samedi 16 juin 2018

73 ans d’impérialisme américain et de vassalité pour l’Europe (1ère partie)


Cet article m’est inspiré par un discours d’un militant du PRCF, le pôle de rassemblement communiste français, article auquel je souscris dans les grandes lignes même si je reste très attaché au libéralisme non capitaliste. Le PRCF commente la vidéo officiellement fuitée sur Tweeter où Macron dit : « On met un pognon de dingue dans les minima sociaux et les gens ne s’en sortent pas (…) Je vais faire un constat qui est de dire : on met trop de pognon, on déresponsabilise et on est dans le curatif (…) Et sur la santé c’est pareil. » Cette analyse peut partir d’un certain réalisme mais elle montre à tous que la politique de Macron fait sienne les « recommandations » de l’UE dont on sait qu’elles sont en fait des directives, directives toutes centrées sur un ultralibéralisme globaliste, se justifiant par une mise en œuvre du « ruissellement » des richesses de haut en bas, mais pratiquant une politique d’austérité diminuant les contraintes sur les riches spéculateurs et entrepreneurs, et sur les dépenses de l’Etat. Il s’ensuit une pression fiscale sur la classe moyenne et sur les prestations sociales pour les plus démunis. Le « ruissellement » se traduit en fait par un « pompage » des richesses du bas vers le haut. Elle est parfaitement illustrée par une phrase de « L’homme qui rit », roman philosophique de Victor Hugo : « C’est de l’enfer des pauvres qu’est fait le paradis des riches ».

Par quel chemin en sommes-nous arrivés là ? Nous ne sommes qu’à quelques jours de l’anniversaire du 29 mai 2005, date du référendum sur la constitution européenne durant lequel les peuples français et néerlandais avaient infligé une défaite cuisante à l’oligarchie capitaliste. Puis la démocratie fut bafouée par un vote du parlement français sur le copier-coller du traité de Lisbonne. 13 ans après, nous vivons un printemps de lutte contre un ensemble de contre-réformes imposées par le gouvernement Macron dans le droit fil des injonctions européennes. Aujourd’hui comme hier, la question de l’UE est d’une actualité brûlante et elle est au cœur de la casse du modèle social français et de la perte progressive de pouvoir du peuple sur son destin. Le PRCF dit très justement : « C’est en 1957 qu’est créée la CEE par le traité de Rome, dans le contexte de la guerre froide. Elle fait suite à la CECA et à la tentative avortée de la CED. Derrière tous ces épisodes, nous trouvons le capital nord-américain et les grosses entreprises du continent européen (chimie allemande en tête). Il s’agit pour toutes ces forces de construire une vaste zone de libre échange arrimée à Washington et à l’OTAN, faisant face au bloc soviétique. Il s’agit aussi de commencer à populariser l’idée d'États-Unis d’Europe dissolvant les États-nations. »

Des décennies de bourrage de crâne ont fait passer les fondateurs de l’Europe pour de généreux altruistes un peu idéalistes. En réalité, les Schumann et autres Monnet étaient des agents intéressés du capital, en lien avec la CIA, mais leur projet a séduit les socialistes sous l’image de la colombe de la paix et du progrès social auquel s’est finalement rallié la droite, méfiante sur la perte de souveraineté mais poussée par son libéralisme. La CEE s’est ensuite peu à peu élargie et approfondie avec le vote de du Marché Unique européen en 1986 qui instaure la déconstruction du marché national et du service public. Je ne peux que citer le paragraphe du PRCF tant l’analyse est juste : « En 1992, suite à la chute de l’URSS et à la réunification allemande, la CEE devient UE avec le Traité de Maastricht qui approfondit l’intégration européenne par une construction politique et économique. La formule emblématique du traité de Maastricht est : "l’UE est une économie de marché ouverte sur le monde où la concurrence est libre et non faussée". Elle signifie que l’UE est par nature et par essence capitaliste et qu’elle vise essentiellement à la marchandisation de tous les biens et services ainsi qu’à l’affaiblissement des États et des services publics. » 

Je cite encore : « Le pilier monétaire est mis en place par la préparation puis le passage à l’Euro avec ses critères budgétaires austéritaires, géré par la Banque Centrale européenne déconnectée des peuples et directement dirigée par le capital financier principalement allemand. L’euro est à la fois UN DISPOSITIF MONETAIRE, une police budgétaire continentale et un ARRANGEMENT INTER-IMPERIALISTE entre la zone mark et la domination du dollar. » Le traité de Lisbonne verrouille tout cela par l’impossibilité de changer les traités puisqu’il faudrait l’unanimité des 28 états de l’UE, ce qui est tout bonnement impossible. On croirait lire les propos de l’UPR d’Asselineau et ce qui suit est encore plus frappant de ressemblance : « Enfin, en 2012 est adopté le Pacte budgétaire européen (officiellement appelé Traité sur la stabilité, la coordination et la gouvernance (TSCG) et son mécanisme de convergence des politiques économiques et monétaires de la zone euro. Dans cette UE désormais en place, la commission de Bruxelles, non élue, est l’organe central avec de très larges prérogatives. Le parlement lui n’est qu’un parlement croupion qui ne dispose pas de l’initiative des lois. Il est surtout un parlement qui ne représente aucun peuple et qui n’exprime donc en aucune manière la souveraineté populaire. »

Je continue mes citations me réservant la partie commentaires ensuite car ce texte est d’une excellente facture et mérite d’être lu : « L’UE légifère par le biais des règlements communautaires, des décisions et des directives ainsi que par des recommandations et autres grandes orientations des politiques économiques (appelés GOPÉ) adressées chaque année aux États membres. L’ensemble de sa politique est défini par les traités et les textes annexés, en particulier la stratégie de Lisbonne rebaptisée « stratégie Europe 2020 » qui supervise tous les domaines de la vie de tous les pays : marchés financiers, éducation, finances publiques, protection sociale, emploi, salaires… Bien évidemment, un système de sanctions et la cour de justice sont prévus pour les Etats qui voudraient mener une politique alternative comme ce fut le cas en Grèce il n’y a pas si longtemps. Car en vertu des traités, la Commission peut notamment infliger à un pays une amende allant jusqu’à représenter plusieurs points de PIB en cas de non suivi de ses recommandations. »

Il est clair que nous sommes entrés dans un « totalitarisme technique », le fonctionnement des institutions européennes ne laissant pas aux peuples le soin de décider des orientations politiques. Ceci est parfaitement illustré par les propos du commissaire européen socialiste P. Moscovici à propos du CETA : « Le CETA continuera à s’appliquer même en cas de rejet d’un des parlements nationaux ». On peut également citer JC Juncker, président de la commission européenne et grand ami de l’évasion fiscale des multinationales, à propos de la Grèce : « il ne peut y avoir de choix démocratiques hors des traités européens ». Les grands principes inclus dans les traités sont « la liberté de circulation des capitaux, des personnes, des marchandises et des services ». Ils organisent la délocalisation des entreprises, la fuite des capitaux vers de cieux plus cléments, la pression sur les salaires avec les travailleurs détachés, la mise en concurrence des services publics et leur ouverture à la privatisation, l’ubérisation des professions libérales, la destruction des activités non compétitives, agriculture comprise, et la non-maîtrise d’une politique migratoire.

Voilà à quoi nous mène l’Union Européenne « otanisée » désormais en proie à des forces centrifuges d’États entrant en rébellion comme le groupe Visegrad et l’Italie, alors que la Grèce a perdu toute souveraineté. Le prochain article va replacer l’UE dans ses problèmes internes et sa position d’être à la fois dans le monde l’un des centres producteurs et l’une des cibles privilégiées. 

Un mouvement de résistance à l’UE destructrice des peuples

Commence à poindre et à rassembler « les gens de rien ».

Les riens doivent former un tout pour survivre,

Et comme pour le Brexit poser la question :

Voulez-vous être « In » ou « Out » ?


Claude Trouvé 
16/06/18