dimanche 17 juin 2018

73 ans d’impérialisme mondial et de vassalité pour l’Europe (2ème partie)


L’UE navigue entre opéra-bouffe et tragédie-bouffe dans une situation dont la rapidité et l’originalité ne cessent de nous surprendre. La victoire des Russes sur le théâtre de guerre en Syrie, l’arrivée de l’Inde et du Pakistan au sein d’un regroupement de pays asiatiques, l’Organisation de Coopération de Shangaï, l’arrivée de Trump au pouvoir, ont créé un bouleversement sans précédent de la géopolitique mondiale. Tous ces évènements se passent en dehors de l’Europe, mis à part la présence britannique, et française aux côtés des américains en Syrie. L’UE a une représentante de la politique étrangère dont les nations européennes étouffent la voix, elle n’a donc aucun poids en dehors de celui des principales nations de l’UE, Allemagne, France, Italie et autrefois le Royaume-Uni. L’UE est une puissance économique sans puissance militaire selon les vœux des États-Unis. Depuis la conférence de Yalta, le sort de l’UE était écrit, elle devenait un simple champ d’affrontement entre l’Est et l’Ouest, les États-Unis et l’URSS.

Depuis la seconde guerre mondiale, seuls trois grands évènements avaient marqué le parcours prévu par la stratégie américaine, la résistance inattendue de De Gaulle dès la Libération et de 1959 à 1966, la non convertibilité du dollar en or décidée par Nixon en 1971, et la chute du mur de Berlin en 1989. Durant toute cette période, sauf la période gaullienne, la dépendance de la France aux États-Unis s’est renforcée et s’est vue chapeautée par ceux-ci d’une façon de plus en plus prégnante en particulier sur les aventures guerrières en terre étrangère, et désormais par des traités économiques comme le TAFTA, et le CETA et le traité Mexique-UE compte-tenu des liens particuliers entre le Mexique, le Canada et les Etats-Unis. Depuis 73 ans les États-Unis ont donc mis l’Europe sous dépendance, et plus particulièrement les pays de l’UE, tous liés à l’OTAN. 

Mais en 2018 cet ancien modèle géopolitique se voit mis en cause dans ses fondements profonds. La période euphorique de l’endettement massif des États et du secteur privé, période où les planches à billet des Banques Centrales tournent à plein régime, devient incontrôlable avec un endettement croissant exponentiellement. La spéculation bat son plein mais est de plus en plus déconnectée de l’économie réelle depuis la non-convertibilité du dollar avec l’or, le dollar 2018 ne valant plus que 0,03 dollar 1970. Les Etats ont racheté les dettes bancaires jusqu’à plus soif et les USA et l’UE sont devenus des colosses aux pieds d’argile. C‘est particulièrement le cas des États-Unis avec un déficit budgétaire qui approche les 1000 milliards de dollars, une dette de 22 000 milliards, un déficit commercial de 500 milliards. La France, l’Amérique et nombre de pays de l’OCDE consomment plus qu'ils ne produisent, grâce à un endettement gigantesque, ce qui implique une balance commerciale déficitaire chronique. Même la Chine est aussi en danger, puisque possédant une énorme partie de la dette américaine. De plus, la croissance chinoise ralentit.

N’oublions jamais que ce sont les États, donc les contribuables, donc nous, qui avons payé avec nos impôts pour réparer les sinistres bancaires. Or les Etats n'auront plus les capacités de s'endetter comme en 2008 pour renflouer les banques car l’endettement des pays développés a explosé. De plus le taux de prélèvement obligatoire sur les foyers et sur le travail (devenu en France le plus élevé du monde à l’avènement de la présidence Macron), ne peut plus augmenter sans explosion sociale et politique. Néanmoins Macron prévoit une nouvelle hausse de taxes sur l’alcool, le tabac et les produits de luxe et a été annoncée (Richard Ferrand veut même surtaxer la fragile industrie nautique française). En sus de la hausse de la CSG, des ponctions sur les retraites, de la diminution des APL, sont médiatiquement annoncées des baisses de minima sociaux et de protections sociales. De nouvelles hausses d’impôts, de taxes foncières sur la résidence secondaire et de TVA risquent de passer en douce pendant l’été 2018 ou en 2019. Voilà où nous mène notre situation de dépendance aux États-Unis via l’UE. 

Mais nous assistons à une suite d’évènements très différents marquant un changement radical des rapports de force dans le monde et mettant en lumière des visions géopolitiques originales menant vers un monde nouveau. Des évènements comme l’arrivée au pouvoir du gouvernement populiste en Italie, ou comme l’explosion du G7 sous les coups de boutoir de Trump qui s’avère un ennemi acharné de l’UE en tant que telle, contribuent évidemment à l’accélération constante de cette rapidité et cette originalité des changements. Face aux pressions énormes et aux attaques considérables dont elle est l’objet, l’UE en tant qu’institution apparaît à la fois impotente, impuissante et paralysée. Sa puissance énorme est celle d’une bureaucratie, c’est-à-dire une Bête monstrueuse qui agit du fait de son poids, mais sans la moindre capacité d’une pensée stratégique.

Le monde change radicalement mais dans l’UE les forces centrifuges en son cœur sont de plus en plus pesantes. Tout part en quenouille pendant que se construit en Asie une coopération de pays puissants militairement et économiquement, rejetant tout fédéralisme mais dans une conception multilatérale des échanges commerciaux et stratégiques. En particulier les immenses projets des routes de la Soie sont de nature à changer la face du monde par les liens renforcés sur le supercontinent Asie-Europe-Afrique. L’UE s’en tient à une opposition à la Russie programmée par les États-Unis et laisse leurs missiles et leurs troupes, complétées des nôtres, s’installer en Pologne, en Roumanie et dans les Pays-Baltes. L’UE passe à côté de l’histoire du monde. La France, par sa vassalité, programme sa propre perte en allant lutter contre l’Islam dans ses terres et récolte le terrorisme chez elle. L’UE se débat avec le flux migratoire ainsi créé selon les plans US de désorganisation de l’Europe, terrain de jeu à contrôler et glacis militaire face à l’ennemi supposé russe pour justifier la présence d’un OTAN américain. 

L’UE, sans force militaire puissante et organisée, n’est qu’un jouet aux mains de Trump qui lui déclare une guerre économique sans merci. Il utilise un protectionnisme intelligent laissant l’UE dans ses rêves d’un libre-échange globaliste. Les rênes du monde sont désormais entre les mains des États-Unis, de la Chine et de la Russie. Pendant ce temps le problème migratoire divise l’UE, comme la situation quasi-tragique du gouvernement Merkel, c’est-à-dire de Merkel elle-même. Elle est l’objet d’attaques furieuses de son aile droite (la CSU bavaroise dans l’association CDU-CSU) qui est centrée aujourd’hui, sur cette question. La Hongrie et la Tchéquie ont fermé leurs frontières. L’immigration a été au cœur des élections italiennes et la France tance l’Italie pour le rejet des migrants de l’Aquarius et refoule les migrants sur l’Italie à Vintimille. Le chancelier autrichien a estimé qu’il existait désormais une importante “coalition des volontés” en Europe, citant des pays comme l’Italie, la Hongrie, le sien bien entendu… Et l’Allemagne ? Par leurs ministres de l’Intérieur, un axe Rome-Vienne-Berlin se forme. 

Face à toutes ces agitations, dont le fondement est l’affrontement du camp souverainiste contre le globalisme-transnational du type UE, la susdite-UE se défend assez mal ; on peut même dire qu’elle est le plus souvent acculée à l’hystérie et à la cuistrerie, y compris dans l’habituel et monocorde basse continue du complotisme poutinien. J’en veux pour preuve le discours du Premier ministre belge Verhofstadt, le 13 juin devant le Parlement européen, mélangeait les “pom-pom girls” de Poutine, la “5ème colonne”, “le cercle du mal autour du continent”, Le Pen, Farage, Orban, Wilders, Salvini, Kaczynski, Erdogan, Trump “dans ses mauvais jours”… Ah oui, on oublie Poutine, valable pour toutes les saisons. L’UE, paralysée et impotente, est vassalisée par les Etats-Unis, soumis à une guerre économique, montée contre la Russie. Elle se coupe de toute influence internationale au moment où la Russie ne cesse de renforcer ses positions et de rallier autour d’elle nombre de forces, autour de l’axe de plus en plus solide qu’elle forme avec la Chine.
 
L’Union Européenne a détruit l’esprit de résistance 

Elle fonctionne comme un ectoplasme

Livrée en pitance aux prédateurs. 

Il n’est pas de vraie résistance

Sans la force d’une nation 

Or la nation européenne

Est un leurre historique.

Claude Trouvé 
17/06/18