samedi 4 novembre 2017

Indépendance et autonomie, deux sources de conflits (Fin)



Si la Catalogne a donné l’occasion aux médias de faire la une de leurs éditoriaux, ce n’est sans doute pas par hasard. Cette histoire, qui ne va pas se terminer par le départ de son leader, montre la complicité de ceux qui financent ce mouvement et le conseillent avec l’UE, soutenant l’Espagne en paroles mais accueillant sans réserve le leader catalan en son sein, à Bruxelles. Ceci met à jour l’effet néfaste d’une construction européenne désormais forcée vers le fédéralisme et la disparition progressive des nations. En effet si par temps froid, vous avez mis sur votre chemise, un pull et une veste, vous allez enlever la veste avant de mettre votre parka pour sortir. C’est exactement ce qui se passe avec l’UE parka, la veste Etat devient inutile. Il est donc fatal que les régionalismes se fassent jour, historiquement existants ou créés de toutes pièces comme certaines superrégions françaises. Le sentiment d’unité autour d’une langue et (ou) d’une supériorité économique exacerbe le sentiment régionaliste d’autonomie jusqu’à celui d’indépendance. C’est un repli égoïste sur soi mais aussi une nouvelle dépendance dans le cas d’appartenance à l’UE.

L’UE par sa dynamique d’extension a tendu la main aux mouvements séparatistes en Yougoslavie, en Géorgie, mais aussi en Ukraine en avalisant le coup d’Etat qui a porté Porochenko au pouvoir, et ce avec la participation de la CIA, du MI6 et du Mossad. Les Etats-Unis imposent désormais l’OTAN dans la partie de l’Ukraine restée sous contrôle du gouvernement de Kiev et envisagent de déployer leurs troupes aux frontières de l’Ukraine avec la Russie. Le prétexte de l’ennemi russe qui aurait envahi les oblasts sécessionnistes de Donetsk et de Louhansk suffit à justifier cette ingérence dans la complicité UE-USA d’arrimer l’Ukraine au camp occidental. Cette action d’ingérence permet de couper toute liaison entre les sécessionnistes et la Russie. Elle paralyse ainsi leur économie, étroitement liée à la Russie, et la logistique de leurs troupes. Elle est en fait une réponse à l’initiative russe de déploiement des casques bleus en vue d'assurer la sécurité des employés de l'OSCE présents sur la ligne de contact entre les Forces gouvernementales et les brigades populaires des républiques autoproclamées de Donetsk et de Lougansk. Du coup les États-Unis se sentent obligés de trouver cette proposition russe : « intéressante ». En langage diplomatique, cela veut dire vous pouvez vous la mettre où je pense. 

Des informations révèleraient que Kiev dans la loi ukrainienne sur « l’éducation » privilégie certaines langues européennes comme le Polonais alors que la population russophone est privée d'être instruite dans sa langue maternelle, celle qui est utilisée couramment sur une partie importante de l’Ukraine. La Russie appelle la communauté internationale à faire respecter les droits de la population russophone. La Hongrie est frappée par le fait que la Pologne n’ait pas condamné une nouvelle loi ukrainienne discriminant les droits des minorités nationales. En effet le problème ukrainien n’est pas limité aux anciens oblasts de Donetsk et de Louhansk. Par exemple l’oblast de Kharkiv s’est opposé au gouvernement euro-maïdan de Kiev, mais ses édiles ont été physiquement écartés par envahissement des locaux administratifs. Donetsk et Louhansk ont eu le temps d’organiser un référendum d’autodétermination, dont le succès est dû au refus de Kiev de permettre l’utilisation de la langue russe. Ces deux oblasts se sont déclarés Républiques indépendantes et sont entrées dans un conflit armé devant l’emploi de la force par Kiev. Mais en dehors de ces trois oblasts, six autres oblasts ont des minorités russophones dont la Crimée.

La Crimée a procédé à un référendum d’autodétermination qui a statué pour l’indépendance à une écrasante majorité de voix. Mais la présence russe sur Sébastopol a fait hésiter le pouvoir de Kiev et l’indépendance a été proclamée sans heurts puis la Crimée  a demandé son rattachement à la Russie. L’accord de la Russie pour un statut de République autonome a déclenché les sanctions des États-Unis et de l’UE sur la Russie à laquelle on reproche un soutien logistique à Donetsk et Louhansk, désignés comme les Novorusses. Les troupes russes assurent la défense de la Crimée contre Kiev qui tente de priver celle-ci d’électricité. Un câble sous-marin a été tendu à partir du territoire russe et un pont reliant la Crimée à la Russie au-dessus de la mer d’Azov est en construction. Près de trois ans après le début de la guerre dans l'est de l'Ukraine, aucune issue n'est en vue. Pourtant tout le monde sait que ces territoires sont perdus pour toujours et que Kiev n’a tout simplement aucun moyen de les contrôler sans l’assistance russe. Si les Russes avaient voulu conquérir militairement une partie de l’Ukraine, ils l’auraient fait dès 2014, au contraire ils ont fait un immense effort pour ne PAS intervenir directement, même si cela leur a coûté beaucoup de capital politique (il y en a encore là-bas qui disent que les Russes ont « vendu » le Donbass). 

Poutine sait bien que ce n’est pas un but politique raisonnable qui discréditerait son pays. Par contre il ne peut envisager de voir l’OTAN s’installer aux frontières ukrainiennes avec la Russie et contrôler les échanges économiques avec l’Ukraine. A l’inverse les États-Unis font le forcing pour implanter l’OTAN en Ukraine. Ceci est tellement patent que : « La Hongrie ne peut pas soutenir l'aspiration de l'Ukraine à l'intégration, c'est pourquoi elle a mis son veto à la convocation du sommet Ukraine-Otan en décembre », a déclaré le ministre hongrois des Affaires étrangères. Les Etats-Unis piaffent devant la lenteur de l’UE à intégrer l’Ukraine et veulent aller au plus pressé contre l’ennemi russe. Tant que le duo UE-USA tentera de régler le problème sans respecter les droits des russophones et l’indépendance des nouvelles républiques en opposition avec la Russie, le problème restera en l’état.

Mais le gouvernement de Kiev est corrompu jusqu’à l’os et très influencé par les néonazis minoritaires mais disposant d’une importante force militaire. Le pays s’appauvrit et rentre en détresse économique ne pouvant plus payer son gaz à la Russie. L’hiver arrive et l’approvisionnement est aux mains des russes. Poutine a désormais la haute main sur ce conflit qui ne cesse de faire des morts et des blessés ruinant un peu plus l’économie du pays. Les accords de Minsk sont bafoués depuis de nombreux mois et l’UE ne peut pas intégrer un pays dont une partie a déclaré une indépendance non reconnue par l’ONU. Le vrai problème est l’OTAN et les relents de la politique hégémonique des USA où Trump ne maîtrise pas encore ses « néocons » qui veulent la continuer. Pourra-t-il expurger son administration, une partie des échelons militaires, et une mise au pas de la CIA… avant d’être destitué ? La paix du monde peut en dépendre. 

On pourrait parler des Kurdes, un peu plus loin de nous. Mais il faut s’intéresser à l’Europe où l’UE ne cesse de vouloir étendre son territoire et de le morceler. Macron lui-même dépouille progressivement le pouvoir central vers les nouvelles régions. Les paroles de l’UE ne sont pas en accord avec ses actes. Le Monténégro a été reconnu sans discussion, ce n’est pas le cas pour les régions séparatistes prorusses de Géorgie et d’Ukraine. Par contre elle laisse le dirigeant catalan, ayant bafoué la constitution espagnole, s’exprimer devant les médias, et la Belgique veut prendre son temps pour examiner le mandat d’arrêt européen et décider sa remise à l’Espagne. Cette remise ne peut être refusée qu'en cas d'amnistie, de jugement déjà rendu dans un autre État ou pour cause d’âge. Les contrôles doivent être réduits au minimum : la peine encourue doit être d’au moins un an et le pouvoir judiciaire espagnol doit s’engager sur une peine d’au moins trois ans. La Belgique parle pour vérifier cela d’un délai possible de 60 jours ! Cela s’appelle un traînage de pieds… le temps que l’accusé disparaisse dans la nature hors de l’UE et que l’on retrouve un autre personnage pour continuer la lutte de la régionalisation catalane à aider en sous-main ?
 
Depuis la création du Comité des Régions à Bruxelles,

Les liens directs entre l’UE et la plupart des Régions,

Ont encore amplifié leur influence et leur écoute. 

Les désirs d’autonomie et d’indépendance

En sont la conséquence directe voulue !

Claude Trouvé
04/11/17