Il faut regarder autour de notre pays
pour se rendre compte de la situation dans laquelle la France se trouve
aujourd’hui. Il est clairement apparu dans les articles précédents que la
politique d’austérité ne répondait pas à une amélioration de la situation
socio-économique de notre pays. C’est en fait la croissance qui est en jeu et on
ne peut parler que de croissance relative dans un monde de compétition
économique. La performance de la France a déçu notre Ministre des Finances,
la prévision retenue à Bruxelles ne serait plus que de 1,8% au lieu de la
prévision à 2% prise pour l’élaboration du budget 2018. Avec une augmentation
du PIB de 2% et une inflation de 1% on pouvait s’attendre à un PIB à hauteur de
2350 milliards d’euros pour 2018 dont 56,5% affectés aux dépenses publiques.
Mais ce qui n’a pas été dit aux français, c’est que la France se classe bonne
dernière avec 0,4% de croissance au 1er semestre 2018 loin derrière
les 0,8% de la zone euro, ce que l’article précédent a montré mais dont les
médias se sont très peu fait l’écho, ni des 2,6 milliards à trouver dans la
révision budgétaire.
Mais dans cette occultation permanente des
informations gênantes, Bercy ne nous cacherait-il pas une réalité plus
cruelle ? Un examen plus approfondi des chiffres fournis par l’OCDE,
montre l’importance du nombre de décimale pris dans la publication des
chiffres. La croissance pour la France n’est pas de 0,2% pour le 1er
et le 2ème trimestre 2018, soit 0,4% pour le semestre mais
respectivement de 0,154% et 0,158%. Alors ce n’est plus 0,4% de croissance pour
le semestre mais 0,31% beaucoup plus proche de 0,3% que de 0,4%. La réalité des
chiffres de l’OCDE est représentée dans le graphique ci-contre. Il fait mal à
notre égo et bientôt à notre porte-monnaie. Dans ce panel de 7 pays voisins de
nous, et d’un pays de référence comme les Etats-Unis, la France se montre le
pays malade de l’Europe, loin derrière la croissance de la zone euro et de
l’Union Européenne ! Comment imaginer que Bercy puisse l’ignorer ?
On constate déjà qu’avec 0,3% au lieu
de 0,4% qu’au 1er semestre ce n’est pas à une croissance de 1,8%
pour 2018 que l’on doit s’attendre mais à 1,7% soit 4 milliards à trouver pour
ne pas creuser le déficit budgétaire. Mais si le nombre de décimales dans les
chiffres pris en compte par Bruxelles peut beaucoup changer les conséquences
budgétaires, il serait bon d’appliquer la même méthode sur les chiffres du 2ème
semestre de 2017 qui servent à élaborer la prévision annuelle 2018 selon la
méthode de l’année glissante. Mais on peut aller plus loin dans la prospective
et comparer les 1ers semestres 2017 et 2018. On constate que toutes
les croissances des pays européens concernés dans le panel sont inférieures en
2018. Bien que différentes d’un pays à l’autre, la zone euro marque une baisse
de -0,7% et l’UE de -0,46%. Seuls les Etats-Unis marquent un progrès avec
+0,37% mais la France accuse une différence de -1,04% !
Le graphique ci-contre montre d’une part ce qu’est la
prévision réelle selon la méthode classique de l’année glissante mais avec des
chiffres trimestriels à 3 décimales, et ce que serait la prévision 2018 si l’on
tenait compte de la différence de performance entre les 1ers
semestres 2017 et 2018. Le chiffre réel de la prévision de croissance en
2018 pour la France, n’est même pas de 1,7% mais de 1,66% selon les chiffres trimestriels de l’OCDE, ce qui
entraîne un manque budgétaire de 4,5 milliards. C’est bien ce chiffre de 4,5 milliards qu’en toute honnêteté
Bercy devrait annoncer pour la révision budgétaire de 2018 ! Il s’agit
d’une estimation de croissance selon la méthode classique mais les performances
réelles du 2ème semestre 2018 peuvent être différentes de la
prévision officielle. Mais dans une prospective il faut tenir compte des
tendances et celle de 2018 est moins favorable que celle de 2017 sur l’ensemble
de l’UE. Si l’on tient compte de cela on obtient une tout autre vision de la
croissance 2018 dont le graphique rend compte. La chute des prévisions est
générale sur les pays européens mais la France est particulièrement touchée. Ce
n’est plus 1,66% de croissance attendue mais 0,62% et 18,3 milliards à trouver ! Alors là nous sommes dans un
scénario à la grecque et je suis persuadé que certains crânes d’œuf à Bercy ont
fait ce calcul. On peut être certain que rien ne transpirera puisqu’en matière
de prévision personne n’est Madame Soleil. Néanmoins on peut dire que la
probabilité d’être sur le deuxième scénario est plus grand que pour le scénario
officiel publié à 1,8%.
Tout ceci montre que la France
s’enfonce de plus en plus et que nous rejoignons l’Italie avant d’aller
ensemble vers la Grèce. L’ensemble des grands pays de l’UE perd du terrain
alors que les Etats-Unis sont repartis sur une pente ascendante. Ceci devrait
faire réfléchir sur la différence entre la politique économique française de
Macron, supplétif de Bruxelles, et celle de Trump au lieu de passer notre temps
à faire chorus avec ceux qui œuvrent pour sa destitution. Les deux grands pays
contributeurs au budget européen, la France et l’Italie, sont en train de
crouler sous le poids de l’économie allemande et de l’euromark, pendant que le
Royaume-Uni entreprend sa résurrection dans le Brexit en cours avec un taux de
chômage à faire rêver la France. Enfin la Suisse, malgré l’un des plus élevés
PIB/habitant de l’Europe, se comporte aussi bien que la zone euro… sans l’euro
et a dévalué sa monnaie, comme quoi la monnaie est un moyen de pilotage de
l’économie et non une catastrophe ambulante.
Mis à part un miracle sur la
croissance du 2ème semestre 2018 qui serait au moins égale à celle
du même semestre 2017, la France entre en récession relative dans un contexte
européen encore favorable. La politique d’austérité de Bruxelles ciblant la
nécessité de diminuer notre déficit budgétaire/PIB ne fait que tailler dans les
forces vives de la nation courbant l’échine sous les taxes la diminution des
investissements sur les infrastructures, la sécurité, la justice, la santé tout
en maintenant des projets irréalistes comme les énergies renouvelables et le
projet de ligne Lyon-Turin. Ces derniers sont des gouffres financiers non
rentables. Celui des énergies renouvelables, supportables par l’Allemagne, a
déjà contraint l’Espagne à cesser de les subventionner. La politique
d’austérité appliquée ne diminue pas les dépenses publiques qui ne cessent de
croître, mais elle pompe l’argent des classes moyennes, rend plus difficile la
vie de la plupart des classes au-dessus du seuil de pauvreté et augmente la
précarité voisine de la pauvreté. Les restos du cœur ont battu les records de
demandes en août donnant un signe tangible de l’appauvrissement de la majorité
de la population. Celle-ci paye son tribut aux 0,1% des très riches et aux
multinationales qui minimisent le retour par l’impôt vers le Trésor Public et
délocalisent.
Cette politique ne peut en aucun cas
améliorer le chômage et le niveau de vie des français. Les facilités et aides
financières aux entreprises, en dehors d’un allègement non utilisé de l’impôt
sur les bénéfices, ont montré leur inefficacité tant sur le chômage que sur la
croissance. Elles n’étaient pas à la hauteur du problème de compétitivité de
notre économie et elles le deviennent de moins en moins. Notre politique
économique est sous dépendance, et celle-ci ne peut que croître. Quand on voit
que le Royaume-Uni, après un Brexit en cours déjà pris en compte par la
communauté internationale et après une dévaluation de 15%, est en train de
repartir sans dommage et va probablement avoir une croissance supérieure à la
nôtre en 2018, on peut se poser la question de l’indépendance. Quand on voit
qu’un changement radical de politique aux Etats-Unis, à rebrousse-poil du dogme
de la globalisation, fait repartir l’économie d’un pays libre de sa monnaie, on
peut se demander en quoi notre dépendance à l’UE nous amène un plus.
La France gouvernante devra répondre devant l’histoire
Du déclin programmé d’un des grands pays du monde.
Les partis politiques qui empêchent la sortie de l’UE
Soit en assénant ses mérites, soit tout aussi grave
En faisant croire qu’on peut être encore dedans
Tout en étant dehors en modifiant les traités,
Ne choisissent qu’une position électoraliste
Et aveuglent le peuple par des espoirs
Qui retardent la prise de conscience
D’une UE castratrice des nations !
Claude Trouvé
24/08/18
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