dimanche 4 novembre 2018

A l’aube d’une mutation mondiale dangereuse



Ecoutant Valérie Pécresse répondre aux questions de journalistes, il m’est venu à l’esprit l'image du décalage actuel du monde politique français avec les grands mouvements mondiaux actuels qui annoncent tous une nouvelle ère de l’humanité. Ce changement est si fondamental tant sur le point civilisationnel, vie économique et monétaire, évolutions structurelles et infrastructurelles, et par-dessus-tout scientifiques et techniques, qu’il est d’une grande urgence de s’y préparer en mobilisant toute l’intelligence humaine pour ne pas y faire sombrer toute l’humanité. Comment voit-on arriver un séisme ? En enregistrant les vibrations prémonitoires. C’est ce que l’on peut observer aujourd’hui. En un mot… ça craque de partout dans le monde ! En France on se passionne pour discuter à perte de vue sur Benalla, puis on passe à Castaner, puis à Mélenchon et bientôt à l’éviction de Patrick Sébastien de France 2. On pleure sur la mort de Johnny et d’Aznavour, on s’indigne sur l’assassinat d’un journaliste par l’Arabie Saoudite mais on se fout des milliers de morts au Yémen. 
On reprend juste contact avec la réalité quand le prix du gasoil s’envole, sans lien véritable avec le marché du pétrole et juste pour le plaisir des taxes, quand on passe à 80km/h au détriment de l’activité économique, quand on diminue le pouvoir d’achat des retraités avec une augmentation des pensions très inférieure à l’inflation, quand on veut modifier le système des retraites car on devine que l’Etat va se débrouiller pour récupérer encore de l’argent et que les actifs vont devoir travailler plus pour assurer leur retraite à taux plein. On s’inquiète de revoir les villes remettre l’octroi pour y entrer, comme au Moyen-Age, créant une nouvelle disparité entre les urbains et les périurbains. On s’inquiète de ce qui se passe autour de son nombril et on se délecte de politique politicaille et d’évènements artistiques et footballistiques à porter aux nues alors que le Prix Nobel de Physique a droit à un entrefilet. Ainsi va la France des jeux du cirque avec une population en pleine déculturation. Evidemment tout ceci est soigneusement entretenu par les politiques et les médias qui se jouent de l’abêtissement du peuple. D’ailleurs la bêtise du peuple français est devenue officielle puisque Macron l’a dit de ce peuple paresseux qui ne voit même pas qu’il est heureux même en couchant dans la rue et en faisant la queue au Secours Populaire.
Le peuple est nombrilisé et maintenu dans une ignorance de ce qui va bouleverser le monde et va vraiment avoir un impact sur lui au-delà de tout ce qu’il est capable d’imaginer. Nous entrons dans une phase critique d’évolution du monde et les signaux sont nombreux et forts. Juste à la fin du siècle dernier, la phase de l’après-guerre semblait avoir atteint son point d’achèvement. Le traité de Yalta avait fait son œuvre et était devenu un chiffon de papier avec une URSS éclatée et une Russie impuissante militairement et économiquement disparaissant de la grande diplomatie mondiale. Le dollar était maître du monde, les Etats-Unis la première puissance mondiale. La Chine, le pays plus peuplé du monde, commençait à doucement se libéraliser économiquement mais était encore balbutiante économiquement et absente militairement. Le pétrole et son pétrodollar scellaient une alliance entre les pays du Golfe et les Etats-Unis. Ceux-ci poussaient en coulisse pour le passage à une Union Européenne à vocation fédérale et à une zone euro avec une monnaie plus facile à contrôler par les marchés grâce à la BCE livrée aux banquiers. L’Allemagne accueillait l’OTAN et sa base névralgique, et la poussait sur l’ensemble du glacis germanique. Le mariage OTAN-UE, prévu dans le traité, se mettait progressivement en place en Italie, en Espagne et sur l’ensemble du pourtour nord de la Méditerranée. 
Il manquait la France, encore engluée dans ses réticences gaulliennes. Sarkozy, cul et chemise avec Obama, livrait son pays à l’OTAN et à ses guerres dont les buts ne sont pas forcément les nôtres. D’ailleurs c’est avec une précipitation de chef de guerre irresponsable que nous avons voulu être les premiers à détruire la Libye avec les conséquences irrémédiables que l’on sait aujourd’hui. Chirac avait résisté à notre engagement en Irak, ses successeurs ont même voulu voler la vedette au Royaume-Uni dans ses liens historiques avec les Etats-Unis. Plus vassal tu meurs. Empêtrés en Afghanistan, en Irak et en Syrie, sous le faux drapeau de la lutte contre Daech, la politique extérieure française a perdu toute cohérence en dehors d’une réalpolitik économique qui ferme les yeux sur les valeurs des Droits de l’Homme. Nous payons une présence militaire au Mali, et dans le Sahel mais c’est les Russes, les Chinois et les Américains qui ramassent la mise en signant des contrats et des prises de participation dans les ressources de ce continent et en s’investissant dans leurs infrastructures à titre d’échange.
Ce rapide tour d’horizon doit nous faire percevoir que le monde est en train de totalement changer et le basculement, préparé depuis la fin du siècle dernier, a été visible dès l’engagement de la Russie en Syrie. Bien sûr la politique russe a depuis Catherine de Russie tenu pour vital l’accès aux mers chaudes. Cela se sentait dans l’engagement russe en Afghanistan, et le port de Tartous accordé par la Syrie n’y échappe pas. Le vrai changement c’est que la Russie ne s’est pas contentée, de préserver ce port mais elle a finalement répondu à l’appel de Bachar El-Assad en lui proposant son aide matérielle puis humaine. Si la Russie l’a fait c’est qu’elle redevenait une puissance militaire respectable avec une armée dont la modernisation a surpris même les Etats-Unis, comme nous l’avons été en 1940 par l’armée allemande. Globalement moins puissante en nombre, matériel et unités de combat, les Russes semblent avoir la supériorité de la guerre électronique et des vecteurs aériens porteurs d’armes, avions et missiles. Ceci explique la décision actuelle de Trump de sortir du traité INT de limitation des armes nucléaires à moyenne portée, c’est en fait un aveu d’impuissance. La campagne antirusse tout azimut, à laquelle nous sommes conviés, est un réflexe dangereux de peur, celle de ne plus dominer le monde militairement. L’aigle dresse ses plumes quand l’ours n’est plus un ourson chétif. 
Les guerres finalement perdues mais coûteuses depuis les Bush, continuées par Obama, ont finalement lentement détruit la puissance américaine même si les Etats-Unis ont gardé la mainmise sur tous les pays pétroliers sauf l’Iran et la Russie. On voit dans quel état est poussé le Venezuela riche pays pétrolier. Seul le gaz de schiste a sauvé les Etats-Unis d’une descente plus rapide en lui permettant de ne plus être redevable aux pays producteurs. Les échanges ne devenaient plus pétroliers mais conçus sur la fourniture d’armement militaire (à utiliser avec l’accord tacite des USA. Cf. guerre au Yémen, pays interposé dans la lutte contre l’Iran). L’arrivée de Trump au pouvoir donne un éclairage complètement différent de la géopolitique mondiale. Celui-ci a pris conscience de la descente inéluctable de son pays avec une désindustrialisation massive et un effort de guerre coûteux et aux résultats douteux.
Trump coupe tous les cordons qui pèsent financièrement sur les Etats-Unis avec le sentiment que tout l’argent déversé devient trop lourd pour un pays désormais moins puissant économiquement. Il renverse le paradigme de ses prédécesseurs, l’économie n’est pas au service des guerres militaires, mais la puissance militaire est au service de la guerre économique. Il déclare même la guerre économique à l’UE tout en lui marchandant la présence de l’OTAN sur son territoire. On voit combien nos dirigeants sont aveugles ou anesthésiés par l’argent et un pouvoir éphémère. Mais Trump sait que le véritable ennemi de son pays n’est pas la Russie en tant que telle, car ce pays doit, après sa renaissance militaire, progresser économiquement et socialement, mais la Chine, et plus redoutable encore l’alliance entre ce pays et la Russie. Trump, Poutine et XI Jinping savent que l’arrivée d’un nouvel équilibre peut faire basculer le monde dans une destruction nucléaire tant les enjeux sont considérables. Cela fera partie du prochain article sur ce sujet. 
Quand Poutine, Trump et XI Jinping montrent la lune,
La France regarde le doigt, les français leur nombril. 
L’UE ne protège pas notre pays, elle le menace
Car sa puissance militaire est américaine 
Et son économie celle des lobbies.
 
Claude Trou
21/10/18