samedi 23 juin 2018

Les français ont-ils renoncé à la démocratie ?


L’autoritarisme dont fait preuve Macron semble avoir l’approbation tacite d’un grand nombre de français comme si, dégoûtés d’un système parlementaire et de gouvernements de partis, l’émergence d’une « monarchie républicaine » était un gage de sécurité et d’avenir moins tortueux alors que les flonflons sur l’UE radieuse s’assourdissent les uns après les autres. Il n’y a pas eu de révolution populaire lorsque le résultat du référendum sur la Constitution Européenne a été bafoué par le vote parlementaire du Traité de Lisbonne, simple copié-collé. Bien sûr nombreux sont les français ayant gardé en mémoire ce déni de démocratie. Mais ceci n’a pas entamé la confiance dans la démocratie pratiquée en France et n’a pas soulevé un tollé des partis d’opposition. Bien au contraire ceux-ci ont revendiqué leur représentation démocratique du peuple.

Ceci pose d’ailleurs un problème de fond. En effet si l’adéquation des parlementaires avec le peuple est leur élection, celle-ci peut évoluer dans un quinquennat et aboutir à un changement très important de ces représentants. Les citoyens peuvent donc juger globalement nécessaire de manifester leur opposition à telle ou telle loi prise par eux. Ceci est d’autant plus vrai lorsque l’exécutif veut faire passer une loi pour laquelle un référendum est demandé et refusé. De toute évidence une loi dont le décret a été publié doit être respectée, mais cela n’empêche nullement une contestation de tout ou partie des citoyens. On a de quoi s’étonner des propos d’Edouard Philippe à propose des grèves à la SNCF : « Faire grève contre une loi, en démocratie, c’est curieux ». Je pense que le Premier Ministre a une conception personnelle de la démocratie, pour laquelle sa raison d’être est au contraire le pouvoir du peuple, par le peuple et pour le peuple, et cela quel que soit le type gestion de cette démocratie. 

D’ailleurs on dénie la démocratie lorsque l’on parle « des gens de rien » comme le fait Macron. Il n’y a pas les citoyens de première et de seconde zone, et une voix dans l’urne se moque de savoir qui l’a déposée. L’utilisation, à tort et à travers, du mot « populisme » est ainsi symptomatique d’une condescendance vis-à-vis des citoyens peu fortunés par les élites et les représentants fortunés élus. Le « populisme » n’est pas en soi à opposer au libéralisme de ceux qui ont réussi, pas plus des faibles à opposer aux forts. Le populisme littéralement, c'est le gouvernement par le peuple. En grec, c'est la démocratie. La démocratie est antinomique avec ce gouvernement des élites mondialisées qui se réunissent en format de club international, comme le groupe Bilderberg, et qui se doivent des comptes les uns envers les autres. Lorsque les élites parlent du populisme avec un certain mépris à la bouche, c’est l’expression du mondialisme dont l’ultralibéralisme génère le capitalisme. Le populisme finit par être l’expression du souverainisme par opposition au mondialisme sauvage où toute valeur humaine est du second ordre.

La démocratie a trouvé une manière coercitive de donner la parole au peuple, ce sont les sondages dont on s’aperçoit qu’on omet de dire qui les paye et la nouvelle mode des consultations. Les premiers sont des outils du pouvoir et des amis du pouvoir pour faire passer une opinion générale pouvant être une simple manipulation. Pour les seconds c’est une manière de supprimer toute réelle consultation avec vote, en particulier de renvoyer le référendum dans la désuétude. On consulte, on en profite pour faire passer des messages et on prend ensuite ce que l’on veut. Qui pourra dire ensuite que le peuple ne s’est pas exprimé ? Nulle trace ne restera hormis les déclarations gouvernementales. Justement le contrôle en cours des informations circulant sur les réseaux sociaux fait partie de cette lutte contre l’expression de la démocratie. Seule la parole venant d’en haut des élites politiques, financières et économiques a le droit de s’exprimer sans contrainte et sans contestation. Le musellement de la démocratie est en cours. 

D’ailleurs l’utilisation du populisme pour lancer une diatribe contre les pays s’opposant à l’accueil des migrants, va plus loin que son assimilation erronée au libéralisme en parlant cette fois du nationalisme où le pas vers la xénophobie est franchi. C’est d’autant plus choquant de la part de notre Président qu’il n’a pas montré ni son envie d’être au premier rang des pays d’accueil, ni montré une politique intérieure tournée vers les plus démunis. Que l’on soit d’accord ou pas avec Victor Orban, la Hongrie le maintient depuis longtemps au pouvoir, il est donc bien l’expression de son peuple, qui a mis la préservation de son identité au premier plan de ses valeurs. Macron stigmatisant l’Italie, l’Autriche, la Slovaquie, la Tchéquie, la Pologne, etc. ne fait que creuser les divisions dans l’UE alors qu’il se veut le chantre de l’UE fédérale dont le fonctionnement technocratique soumis à l’influence des lobbies et des USA est un exemple de démocratie étouffée, donc antidémocratique.

Alors je voudrais jeter un regard sur le fonctionnement démocratique de nos voisins Suisses. Voilà un pays où la démocratie directe utilise la votation pour des sujets réservés en France à l’appareil gouvernemental et parlementaire. Le Suisse vote aussi bien pour la hauteur des minarets, que pour la valeur du SMIC, ou la monnaie pleine. Il n’est point de sujet qui remue tant soit peu l’opinion qui puisse échapper à la votation. Cette confédération de cantons aurait pu donner un sens à l’Union Européenne, car dans la Confédération helvétique tout sépare un jurassien d’un habitant des Grisons, de Bâle ou de Lugano, même la langue. Pourtant ce petit pays n’a pas cette frilosité française qui craint de ne pouvoir tenir tête seule dans le monde des grands blocs, qui se blottit sous l’aile américaine et suit servilement les injonctions guerrières, les pressions des lobbies, les diktats des banquiers, les directives de la technocratie bruxelloise, sous la double hégémonie germano-américaine. 

La démocratie directe ne conduit pas la Suisse à la pauvreté ou au désordre, ni même à disparaître vu sa petitesse et son indépendance vis-à-vis de l’ogre UE. La Suisse na pas attendu le Brexit pour rester indépendante. Elle a quitté la zone de libre-échange anglo-saxonne sans tomber comme le Royaume-Uni dans le piège de l’UE. An nez et à la barbe des pays européens la Suisse affiche le meilleur PIB/habitant, +52% par rapport à la France en 2017, et le meilleur taux de chômage avec 3,2% pour 9,4% en France. Pire pour nous l’endettement de la Suisse est de 17,5% du PIB et de 97% pour nous en 2017 avec un excédent budgétaire de 2,8 milliards soit +0.5%/PIB contre un déficit budgétaire français de 67,8 milliards soit -2,6% du PIB. Sur les 5 trimestres précédant 2018 la moyenne de la balance des paiements en Suisse est de +3,2% du PIB, en France de -0,2% selon Eurostat. La supériorité économique et budgétaire de la Suisse, hors UE et hors zone euro, est évidente. C’est tellement vrai qu’elle participe même à l’enrichissement de notre Haute-Savoie où la pratique courante est d’aller travailler en Suisse et vivre en France. Par ailleurs la neutralité de la Suisse ne l’empêche nullement d’avoir un budget pour la défense nationale.

Le moins que l’on puisse dire c’est que la démocratie directe n’affecte en rien les performances d’un pays et au passage que l’appartenance à l’UE et à l’euro ne garantit en rien les performances économiques et sociales de la France. Comme toujours les « unidolâtres » ferment les yeux des citoyens sur ces comparaisons gênantes et, en cas d’attaque sur ce point, trouveront la raison dans la petite taille de la Suisse, et affirmeront que toute comparaison est idiote. Je veux juste leur rappeler que dans toutes les constructions de produits à grande échelle on fait des modèles réduits en quantité ou en grandeur pour s’assurer de la réalisation future. Quand on veut tuer son chien on dit qu’il a la rage !

Nos compatriotes doivent arriver à comprendre 

Que la démocratie est leur seul pouvoir

Pour ne pas être enchaînés à jamais 

Aux puissances prédatrices

De leur travail mais aussi 

De tout leur argent.
 
Claude Trouvé 
23/06/18