samedi 4 août 2018

Combat de titans : Nouvel Ordre Mondial contre Nouveau Monde (Fin)


Quand Macron se vante de représenter le Nouveau Monde, il fait œuvre d’usurpateur ou de manipulateur, car il n’est que le dernier suppôt français de l’Ancien Monde et sa jeunesse relative n’y change rien. C’est le représentant du Nouvel Ordre Mondial, celui de la globalisation et du dépouillement progressif de l’identité et du pouvoir des nations dans leur appartenance à un ensemble de territoires de plus en plus vaste. Ce monde est celui concocté depuis bien longtemps et qu’il me semble avoir toujours connu sauf pendant la période gaullienne vite effacée par ses successeurs, celui du double piège tendu par les Etats-Unis et l’Allemagne dont nous ne sommes toujours pas sortis, cage bien fermée par les puissances de l’argent et l’OTAN. C’est ce pourquoi Macron a été porté au pouvoir par ses mentors et se doit de pousser l’UE vers le fédéralisme en demandant la mutualisation de la dette, un Ministre des Finances européen entre autres. Son incapacité à faire bouger l’Allemagne peut lui valoir d’ailleurs d’être abandonné par ceux qui l’ont promu.

Non le Nouveau Monde est ailleurs et son cœur est à l’Est de l’Europe, chez Xi Jinping et Poutine. Ce duo, auquel va se joindre l’Inde dont l’influence est montante va constituer un trio dont la puissance économique, démographique et militaire est en train de surpasser les Etats-Unis même si ce n’est pas encore fait sur la puissance militaire. Mais d’ores et déjà l’entente entre ses trois pays ne permet plus aux Etats-Unis d’avoir un conflit armé menaçant les territoires ou les intérêts vitaux de ces trois pays. Mais ces pays construisent une nouvelle vision des relations internationales sans rejeter les bases d’un libéralisme vieux comme le monde qui diffère sur un point fondamental, l’idée d’une gouvernance mondiale où les nations disparaissent par délégation de leurs pouvoirs. C’est devenu un lieu commun de dire que l’avenir du monde se situe en Asie du Sud-Est, il suffit de s’y rendre pour le constater. Dans les années 90 je l’avais remarqué en Malaisie et à Singapour dont le PIB/habitant était de 40% inférieur à celui de la France. Aujourd’hui il est 40% supérieur au nôtre. Kuala-lumpur nous offrait ses varans dans la rivière, aujourd’hui c’est une capitale de la Malaisie de 1,75 millions d’habitants avec ses gratte-ciels, dont les tours jumelles les plus hautes du monde, et son circuit de formule 1.

Mais quelle que soit la réussite spectaculaire de ces pays, le phénomène majeur est la constitution d’une alliance solide, jugée improbable par leur histoire, entre la Chine et la Russie, piliers d’un nouveau concept, celui du Nouveau Monde. La Russie, dont la culture est beaucoup plus proche de la nôtre que la Turquie, frappe à la porte de l’UE depuis une dizaine d’années et s’est vue systématiquement rejetée et même affublée du titre d’ « ennemi » et sanctionnée pour l’acquisition de la Crimée après un vote particulièrement significatif de sa population russophone, laquelle avait été détachée de l’URSS et rattachée à l’Ukraine sans le consentement de celle-ci. Ce refus de la Russie par l’UE est une pièce très importante dans la construction de ce Nouveau Monde grâce au duo Chine-Russie. Leur fort sentiment nationaliste ne pouvait pas conduire à une union de type européen. Ce sentiment est d’ailleurs assez général dans cette partie du monde. Je me souviens de cette rencontre avec le Vice-Ministre de l’Industrie japonaise où celui-ci au moment du traité de Maastricht m’avait dit : « Vous allez vous y engluer ».

Tout est parti de ce duo Chine-Russie avec des liens de plus en plus forts entre ces deux pays, chacun gardant la souveraineté sur sa nation. Cela avait commencé en 1994 sous Boris Eltsine où un accord de non-agression nucléaire avait été signé. Mais c’est en 1998 que l’idée est venue d’un « partenariat égal et fiable » pour se prémunir de l’influence américaine, idée concrétisée par un accord bilatéral et une Hotline entre les deux pays, alors que la Russie était au plus bas économiquement et militairement. L’année 2001 marque l’histoire du XXIème siècle par la création russo-chinoise de l'Organisation de coopération de Shanghai (OCS), acte de naissance du Nouveau Monde. Curieusement c’est cette année où s’écroulaient les tours jumelles à Manhattan, signal de dépassement de l’apogée de l’hégémonie américaine. L’OCS est composée actuellement de 8 pays, Chine, Kazakhstan, Kirghistan, Russie, Tadjikistan, Ouzbékistan, et depuis juin 2017 au sommet d’Astana, l’Inde et le Pakistan. L’OCS se réunit annuellement et le dernier sommet a eu lieu les 9 et 10 juin derniers à Qingdao en Chine, sommet auquel participaient des pays observateurs, l'Iran, l'Afghanistan, la Mongolie et la Biélorussie.

L’OCS représente plus de 3,2 milliards d’habitants, soit 42% de la population mondiale, et 37,5 millions de km2, soit 8,3 fois la superficie de l’UE. L’OCS, 35% de la superficie de l’Eurasie, est une union économique, politique et militaire. On remarque qu’il ne s’agit pas d’une armée commune, comme le projet européen, mais d’alliance militaire. L’OCS s’intéresse aussi à de multiples autres sujets : éducation, science, technologie, santé, protection de l’environnement, tourisme, media, sports, humanitaire et culture. En 2017 l’OCS s’est 37.200 milliards de dollars de PIB (PPA), pas loin des 40.000 milliards de l’UE et USA réunis. C’est aussi 1 015 millions de tonnes de pétrole par an face aux 1 806 millions de l’OPEP et des 1 087 de l’OCDE, et environ 55% des ressources mondiales de gaz. C’est enfin 5,6 millions de soldats et 364 milliards de dollars de budget militaire face à l’OTAN avec 900 milliards dont 600 fournis par les Etats-Unis.
Mais l’influence de la Chine et de la Russie ne s’arrête pas là et dépasse les frontières de l’Asie avec l’association des BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine, Afrique du Sud) depuis 2010 dont le dernier sommet a eu lieu en Afrique du Sud et en juillet dernier. En population les BRICS sont équivalents à l’OCS et représentent entre 23 et 25% du PIB mondial. Leur association est basée sur la non-ingérence, l’égalité et le gagnant-gagnant. A but essentiellement économique, les BRICS ont globalement le plus fort taux de croissance des pays émergents et Goldman Sachs prévoyait déjà en 2003 qu’ils seraient économiquement prépondérants en 2050.

Dans ces associations et accords multiples et souples, tout évolue très vite. La création d’une banque asiatique d’investissement en concurrence de la Banque monde, le projet pharaonique des routes de la soie, les constructions de gazoduc, la construction de liaisons nord-sud en Asie, et le projet de monnaie remplaçant le dollar sont en cours. Les échanges entre la Chine et la Russie utilisent le yuan. Ce Nouveau Monde prend le pas sur l’Ancien dans un combat inévitable où la guerre économique fera rage dans un nouvel équilibre militaire en réalisation. Mais il nous projette le refus de l’hégémonie américaine et de la gouvernance mondiale par le pays le plus puissant, l’inutilité du carcan d’une union de type européen et la vertu de l’indépendance des nations dans des accords multiples regroupant des intérêts communs. Le nez écrasé contre la vitre, les peuples européens passent à côté de l’opportunité de prendre ce TGV en marche en continuant à se lier économiquement et militairement aux Etats-Unis alors que leur avenir est l’Eurasie alors que la Russie et la Chine sont en train de s’impliquer en Afrique où notre avenir y est aussi écrit dans l’histoire. 

La France refait 80 ans plus tard l’erreur de la ligne Maginot 

En se calfeutrant derrière la toute puissance américaine

Et la prédation économique du leadership allemand 

Qui n’a oublié que l’Europe fut à Aix-la-Chapelle.

A l’Ouest survit l’Ancien Monde qui nous pille 

A l’Est éclot l’espoir d’un Nouveau Monde,

D’un vent d’avenir dans l’indépendance 

Perdue par une union contre nature.
 
Claude Trouvé 
01/08/18