vendredi 10 janvier 2014

Deux poids, deux mesures !



Le pitre nauséabond Dieudonné a été interdit de spectacle à Nantes. Vals et sa cour médiatique sont aux anges. Il convient bien sûr de se réjouir que des propos outranciers, insultant l’histoire, dénaturant un chant patriotique, symbole de la Résistance française, soient condamnés. Pourtant le déroulement des faits pose deux problèmes graves. Dieudonné n’en est pas à son coup d’essai de propos répréhensibles. Cette interdiction tardive en devient suspecte, d’autant plus que, d’une part le motif de trouble à l’ordre public ne peut s’appuyer sur aucun trouble antérieur, et que d’autre part les propos diffamatoires ont été jugés avant d’être prononcés à Nantes.

La procédure normale eut été de faire constater durant la représentation par huissier que les propos du spectacle donné à Nantes étaient susceptibles d’une comparution devant la justice. Celle-ci avait alors tous les éléments pour condamner cet individu s’il était prouvé que ses propos étaient diffamatoires et tombaient sous le coup de la loi. Or nous avons assisté à une procédure accélérée sur motif de trouble à l’ordre public par un tribunal administratif qui l’a rejeté, puis dans les deux heures qui ont suivi une interdiction par le Conseil d’Etat. Ironie de cette affaire, dans son interdiction du spectacle de Dieudonné, celui-ci stipule « l’exercice de la liberté d’expression est une condition de la démocratie » avant de condamner ! 

Une décision aussi rapide du Conseil d’Etat, prononcée par un seul juge, est une première dans l’histoire de la République. Cela laisse un goût nauséabond de servitude de la justice au pouvoir, même s’il n’en est rien. Désormais il reste que deux juges ont donné une appréciation différente et, même si le jugement d’interdiction ne fait pas jurisprudence, on voit mal les tribunaux administratifs des autres villes se prononcer contre le jugement du Conseil d’Etat. Il y a là une tentative de restriction de la liberté d’expression sans un véritable respect des procédures. C’est pourquoi le Président de la Ligue des Droits de l’Homme, Maître Eolas, s’est exprimé en termes mesurés, mas réprobateurs : 

«Nous sommes maintenant dans un régime préventif de la liberté d’expression, et c’est une boîte de Pandore qui est ouverte. Dans son ordonnance, le Conseil d’Etat souligne que « l’exercice de la liberté d’expression est une condition de la démocratie ». Et quelques lignes plus loin, il commet un attentat contre cette liberté d’expression. […] Les voies de recours internes sont épuisées, mais les avocats de Dieudonné ont six mois pour saisir la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH). Et la décision du Conseil d’Etat ne tiendra pas. La France est déjà classée 3e pour les atteintes à la liberté d’expression, avec 25 condamnations, devant la Russie. Elle n’est pas près de nous rattraper… » 

L’État a gagné, certes, parce que le jugement de la Cour européenne demandera des années et Dieudonné sera attaqué d’ici là sous un autre angle, celui de l’argent éventuellement dissimulé. Mais quel que soit les bonnes raisons d’interdire de tels spectacles, un Etat, garant du respect des lois, ne peut se permettre de prendre des décisions qui laissent un doute sur le respect des procédures normales de la justice, ni de faire preuve de mesures à l’aspect totalitaire. Il ne peut en aucun cas prétendre que la fin justifie les moyens. 

L’autre aspect de cette histoire c’est que le laxisme le plus grand a laissé se développer des chansons dont les paroles sont des plus irrespectueuses envers les valeurs de notre pays et des actes ignobles comme ce drapeau français servant de papier-cul ou ces « femens » profanant une église. Que fait-on contre ce chanteur Raphaël Haroche, né le 7 novembre 1975 à Paris, d'une mère argentine et d'un père d'origine russo-marocaine vivant dans les quartiers bobs parisiens mais…allant s’asseoir sur la statue de Jeanne d’Arc pour affirmer son mépris, mépris qu’il exprime dans ses textes : 

"Si j’étais moins intelligent. Si j’avais pas ma carte de lâche .Je leur foutrais mon pied dans les dents. Je leur faciliterais pas la tâche. En première page des magazines. Ils sont partout dégueulant. Leurs réformes et leur grippe porcine. Le bon peuple et son président". "Il faut chanter la Marseillaise. Et avec la main sur le cœur. Moi je la siffle avec les Beurs. Prie pour qu'au foot on soit de la baise. L’ordre moral est bien partout. La démago de gauche à droite. J’aime mieux attendre qu’ils soient bien saouls. Avant de me battre". 

Quand on s’insurge à ce point contre les paroles d’un artiste, il faut que cela soit valable pour tous au nom d’un principe républicain d’égalité devant la loi. Il eut fallu interdire toutes les chansons rap ciblées qui ne sont que des cris de haine sur notre pays. Il n’eut pas fallu incarcérer pendant un mois un jeune homme pour trouble de l’ordre public avec un teeshirt « Manif pour tous », ni lancer des gaz lacrymogènes sur une manifestation pacifique et familiale. 

L’État ne peut se laver de tout par un lynchage et une parodie juridique. Oui il faut punir ceux qui contredisent à la loi, mais pas comme ça ! C’est notre société qui va à la dérive car ses repères moraux se délitent et se heurtent à ceux d’une autre civilisation, c’est elle qui est malade. Les réactions du pouvoir tournent à des actions à relent totalitaire, preuve d’un certain désarroi devant un phénomène qu’internet et les réseaux sociaux ne permettent plus de juguler. A la diarrhée verbale, il ajoute la constipation cérébrale. 

La France est en pleine régression et en perte d’identité. 

Elle oublie la valeur vitale des libertés intellectuelles 

Et le tort que se fait une société à elle-même 

En les diminuant ! 

Claude Trouvé 
Coordonnateur MPF du Languedoc-Roussillon


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