vendredi 1 mars 2019

Les retraites : l’archétype d’arnaque d’Etat

Le paiement des chômeurs et des retraités est sur la table du gouvernement dans le cadre d’une politique d’austérité qui s’applique préférentiellement au peuple en excluant d’office le 0,1% des plus riches qu’il faut privilégier parce que c’est le cœur de la renaissance française… enfin c’est ce que l’on veut nous faire croire. Retraité de longue date avec une pension encore largement au-dessus du revenu médian, je pourrais encore facilement admettre de faire un geste de solidarité nationale si ce geste n’était pas qu’un transfert d’argent du bas vers le haut des plus riches sans aucune amélioration du SMIC, des prestations sociales et du service public pour le reste du peuple. Ce n’est évidemment pas le cas et de toute façon on ne m’a pas demandé mon avis pour ponctionner ma retraite. D’ailleurs subrepticement cette retraite est rognée pour ne pas suivre l’inflation. Rien qu’en 2018 celle-ci m’a dépossédé de 2,1% de pouvoir d’achat. A ce rythme il devient dangereux de dépasser 25 ans de retraite et il faut pousser les centenaires jusqu’aux portes du Secours populaire. Le constat est donc que l’Etat a de plus en plus de mal à payer les pensions de retraite, c’est un fait et il prévoit que demain ce sera pire. Il ne nous parle pas de la gestion désastreuse des comptes publics où les dépenses augmentent toujours, même si leur pourcentage sur le PIB diminue un peu alors que les taux d’emprunt sont au plus bas. De plus celles qui sont réajustées ne sont pas les dépenses de fonctionnement mais celles d’investissement. J’en prends pour exemple la dégradation rendue officielle de nos infrastructures routières publiques où 7% de nos tunnels et ponts présentent un danger mortel… comme le viaduc de Gênes.

L’Etat va donc nous proposer une cure d’austérité sur les retraites et après avoir fait une première action sur les retraités, il va désormais traiter les actifs, futurs retraités. Les choix concoctés vont se résumer à accepter pour sa mort actée de désigner la guillotine, la chaise électrique ou la lapidation. En France on ne parle plus que de rogner ici ou plutôt là, ou de prendre ici pour donner là. L’Etat se sert des statistiques d’Eurostat pour mettre la France en accusation d’avoir les indemnités chômage et les retraites les plus élevées de l’UE. L’Etat met donc en cause les pensions publiques de retraite en omettant de dire que la politique menée depuis au moins 2007 pousse insensiblement les retraités à se pourvoir dans le privé pour leur vieillesse dans les assurances-vie. Il s’agit donc d’un choix politique qui doit être regardé dans une politique socio-économique globale. L’endettement public et la perte de croissance conduisent les Etats à ponctionner les inactifs selon une politique de facilité. C’est la même qui consiste à augmenter les impôts pour combler le déficit budgétaire. Quelle est la situation réelle des dépenses vieillesse de l’Etat et des sommes allouées aux retraités ? Autrement dit les affirmations actuelles de l’Etat et les réclamations des retraités en gilet jaune sont-elles réelles et justifiées ? Les deux graphiques ci-dessous vont nous permettre de commencer à y répondre.
 


Le graphique de gauche montre que la France n’est pas le pays de l’UE dépensant le plus pour les dépenses vieillesse par rapport à son PIB selon les données d’Eurostat, il s’agit donc d’une désinformation. Elle est en 3ème place derrière la Grèce et l’Italie. Il est peu probable que cette position ait changé en 2018 mais les chiffres ne sont pas encore publiés. La France avec 15,11%/PIB reste au-dessus de la Zone euro (13,34%) et de l’UE (12,62%) et surtout de l’Allemagne (11,75%) et du Royaume-Uni (10,79%). Il faut bien noter qu’il s’agit ici des dépenses publiques et non de l’ensemble des dépenses qui comprennent les dépenses privées. Dans un article précédent j’ai montré qu’en 2013 le Danemark ajoutait 6% de dépenses privées et la Suisse 5% alors que ceci ne représente que 0,5% en France et 0,2% en Allemagne. Il en résulte que les dépenses totales du Danemark et de la Suisse sont nettement plus importantes que celles de la France, donc les pensions des retraités. Il s’agit d’un choix politique de chaque pays.

Le graphique de droite intéresse les retraités puisqu’il représente les dépenses affectées aux pensions des retraités par an. Les sommes mentionnées ne représentent pas les pensions versées auxquelles il faut retrancher des frais administratifs variables par pays et de l’ordre de 1 à 2%. Cette fois la France est en 13ème place de la valeur des dépenses annuelles pour les pensions par retraité, ce qui reste pour la France une très bonne approche de la pension moyenne. Cette fois le montant de la pension française dépasse celui de l’Allemagne, du Royaume-Uni, de la Zone euro et de l’UE. Toutefois si l’on rajoute les 3,1% de dépenses privées en 2013 publiées par l’OCDE, le montant britannique est égal au montant français, ce qui n’est par vrai pour l’Allemagne. Ceci explique sans doute le poids de l’Allemagne dans la politique européenne concernant le montant des retraites, car celle-ci se trouve avec un pays de plus en plus vieillissant. Derrière nous on trouve la Grèce et le Portugal dans une situation comparable à la nôtre pour les dépenses privées. Donc les retraités français ne sont pas des privilégiés et n’ont donc aucune raison de supporter une baisse de leurs retraites, ni de le faire au nom de l’égalité plutôt avec l’Allemagne (-4%) qu’avec l’Italie (+11%), l’Espagne (+13%) et la Belgique (+34%) qui ont une retraite supérieure. On notera que les écarts entre les valeurs les plus faibles et les plus fortes sont très différents selon que l’on regarde les dépenses/PIB ou les dépenses/retraité pour ce qui concerne les dépenses publiques. Dans le premier cas on trouve un facteur 3 et de l’autre un facteur 20. Les dépenses pour la vieillesse apparaissent donc comme une décision éminemment politique et plus ou moins déconnectée de la réussite économique.

En France d’ailleurs elle est liée à l’inflation, autrefois d’ailleurs strictement. Il est maintenant intéressant de regarder l’évolution des retraites dans notre pays, et plus particulièrement sous l’angle pouvoir d’achat. On constate que si le pouvoir d’achat avait augmenté de 0,40% entre 2013 et 2016, il aura baissé de 3,47% entre 2016 et 2019 si l’on s’en tient à l’inflation prévue au budget 2019. Pour être exact il faut noter qu’un ajout exceptionnel de 40 euros a été perçu en 2014 pour les salaires mensuels inférieurs à 1200 euros. Ceci indique que pour les autres cela s’est traduit par une aggravation supplémentaire de leur pouvoir d’achat, la dépense globale étant la même. Les réclamations des retraités en gilet jaune et de leurs sympathisants sont donc pleinement justifiées.

Ces taux d’inflation sont fournis par Eurostat et évalués sur des mesures statistiques contestables dans chacun des pays. On sait les discussions sans fin sur l’assiette de produits suivis par l’INSEE, assiette qu’il faudrait faire évoluer sans cesse. Par ailleurs la réalité prise en compte par les gouvernants c’est la variation annuelle du PIB en volume, c’est-à-dire corrigé de l’inflation et des effets de calendrier, c’est-à-dire le PIB officiel pour le calcul de la croissance. Elle peut être comparée à la variation du PIB brut au prix du marché pour en déduire l’inflation dans chacun des pays et les variations de la monnaie par rapport à l’euro. Le tableau ci-contre montre les différences d’inflation, taux de change compris, sur 3 ans de 2013 à 2016. Les résultats peuvent paraître à priori surprenants mais les extrêmes observés sur l’Islande et la Norvège rendent simplement compte d’une manipulation monétaire en plus ou en moins. C’est aussi le cas de la Suisse et du Royaume-Uni avec une baisse de la Livre de 8% en 2016. L’effet monétaire ne joue évidemment pas entre les pays de la zone euro. En ce qui concerne la France, le taux d’inflation de +1,99% paraît plus réaliste que celui issu des calculs de l’INSEE à + 0,40%. Ceci montre la difficulté rencontrée pour connaître l’impact sur les niveaux de vie, donc le pouvoir d’achat des français. Le même type de calcul sur la période 2014-2018 donne 3,74% à comparer avec 3,42% selon les indices INSEE. Ceci confirme au passage que les montants des pensions des retraités français ont bien baissé, hors ponction nouvelle de la CSG, de 3,5% entre 2013 et 2018.

Pour se faire une idée comparative et comprendre que le pouvoir d’achat n’est jamais déconnecté de la vie économique, alors que le critère a longtemps été seulement lié à l’inflation pour devenir une simple variable d’ajustement dans un contexte budgétaire, il est bon de regarder ce que l’on observe sur le pouvoir d’achat réel dans un ensemble large de pays d’Europe. La France (+0,38%) et l’Allemagne (+0,55%) n’y brillent pas particulièrement, ce qui montre que leur croissance ne profite que peu aux retraités. Ce n’est pas le cas de l’Espagne (+2,84%) et du Royaume-Uni (+3,04%) où la forte dévaluation a été largement compensée par une hausse des pensions. La Norvège (+13,88%) profite d’une forte évolution de la monnaie et d’une croissance des pensions. A contrario les pays du sud, de l’est, de la Suède (-2,39%), du Danemark (-6,41%) et de l’Irlande (-6,92%) font peser sur les retraités le poids d’une politique d’austérité. Cette représentation des retraites hors inflation renseigne sur le pouvoir d’achat en monnaie euro, quelle que soit la monnaie du pays. Elle tient compte de l’ensemble des achats de produits provenant des autres pays de l’UE.

Il est intéressant de voir sur les principaux pays européens quelle est la part de la croissance qui revient aux retraités, et au fond quelle est leur politique sociale sur ce sujet. Le tableau décrypte bien les politiques sociaux économiques des Etats. Il y a d’ailleurs fort à parier que l’on obtiendrait des résultats similaires avec les indemnités chômage. L’Italie est le pays qui a fait souffrir le plus les retraités par sa politique d’austérité. Non seulement elle a diminué le pouvoir d’achat mais ceci n’a pas profité à la croissance. L’Allemagne et la France étaient les pays appliquant une politique d’austérité sur les retraites avec un faible retour financier sur les retraites. A l’inverse l’Espagne et le Royaume-Uni étaient beaucoup plus attentifs à la participation des retraités à la croissance, d’ailleurs beaucoup plus élevée que dans les trois autres pays.

La conclusion de cette petite étude est que le gouvernement français fait une désinformation caractérisée sur son leadership en matière de retraite dans l’UE. En réalité il mène comme ses prédécesseurs une politique prenant les dépenses pour les pensions comme une variable d’ajustement au service d’une politique d’austérité dirigée essentiellement sur le peuple et non sur son fonctionnement propre. Les prestations sociales sont d’ailleurs dans leur ensemble, la vache à lait de l’Etat. La notion d’équilibre en matière de prestations sociales, donc de retraites, n’a pas de sens en soi. Il s’agit d’une option politique. Privatiser les retraites serait donner le pouvoir au privé, chargé non seulement d’équilibrer recettes et dépenses mais de dégager des bénéfices. Les retraites solidaires sont sous l’option d’égalité d’une politique. Dans ce domaine préjuger de la meilleure capacité du privé à le gérer est de suggérer que les administrations publiques sont des gaspilleuses des deniers publics. Qu’est-ce qui empêche de les faire auditer par des sociétés privées ? Néanmoins une prestation sociale répond à un objectif politique, et ne peut être sous l’objectif de rentabilité mais de celui du service. Les retraités doivent pouvoir vivre décemment à hauteur de ce qu’ils ont cotisé dans leur vie et l’Etat doit le budgéter dans cet esprit. Tout enrichissement du pays doit profiter aux prestations sociales et l’austérité s’adresse d’abord au fonctionnement de l’Etat où une meilleure gestion doit permettre de conserver la qualité du service en générant des économies. Ce n’est pas la voie suivie actuellement !

Enfin le problème des retraites est essentiellement un problème démographique. L’affaiblissement de la politique familiale conduit nécessairement à une diminution du nombre des naissances. La politique consistant à laisser plus longtemps au travail le salarié consiste seulement à jouer sur le coût du chômage et des pensions. Ce sont des vases communicants qui ne peuvent en rien régler l’augmentation des dépenses vieillesse à terme dans une période où la croissance ne permet pas de diminuer le chômage. Je redis ici que la croissance réelle de 2018 se situe, sauf correction du PIB du quatrième trimestre, à 0,92% et non 1,5%. En faisant porter cette diminution sur les gilets jaunes l’Etat prépare les esprits à cette mauvaise nouvelle. Celle-ci va d’ailleurs servir d’alibi et permettre une nouvelle attaque sur les retraites en 2019

Retraités et automobilistes restent les vaches à lait du pouvoir. 

L’Etat se livre sur ces sujets à des désinformations iniques

Sous couvert de fausses raisons pour l’un et l’autre. 

Retraites trop élevées et climat obligeraient

L’Etat à nous ponctionner un peu plus. 

Des arnaques enrichissant qui ?

Cherchez donc vers le haut 

Vous peuple du bas !
 
Claude Trouvé 
01/03/19

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