’autodiscipline régnant en Asie du Sud-Est, nous avons de grands progrès à faire car de toute évidence c’est l’un des problèmes majeurs. A titre de preuves on peut noter dans les résultats globaux de PISA 2015, qu’en ce qui concerne les établissements scolaires, les meilleurs résultats en sciences sont ceux où la discipline à l’extérieur et dans les classes est la plus performante. On note aussi que ce sont ceux où la politique d’évaluation est la plus pratiquée et les programmes scolaires les mieux adaptés aux élèves. Il est intéressant de constater aussi l’influence négative des autorités nationales sur la restriction des ressources mais aussi sur les programmes et sur les politiques de discipline et d’évaluation. 

Quand on entend certains propos de syndicats des enseignants, de parents d’élèves et de politiques responsables, on se demande s’ils prennent la peine de jeter un coup d’œil sur ce qui se passe dans le monde avant de prendre des positions aussi idéologiques contraires aux constats mondiaux. La recherche du rétablissement de l’autorité des maîtres et directeurs d’établissement est un objectif majeur autant que la qualité des enseignants. L’autorité des maîtres est sapée par toutes les interventions extérieures poussant au laxisme ou mettant en cause leur compétence. Les associations de parents d’élèves ont pris trop de poids dans vie scolaire en sortant des préoccupations périphériques à l’enseignement et en tarissant le contact direct parents-enseignants. L’idéologie nationale laxiste de la discipline, le rejet partiel de l’évaluation considérée comme néfaste au développement de l’élève sont autant de freins à la bonne relation enseignant-élève et à la notion formatrice de l’effort. Ceci se propage jusqu’au BAC où le quota de réussite est devenu plus important que la qualité moyenne des participants.

Mais l’autorité de l’enseignant est aussi sapée pour certains par son manque de pédagogie ou de compétence dans sa discipline. Le recul constant de la France dans le classement sur les mathématiques est particulièrement préoccupant et significatif. La raison tient justement au fait que les étudiants en mathématiques ont un large choix d’emplois beaucoup plus lucratifs. Pour satisfaire les besoins, le recrutement des professeurs doit de ce fait baisser le niveau du concours d’admission. On constitue progressivement un enseignement sous-qualifié. Cela permet de dire que la profession d’enseignant en toutes disciplines est sous-payée en particulier dans les zones difficiles. On n’attrape pas les mouches avec du vinaigre. La qualité des enseignants est en train de primer sur la quantité dans les actions à entreprendre. Il y a évidemment bien d’autres choses à faire dont la stabilité des programmes scolaires nationaux, mais le quatuor discipline, autorité, évaluation et rémunération, fait partie des réformes urgentes et indispensables, sans lesquelles les autres ne pourront pas vraiment changer les piètres résultats actuels en baisse relative constante.

Il n’est point de nation qui puisse assurer son avenir 

Si elle n’a plus d’enfants qui fréquentent l’école

Mais aussi si elle ne sait plus leur enseigner !

Claude Trouvé
Chevalier dans l’Ordre des Palmes Académiques
06/11/17