dimanche 30 mars 2014

Municipales dénaturées par le contexte national avant le véritable enjeu européen


Quel que soit le résultat des urnes, ces élections municipales, dont on voulait qu’elles se réduisent à l’intérêt local, se sont pliées au combat de deux partis dominants par FN interposé. Engluée par Mitterrand dans la diabolisation du FN, la droite pense surfer sur la défaite de la gauche et renonce à pactiser avec le FN. La gauche joue le jeu ancien de l’exagération de la montée du FN pour en détourner l’électorat de l’UMP. Elle utilise pour cela le relais médiatique (34 pages du Monde) et accentue la diabolisation d’un parti qui mord sur sa gauche. Elle marginalise le Front de Gauche qui pourtant a mieux résisté qu’elle.

Ainsi, en dehors de petites municipalités, la chasse au FN est devenue le leitmotiv des deux principales formations politiques et les municipales sont devenues un champ clos de guerre à trois entre deux partis républicains et un qui ne l’est pas ou n’est pas considéré comme tel. En réalité c’est le combat d’une majorité de votants, englués dans des promesses non tenues depuis trente ans, contre les désabusés de l’abstention et ceux qui ne veulent pas renoncer à voir s’ouvrir un vrai débat sur l’Europe et l’immigration, responsables à leurs yeux, du chômage et de l’insécurité. 

Les élections européennes sont jusqu’à présent l’occasion d’un abstentionnisme record. C’est malheureusement la preuve du désintéressement du peuple pour une entité informe, antidémocratique, distante et qui se signale à lui par des normes et une politique d’austérité imposée derrière un drapeau. Combien de drapeaux européens voit-on brandis spontanément ? Il est vrai qu’à l’élection du Président de la République on cherchait les drapeaux français dans le florilège de drapeaux étrangers. 

L’arrivée dans la vie locale d’un parti qui prône une autre vision de l’Europe et qui n’élude pas le problème de l’immigration, quelle que soit la solidité de ses arguments, ouvre la perspective d’un véritable débat sur l’Europe souhaitée par le peuple et non par ses élites, les multinationales américaines et les lobbies en général. 

C’est l’occasion de laisser les économistes se battre sur l’intérêt de l’euro, sur la politique économique nationale et non européenne à suivre. C’est l’occasion de définir si nous acceptons de nous diriger inexorablement vers une Europe fédérale où les pouvoirs régaliens des nations sont réduits à ceux d’un Conseil Régional, au mieux type « länder ». Doit-on continuer avec une Commission européenne non élue qui a l’exclusivité des propositions, un Parlement qui n’a que le pouvoir de les accepter ou non avec des gouvernements nationaux réduits à un rôle d’acquiescement ou au mieux de freins, un Conseil européen dont les décisions échappent à tout contrôle, une Cour de Justice qui impose la primauté du droit communautaire sur le droit national, une Banque Centrale dont l’unique rôle statutaire est celui de la régulation de l’inflation mais est tordu pour venir au secours des banques, etc. ? 

Le véritable enjeu pour la France est la place qu’elle veut occuper dans l’Europe. Celle-ci est marginalisée dans le duo États-Unis – Chine. Cette dernière va devenir bientôt la première puissance économique mondiale même si l’hégémonie américaine va continuer par sa puissance militaire, la puissance financière de ses multinationales et par le jeu des alliances qu’elle a constitué dont l’Otan fait partie. Les États-Unis ont basculé leur flotte dans le Pacifique, l’Europe est devenue l’attraction d’un marché transatlantique et un glacis devant la Russie. Elle n’existe plus qu’en tant que telle. 

Si l’Europe veut encore exister, elle doit présenter un front commun de nations unies et non disparues qui redéfinit un espace européen incluant la Russie, laquelle a une culture commune et des échanges commerciaux privilégiés dans ce territoire européen. La France a sanctionné la gauche mais elle ne verra pas changer notre allégeance aux États-Unis ni l’emprise de l’Europe sur notre politique économique et migratoire. Il va falloir que les Français se posent la question de l’Europe qu’ils veulent. C’est pour notre pays une décision qui engagera beaucoup plus notre avenir que les élections qui viennent de se terminer. 

La commune est la cellule de base de la vie politique 

Mais c’est la Nation qui structure l’Europe 

Sa disparition est en jeu. 

Claude Trouvé 
Coordonnateur MPF du Languedoc-Roussillon