samedi 6 octobre 2012

Plongée en eaux profondes ou remontée en surface ?

Comme cette chronique l’a énoncé plusieurs fois, l’année 2013 sera cruciale pour l’avenir de notre pays. Dans les chroniques sur la catastrophe annoncée, nous avons énuméré les nuages qui pèsent sur la santé économique de la France. La situation commence à ne plus être maîtrisée. Le gouvernement se débat sur un billard à trois bandes, l’austérité nécessaire, la relance économique et ses engagements européens. Ne pouvant jouer sur la monnaie, il tente de ramener la balle au centre en tapant sur ces trois bandes.


En attendant le sous-marin France descend de plus en plus vite vers les eaux profondes et vers sa profondeur limite de construction, profondeur au-delà de laquelle il implosera. Il alourdit sans cesse d’eau de mer le sous-marin par une pression fiscale de plus en plus forte mais ne dispose plus de l’énergie nécessaire pour le faire remonter en surface. Dans le parcours à trois bandes la bille tourne entre celles-ci jusqu’à épuisement mais ne revient plus vers le centre parce qu’il n’y pas de solution dans le carcan de l’euro.

La dette représente plus de six fois les recettes de l’Etat selon le critère de Maastricht et, de l’ordre de dix à douze fois, si l’on prend en compte les dettes mises hors bilan et les engagements futurs sur les retraites des fonctionnaires. Le déficit attendu de 3,0% en 2013 ne veut pas dire grand-chose mesuré  par rapport au PIB car c'est par rapport aux recettes [(dépenses –recettes)/recettes] qu'il faut l'évaluer. Les dépenses prévues sont de 370,9Mds, les recettes de 309,3Mds, le déficit de  61,6Mds. Selon les prévisions de l’Etat, le vrai déficit est de 20% (61,6/309,3) et non de 3,0%. Avec nos impôts sur le revenu nous travaillons pendant 7 mois de l'année pour rembourser seulement la charge de la dette, les intérêts.

L’économie est en berne, les carnets de commande se vident, les importations croissent, les exportations diminuent, le chômage augmente alourdissant les allocations, la dette sociale explose, la pression fiscale sur les particuliers et les entreprises continue d’augmenter. De plus nous continuons à alourdir la dette.Il ne peut y avoir d'issue favorable avec des prévisions budgétaires basées sur une croissance de 0,8%, alors que le pays évitera de justesse la récession et que le contribuable va payer une pression fiscale accrue.

Le gouvernement était en léthargie jusqu’en septembre, où les discussions tournaient autour des riches, des niches fiscales, de l’augmentation des impôts ou de la réforme fiscale ; toutes mesures parfaitement improductives qui avaient pris le pas sur les mesures de diminution des dépenses inutiles ou le train de vie de l’Etat et des collectivités territoriales. Le fait ensuite de décréter à la va-vite des baisses de quelques pourcents des budgets ministériels et des collectivités n’est jamais un gage de leur réalisation.

Le gouvernement, après avoir affiché sa volonté de croissance, prend conscience que celle-ci est créée par le dynamisme des entreprises et que leur compétitivité diminue sous la pression fiscale dont les charges sociales. Mais où trouver l’argent ? Nous ne survivons qu’à crédit. On va donc concocter un mixte de CSG et de TVA sociale alors que l’on avait vilipendé cette dernière dans l’opposition. L’intention de donner de l’air aux entreprises est louable mais la recette coûte 40 Mds et rejaillit immanquablement sur la consommation des ménages.

De plus il peu probable que le consommateur boude suffisamment les produits étrangers pour maintenir sa consommation avec un pouvoir d’achat que l’on va lui imputer par ces nouvelles hausses d’impôt. D’ailleurs de nombreux produits, qui entrent dans sa consommation, ne sont pas fabriqués en France. Le bilan de tout cela est plus qu’incertain sur les recettes fiscales mais le pigeon est toujours le consommateur. Ce coup de pouce à la compétitivité se paye inéluctablement sur la consommation… on ne sort pas du cercle vicieux.

La recette ne peut que se trouver ailleurs. D’abord dans une confiance dans son avenir retrouvée par le  peuple français, confiance qu’il communiquera alors à l’extérieur. Pour cela il faut un chef informant son peuple du véritable bilan de notre économie, désignant clairement la route à suivre, défendant notre identité nationale et faisant montre du courage nécessaire pour larguer ou distendre les chaînes qui nous lient à l’euro, à l’impérialisme américain et à son Nouvel Ordre Mondial.

La force de la France c’est sa position géographique, sa langue, son territoire maritime sur tous les continents, ses avancées technologiques dans quelques domaines de pointe, son tourisme, ses industries de luxe, etc. Mais c’est aussi l’épargne des français, la plus importante des pays européens, qui nous permettrait de rembourser la dette ou de donner un élan à notre économie.

Seulement voilà, le français épargne parce qu’il a peur du lendemain et parce qu’il croit encore que l’Etat ne peut pas faire faillite. Sans un grand sursaut de volontarisme et de crédibilité des ses gouvernants, l’épargne dort. L’Europe ne rassure plus puisqu’elle descend plus vite que sur les autres continents. Le rêve est brisé et le futur M.E.S n’est qu’une paire de menottes pour nous et une bouée de sauvetage crevée pour les pays en perdition.

La solution existe et nous pourrons en reparler mais elle devra attendre encore que le sous-marin France lance un S.O.S, attendre que le peuple soit plus nombreux dans la rue, que des mères pleurent de ne plus pouvoir assumer l’avenir de leurs enfants ou remplir le panier de la ménagère. Il faut faire table rase des dogmes, revoir les fondements de l’Etat-Providence, ramener les dépenses administratives au niveau de la moyenne des pays européens, diminuer la pression fiscale, reprendre le contrôle de notre monnaie et pratiquer, comme les autres pays, un protectionnisme restreint et intelligent.

Malheureusement aucun des gouvernements n’a eu cette vision et ce courage qui nous a habité jusqu’à la fin des années soixante-dix pendant une douzaine d’années. La France doit se choisir des hommes neufs, visionnaires et plus pragmatiques qu’idéologues. Elle doit retrouver son panache blanc et bâtir une autre Europe. Elle n’évitera plus les larmes mais elle a les atouts pour reconstruire un monde meilleur grâce à la science qu’elle a si bien servie et qui lui a tant donné. La créativité, l’ingéniosité ont promu de l’ombre à la lumière de nombreux peuples du monde dans son histoire. C’est d’elles et de notre jeunesse que la remontée en surface se produira à condition de lui donner les moyens d’apprendre et d’agir.

C’est souvent de l’échec que naît la lumière

C’est quand on est dans un tunnel que l’on aspire à la lumière

Une armée, qui garde un mauvais chef, court de défaite en défaite.

Le changement ce n’est pas maintenant mais c’est pour bientôt… espérons-le.

Claude Trouvé
Coordonnateur MPF du Languedoc-Roussillon