vendredi 24 novembre 2017

Arrêtons d’ostraciser le nucléaire !



Les ¾ de l’énergie électrique française sont à base de nucléaire mais « Sortir du nucléaire » est devenu un slogan écologique qui a impacté profondément la politique énergétique française. Nicolas Hulot n’a pas remis en cause réellement l’arrêt de 17 réacteurs nucléaires même s’il retarde sa réalisation au-delà de 2022. Par ailleurs l’arrêt de Fessenheim est toujours au programme de Macron. La France, le pays le plus nucléarisé du monde par habitant et aucunement touché dans sa santé et son environnement par un accident nucléaire, a toujours l’intention de mettre fin à l’aventure nucléaire à terme. Ni le taux de CO2, l’un des plus bas en Europe grâce au nucléaire, ni l’un des meilleurs prix bas européens du kWh, n’arrête cette phobie écologiste contre ce type d’énergie. Le plan énergétique est irréalisable sans l’énergie thermique et une part des réacteurs nucléaires restants qui devront travailler dans des conditions de réactions rapides augmentant le prix du kWh et agissant sur son vieillissement et sa sûreté. Ceci doit faire face aux aléas des énergies vertes. Si le danger nucléaire est inacceptable aujourd’hui, c’est l’arrêt de tous les réacteurs qu’il faut envisager dans les plus brefs délais, ce qui n’est pas l’option prise. Pourtant l’énergie nucléaire produit 30 % de l’électricité de l’Union Européenne.

Le coût cash, en monnaie sonnante et trébuchante, du kWh nucléaire a été évalué à 36 /MWh ou 3,6 c/kWh en 2014 par la Cour des Comptes. Ce coût tient compte, pour la période 2011-2025, des dépenses attendues pour l’exploitation et les investissements de maintenance, notamment de maintenance lourde (rénovation et sûreté). On pouvait en déduire une évaluation des coûts cash annuels moyens, rapportés à la production.  Depuis, EDF a annoncé, dans ses publications officielles, des gains de coûts (Document de référence EDF 2016, page 21) sur son programme d’investissement, ainsi qu’un plan d’économies sur les dépenses annuelles de 1 Md€ qui a permis d’atteindre le chiffre de 45 Mds. Cette opération de 45 Mds2015, dite de « Grand carénage », couvre la période 2014-2025 pour une exploitation au-delà de 40 ans. Une récente déclaration d’EDF (Enerpresse – 01/06/17) évoque le nouveau coût cash à 32 /MWh. Une étude de la Société Française de l’Energie Nucléaire l’estime pour sa part à 33 /MWh. On peut donc retenir le coût cash de 32-33 2017/MWh pour le nucléaire dans la période 2018-2025. Ce coût fait de l’énergie nucléaire le moyen de production le plus compétitif pour les deux périodes (2016-2018 et 2019-2023) et même au-delà. 

Les coûts cash de production du parc nucléaire (évalués ci-dessus à 33 €/MWh) sont inférieurs à la valorisation moyenne de l’électricité (estimée ici à 40 €/MWh), tout en produisant les ¾ de la production. Ceci veut dire que le reste des productions sont globalement à 61 /MWh. Si l’on tient compte des 11% de production hydraulique à 15 €/MWh, l’ensemble énergie thermique et énergies renouvelables est valorisé à 108 /MWh. Ceci rend l’électricité nucléaire encore très compétitive. Les coûts des activités de transport et de distribution de l’électricité, et, d’une manière générale, les coûts d’équilibrage du « système électrique » ne sont pas ici pris en compte, comme pour les évaluations du coût des autres énergies, mais les coûts en aval de démantèlement des installations et de gestion des déchets le sont, y compris les investissements.

Pour ces investissements des provisions ont été effectuées dans les comptes EDF. Le coût d’un démantèlement d’un réacteur est provisionné à hauteur de 339 millions d’euros. Un doublement du coût agirait peu sur le coût cash de production et ce d’autant moins que la durée de vie est prolongée. Les coûts de démantèlement et déchets sont couverts à plus de 100 % par des actifs dédiés. La Cour des Comptes a montré que le doublement de ces coûts aurait une influence très limitée et ne changerait pas les conclusions précédentes. L’énergie nucléaire est de plus peu sensible au prix d’importation de l’uranium, contrairement à l’énergie thermique. Les importations d’uranium ne représentent qu’entre 500 millions d’euros et 1 Md€ environ par an, à comparer aux 60 Mds€ pour l’importation annuelle d’énergies fossiles (gaz et pétrole). De plus l’essentiel du coût du nucléaire est dans l’investissement de construction et de mise en service. Le coût du combustible, qui inclut le coût de l’uranium, ne représente que 15 % environ du coût de production du parc nucléaire existant en France. 

Les coûts finaux publiés par le RTE, réseau de transport de l’électricité, sont supérieurs mais le nucléaire reste avec 49,5 /MWh l’énergie la moins chère après l’énergie hydraulique. La production d’électricité nucléaire est aujourd’hui rentable en France : il n’y a pas de « mur d’investissement » à venir. Le prix de l’électricité pour les industriels est inférieur de 25% au prix moyen en Europe, ce qui constitue un facteur-clef d’attractivité pour les entreprises, et permet de prévenir les délocalisations.

Les dépenses, liées spécifiquement aux modifications concernant la sûreté de réacteurs et la prolongation de leur durée de vie, de 1 Md€/an en moyenne, doivent enfin être ramenées à la quantité d’électricité fournie par le parc soit 384 TWh en 2016, et 72 % de l’électricité produite (Bilan électrique 2016, RTE). En comparaison, la Commission de Régulation de l’Electricité (CRE) évalue pour 2018 les charges de service public de l’énergie à 3 Mds€/an pour le solaire photovoltaïque, pour une production de 9,2 TWh, et de 1,4 Md€/an pour l’éolien, pour une production de 25 TWh. Ces charges ne sont pas payées par les producteurs d’électricité mais par les consommateurs, via une taxe sur l’électricité. Si un des volets importants de la PPE est la « préservation du pouvoir d’achat des consommateurs et de la compétitivité des prix de l’énergie, en particulier pour les entreprises exposées à la concurrence internationale », l’électricité nucléaire reste une énergie très compétitive. S’il s’agit de lutter contre la pollution en particulier contre le CO2, l’électricité nucléaire est la moins polluante avec l’énergie hydraulique. 

Le refus du nucléaire par les écologistes n’a plus le même retentissement sur les politiques énergétiques des pays développés et de nombreux programmes de construction de réacteurs nucléaires sont en cours. Après un sérieux ralentissement de construction, celle-ci reprend avec 72 réacteurs en 2017 dans une quinzaine de pays, particulièrement en Chine et en Russie, et 160 en projet. Mais le Moyen-Orient est intéressé pour préparer l’après-pétrole. Le développement de l’énergie nucléaire pour le dessalement de l’eau de mer est aussi une voie de développement de cette énergie.

Beaucoup de temps s’est passé depuis 1954 qui a vu le premier raccordement au réseau d’un réacteur russe. L’EPR (Réacteur Pressurisé Européen), réacteur de 3ème génération, va démarrer en 2019 en France et deux réacteurs identiques seront couplés au réseau en 2018 en Chine. Mais la 4ème génération se prépare dans une association de 13 pays et va apporter la solution de l’utilisation de l’uranium naturel ou appauvri et multiplier l’efficacité des ressources naturelles d’un facteur 60. Selon l’Agence Internationale de l’Energie, d’ici 2040, la capacité mondiale d’électricité d’origine nucléaire devrait croître de près de 60 %, permettant d’éviter le rejet de l’équivalent de quatre années d’émissions de CO2.  L’avenir de l’humanité ne pourra pas se passer du nucléaire.

L’opprobre jetée sur l’énergie nucléaire 

Ne peut être justifiée par le bon sens

Mais au moyen des peurs cultivées 

Dans un climat de catastrophisme !
 
Claude Trouvé 
Ancien conférencier international sur l’énergie
24/11/17