vendredi 23 septembre 2011

Vers un euromark franco-allemand ? Un plan B en préparation ?

La crise s’étend par répercussion sur l’ensemble de la planète. La Chine va ralentir car elle a basé son développement sur l’exportation. Nombre d’industries américaines et européennes se sont délocalisées dans ce pays, elles vont donc subir un ralentissement de leurs productions… entre autres vers leur pays d’origine. On nous explique que la crise nous touche parce que tout est interconnecté en oubliant de dire que nous en avons décidé ainsi. On ne peut se plaindre que la douche est froide quand on a coupé l’eau chaude !

Dans ce contexte de mondialisation des problèmes, la zone euro s’en tire plus mal que les autres. Elle s’épuise à panser les plaies des pays qui sont en difficulté après avoir permis à l’Allemagne de payer sa réunification. Les évènements se précipitent et on demande désormais aux états de sauver les banques auprès desquels les états devaient emprunter. La situation devient ingérable, les caisses sont vides et il faut envisager le défaut de la Grèce et le paiement des aides que va demander le Portugal, l’Espagne et l’Irlande dans les mois qui viennent. On n’ose même pas parler de l’Italie et de ses banques sous la menace désormais permanente des agences de notation.

C'est un état de fait, que malgré ses dénégations permanentes, l’état français avait envisagé. et qui peut conduire à l’émergence d’une nouvelle stratégie préparée de longue date. En effet l’Allemagne qui régnait en potentat sur l’Europe, avec un euro plus mark qu’euro et une stratégie socio-économique basée sur l’exportation en majorité en Europe, commence à affronter de plein fouet l’arrivée de la récession. Son principal client étant la France, elle va se trouver dans une position beaucoup moins hégémonique.

Le couple franco-allemand, et l’Allemagne en particulier, supporte l’essentiel des aides apportées aux pays en difficulté, il a de ce fait un pouvoir qui va très au-delà de ses droits de vote des décisions de la zone. Par ailleurs la France détient des positions géostratégiques très supérieures à l’Allemagne, en particulier grâce à sa position géographique, à sa langue, à ses implantations sur presque tous les continents et à toute son histoire coloniale. De plus en matière de défense elle est la seule à disposer de l’arme nucléaire dans la zone euro.

Il y a donc beaucoup de complémentarité entre les deux pays. Les deux peuples ont par ailleurs le sentiment que la solidarité européenne devient difficile à supporter même si, du côté français surtout, les gouvernements s’en défendent. Ces derniers ont certainement bien compris que la zone euro ne va plus pouvoir supporter les pays en grande difficulté. En se recentrant sur l’axe fort franco-allemand on peut sans doute redonner du poids à l’euro et voir s’y agglutiner d'autres petits pays bien gérés. Sans le dire on irait vers une zone euro à plusieurs vitesses, abandonnant finalement les pays en difficulté à leur triste sort.

Autrement dit il faut, sans l'avouer expressément, couper les membres malades. Les conditions de survie, que le couple franco-allemand imposera à ceux-ci, les obligeront à trouver eux-mêmes la solution à leurs difficultés, dans ou hors de la zone euro. C’est évidemment faire preuve d’une belle hypocrisie et d’un manque de compassion mais ce peut être la moins mauvaise solution pour en revenir à une Europe qui aurait dû se construire ainsi.

Depuis un certain temps, la France fait les beaux yeux à l’Allemagne et il ne se passe pas de mois sans que l’on cherche à persuader les français qu’il faut la copier. Le dernier ballon d’essai de François Fillon sur la retraite à 67 ans fait partie de cette stratégie. Politiquement elle a l’avantage de ne pas se déjuger sur l’euro et de permettre aux pays de choisir leur destinée. Il n’est pas sûr que, lorsque les PIIGS vont avoir besoin de la solidarité, cette stratégie politique ne provoque pas brusquement une véritable cassure de l’Europe. Il conviendrait donc d’avancer prudemment.

Il faut bien convenir que ce plan B est la remise en cause du fonctionnement de l’Europe et de la monnaie unique, même si elle garde son nom. L’Europe est à rebâtir. Jean Monnet, Jacques Delors, François Mitterrand, Helmut Kohl, Nicolas Sarkozy nous ont créé un enfant mort-né mais la nécessité du rapprochement des peuples européens reste. L’Europe ne sortira pas de cette crise sans se remettre en cause sur ses fondements institutionnels. Cette dernière est finalement salutaire et on ne peut que souhaiter qu’elle s’aggrave désormais très vite jusqu’à la rupture.

Les peuples souffriront dans cette mutation nécessaire, les plus démunis surtout, mais ceci est préférable, même pour eux, à une mort lente et programmée. La France en souffrance a toujours su réagir. Elle est le peuple qui a encore l’un des meilleurs atouts pour compter dans le monde. Il lui suffit de retrouver des dirigeants compétents qui croient en elle plus qu’à leur carrière, à leur pouvoir et à leur argent… ce n’est pas encore gagné ! La « Guer i ni » pas finie, ils sont encore en train de se « Karachi » les uns sur les autres.

Dans cette Europe en glissade mortelle,

ne jetons pas l’enfant avec l’eau du bain.

Jetons l’eau, elle est croupie !
Claude Trouvé

jeudi 22 septembre 2011

L’Etat, dé-régulateur de l’économie

La crise doit toujours avoir des responsables. Les gouvernants, qui ont le relais des médias pour s’exprimer, ont eu vite fait de rejeter la crise sur les banquiers, les marchés, les paradis fiscaux et autres dérégulations du marché des capitaux. Cette attitude est largement répandue et les solutions mises en œuvre tournent autour de deux slogans, la relance et la réglementation au sens large.


La réglementation est d’ailleurs la potion habituelle française pour « régler » les problèmes. Quelque chose ne va pas, on crée une réglementation, on publie un décret, une loi. La recherche de la cause est le plus souvent inutile, la réglementation solutionne tout. Or en matière d’économie la connaissance des causes est fondamentale. On règle par exemple le manque de petits logements à Paris, qui pousse à la cherté des loyers par un blocage de ceux-ci, incitant ainsi les propriétaires à mettre leur argent ailleurs et à diminuer l’offre.

Contrairement aux messages constants de nos dirigeants politiques, la cause de la crise venue des Etats-Unis vient de la masse monétaire virtuelle créée par la banque centrale américaine et des prêts à grande prise de risque des banquiers. Seulement tout cela a été voulu par l’Etat américain. L’incitation à prêter à des taux très bas et sans véritable contrôle des revenus pour les emprunts immobiliers est une volonté clairement signifiée voire imposée aux banquiers par l’Etat.

L’Etat américain s’est voulu à la manœuvre et cette masse monétaire virtuelle s’est répandue sur le monde entier, en particulier en Europe où la libre circulation des capitaux a été adoptée. Les Etats européens ont profité de cette masse monétaire et de taux d’intérêt anormalement bas pour dépenser plus. En plus les marchés se sont dérégulés avec des secteurs productifs plus développés qu’il n’aurait fallu sans cet apport, apport même souvent donné directement par l’Etat à certains secteurs productifs.

Le principe, sous-jacent, est cette croyance que l’on peut relancer la demande globale en injectant de la monnaie virtuelle dans le circuit économique. La croissance réelle est celle qui nous permet d’augmenter notre pouvoir d’achat par acquisition de biens dont le coût a baissé. Un réfrigérateur acheté en 1960 prenait une part beaucoup plus importante de notre pouvoir d’achat qu’aujourd’hui. C’est cela la véritable croissance et non celle de l’augmentation du PIB par création virtuelle de monnaie. Elle permet soit de consommer soit d’épargner. Les deux sont utiles aux secteurs productifs en stimulant soit la production soit l’investissement.

Il en va de même pour la réduction de la dette des états. Valérie Pécresse affirme déjà que nous tiendrons l’objectif de réduction de 4,6% de la dette annuelle en 2012. Elle ne précise pas comment et c’est là tout le problème. Il y a quatre solutions, la création de monnaie, l’impôt, l’emprunt et la réduction des dépenses. Dans le premier cas l’euro nous interdit cette création, sauf que la BCE commence à le faire pour certains pays.  Dans les deux et troisième cas, on retire aux consommateurs du pouvoir de consommation ou d’épargne. Ces actions sont donc contre-productives car les recettes fiscales des sociétés vont être affectées ainsi que le PIB, le chômage et ses allocations. L’objectif de 87,1%/PIB sera encore beaucoup plus difficile à tenir.

Le seul moyen, c’est la réduction des dépenses et non la rigueur au sens de la réduction de la dette. Tenir un objectif de réduction de la dette en créant de l’impôt est une façon de prolonger la crise économique. Intervenir par des règlements qui brident l’évolution des secteurs productifs et des financements des investissements de ceux-ci est un interventionnisme nuisible de l’Etat.

La masse monétaire virtuelle et mondiale doit se résorber doucement par le fonctionnement normal des économies. Ce qui ne peut éclore ou vivre que par cet apport continuel factice disparait et l’argent avec, à condition de ne pas en remettre dans le circuit. Par contre la chasse aux dépenses inutiles, ou dont la rentabilité ne peut être évaluée, est le rôle économique de l’Etat pour assurer ses fonctions de défense, de santé, de sécurité, de justice, d’enseignement, de recherche, etc.

Les subventions aux productions non rentables soustraient des moyens financiers qui seraient mieux utilisés ailleurs. Le raisonnement des entreprises s’applique aussi à l’Etat. Le prêt aux particuliers pour soutenir l’énergie solaire par exemple est une perte d’argent pour l’Etat et empêche ainsi de le mettre dans la recherche sur l’amélioration du coût de cette énergie. Il empêche aussi de se développer une autre source d’énergie, comme la géothermie capable d’une production beaucoup plus constante.

L’interventionnisme de l’Etat, poussé à l’extrême en URSS, a toujours démontré qu’il perturbait le déroulement de l’économie d’un pays. La réglementation et l’impôt sont autant de freins à la croissance normale que crée l’innovation, la créativité, la bonne gestion prévisionnelle des entreprises. Il serait bon qu’enfin on comprenne qu’enlever des ressources aux consommateurs, brider les banques, les entreprises dans la réglementation sont des actions contre-productives.

Les économies les plus saines de la Zone euro l’ont compris et mis en œuvre. Il nous reste en France à l’appliquer mais il est beaucoup plus facile de réglementer, de légiférer, d’interdire et de prendre l’argent dans la poche des citoyens ! C’est si facile, qu’en cette période préélectorale, les candidats ne tarissent pas d’idées sur les dépenses, toutes nécessaires, et les impôts et taxes… « Tobin or not to be » !

Si l’Etat ne s’applique pas à lui-même la réduction des dépenses

Si la rigueur est synonyme de plus d’impôts et de règlements nouveaux

La crise n’est pas prête d’être résorbée

Et le progrès social sera sous l’éteignoir.
Claude Trouvé

mercredi 21 septembre 2011

« Twist » and twist… un coup de « jeûne » pour les Etats-Unis

« La Fed doit notamment effectuer une opération de "twist", qui consisterait à vendre des obligations de courte durée contre des obligations plus longues, afin de réduire les taux à long terme et relancer l'économie. Ce jeu de passe-passe permettrait de baisser le coût du crédit pour les ménages et les entreprises américains, selon les analystes de CM CIC. » (AFP)

Le Congrès américain a bloqué les nouveaux emprunts possibles alors Obama emploie la recette de la ménagère, celle qui consiste à repousser le remboursement de l’emprunt devant soi en allongeant la durée du prêt. La seule différence c’est que là-bas cela se fait dans la joie et le « twist ». Les Etats-Unis doivent financer un nouveau plan de relance contre l’avis du FMI désormais mais ils n’en ont cure car le maître économique et militaire du monde c’est encore eux pour un temps. La guerre en Afghanistan, en Libye n’aurait pas eu lieu sans eux. Nous on suit malgré les grands effets de plumes du coq gaulois.

Tout laisse à penser que ce plan de relance de l’économie américaine aura à terme le même effet que les précédents, c’est-à-dire celui de creuser finalement un peu plus la dette sans véritable relance à court terme. Les Etats-Unis continueront encore cette politique malgré la menace de la Chine, qui rechigne désormais à acheter des obligations américaines moins crédibles d’où cette nouvelle mais dernière solution. L’éventualité de faire monter la devise américaine par rapport à l’euro ne peut aller trop loin sans pénaliser l’industrie américaine, on agit déjà un peu mais pas trop.

En Europe on danse aussi mais devant le buffet. La Grèce ne fournit toujours pas les assurances qu’elle pourra satisfaire aux critères qui lui sont imposés. Et cela pour la simple et bonne raison qu’elle n’a aucune administration capable de faire rentrer correctement les recettes fiscales, car les documents et les contrôles nécessaires ne sont pas en place. Il lui faut donc rogner sur l’argent distribué en particulier les salaires, les retraites et la santé. Cela se traduit automatiquement par un peuple désabusé et dans la rue.

On veut absolument « sauver » la Grèce, non pas vraiment par solidarité, mais parce que l’exemple donné est sensé éviter la contagion et l’effondrement de l'euro. Le Portugal menace de demander une rallonge supplémentaire si les prêts à la Grèce ne sont pas payés. Il a déjà emprunté mercredi 1,250 milliard d'euros en bons du Trésor à court terme, à des taux dépassant 5,2% pour la ligne à six mois. En fait la vraie raison est que les pays en difficulté sont à l’affût des dispositions prises pour la Grèce et veulent savoir comment faire partie d’une nouvelle distribution.

La rigueur imposée à la Grèce ne peut lui permettre de se redresser en restant dans la zone euro. La plupart des économistes en sont convaincus. Les Etats européens jouent la survie de l’euro, peut importe ce qui arrivera finalement à la Grèce. Le dogme doit survivre quel qu’en soit le prix. Ceci ne peut qu'aggraver la déresponsabilisation des états en difficulté qui attendront leur tour pour faire appel au FESF (Fonds Européen de Stabilité Financière) sans réellement assumer leurs responsabilités de réformes structurelles.

Dans le même état d’esprit, l’idée d’augmenter les fonds propres du FESF et celle de la gouvernance économique européenne, vont aussi dans le sens de la déresponsabilisation des états et vers le fédéralisme. Les divergences culturelles, religieuses, économiques, sociales, juridiques ont déjà creusé les écarts entre les pays depuis Maastricht. Elles se font jour de plus en plus et l’attelage franco-allemand est de plus en plus critiqué. Le fédéralisme est une vue de l’esprit valable à très très long terme et le nationalisme affiché actuellement par les peuples qui se sentent de moins en moins associés à la politique européenne est un frein de plus en plus évident.

Notre président pense gagner sa réélection en s’affichant sur le plan international mais le peuple est désormais inquiet pour lui-même. Il réalise la gravité de la situation quand il entend tous ces propos rassurants sur les banques. Il sait que plus on le rassure plus il a raison d’être inquiet. Le Budget 2011 a été revu en urgence et la dette publique sera plus importante encore que le nouveau réajustement. Les hypothèses de travail du budget 2012 sont encore trop optimistes selon le FMI. Les 11 milliards prévus à trouver pour 2012 seront donc insuffisants et les marges de manœuvre à si court terme ne peuvent se trouver que dans une augmentation des prélèvements fiscaux, TVA, CSG, etc. ou la baisse des salaires des fonctionnaires, des retraites ou des remboursements de l’assurance maladie.

Faire payer les riches est un joli slogan électoral mais, vu le montant à collecter, il doit alors toucher les gens aisés et non seulement les riches. Ce sont des gros consommateurs et le gain net sera très amoindri par la perte sur la croissance. La note sera donc salée et indigeste si l’on veut tenir nos engagements envers Bruxelles. Le citoyen de base commence à s’en rendre compte et les candidats vont devoir jouer une partition difficile. Chacun d’entre nous prend conscience que les cadeaux ont un coût, que les caisses sont vides et que le France est sous le coup d’une surveillance accrue. Le peuple est bientôt dans la rue car la récession, enfin avouée, va faire croître le chômage et le pouvoir d’achat sera écorné. Alors le Twist ou l’Euro pour danser devant le buffet vide ?

La croyance en l’euro, monnaie unique,

s’affaiblit plus vite dans les peuples que chez ses dirigeants.

A trop tendre la corde qui les lie, on la rompt.

Elle est déjà effilochée !

Claude Trouvé

mardi 20 septembre 2011

L’Europe tangue et la Chine danse le tango

Chaque semaine, voire chaque jour, amène son lot de dégradation de la situation financière des états européens fragiles. L’Italie, après la Grèce et Malte, voit sa note dégradée. Les européens reculent devant le paiement de 15 milliards à la Grèce à valoir sur ses droits de tirage qui lui avaient été alloués. L’aide aux pauvres est sortie des préoccupations de l’Europe, à chacun ses pauvres !

C’est un climat de plus en plus net de repli sur soi et de contournement des directives européennes qui se met en place. L’Irlande a abaissé ses taxes sur les sociétés, le Danemark remet des barrières douanières, la Finlande demande des sécurités de remboursement supplémentaires pour prêter aux Grecs. La liste s’allonge de plus en plus. Par ailleurs les Commissions européennes font feu de tous bois pour assujettir les nations à leurs directives.

L’Europe vacille, non seulement sur le plan économique mais dans l’esprit même qui régnait encore dans l’Europe à 17. On voit cette fois émerger les raisons cachées qui vont opposer les peuples et les dirigeants. En même temps que Nicolas Sarkozy et Angela Merkel affirment haut et fort que seule la gouvernance économique (sous-entendu gérée par eux), plus les peuples concernés montrent, dans les sondages, les manifestations publiques, les élections, leur angoisse voire leur hostilité à une Europe qui décide sans eux.

Tant que des mesures de rigueur ne se mettaient pas en place, ils pouvaient croire à « l’Europe qui protège », mais celle-ci n’a aucunement été protégée en souffrant de la libre circulation des hommes, des marchandises et des capitaux. L’Etat allemand, exportateur, en a seul profité largement mais pas réellement le peuple allemand. La réunification de l’Allemagne a été ainsi digérée comme le voulait le chancelier Kohl. Cette époque est révolue, nous entrons dans la récession et les pays européens exportateurs seront les plus touchés.

La Chine va caracoler avec des taux de croissance de 7 à 8%. La France, pour laquelle Christine Lagarde avait prévu 2,5% de croissance en 2012, voit François Baroin en charge d’un objectif de 2,0%. Dans le même temps la  directrice du FMI annonce une croissance de 1,4% pour la France. Les fondements de la crise étant connus depuis 2008, on voit combien nos économistes sont excellents dans sa gestion puisque Mme Lagarde annonçait la sortie de crise peu de temps avant son départ.

La situation devenant incontrôlable, tout le monde ment, au moins par omission. Notre ministre des finances annonce tenir 1,75% de croissance pour 2011 quand concomitamment Mme Lagarde publie 1,7%. Notre ministre du Budget, Valérie Pécresse, annonce que quoi qu’il arrive nous tiendrons l’objectif de diminution du solde négatif des Administrations Publiques de 4,6% selon nos engagements. Elle oublie  que nous nous étions engagés initialement à une dette publique limitée à 87,4%/PIB, ce qui est l’objectif le plus important. De toute évidence celui-ci ne sera pas tenu. Le PIB va diminuer entraînant une diminution des recettes fiscales entre autres. Le déficit de la sécurité sociale a explosé en 2010 et le solde du commerce extérieur est de plus en plus négatif.

Récession veut dire chômage et augmentation des allocations correspondantes. Moins de ressources et plus de dépenses prévisibles nécessitent des opérations chirurgicales sur le train de vie de l’état qui ne peuvent qu’être insuffisantes d’une part parce que le délai pour les réaliser est trop court, sauf les licenciements de fonctionnaires, et d’autre part parce que s’ils sont trop violemment et lourdement appliqués les désordres sociaux seront inévitables et entraîneront des pertes de production.

Il reste la solution de ne pas tenir tous nos engagements avec le risque de la dégradation de la note de la France. Celui-ci ne peut être évité que par un véritable changement dans la politique de la France réorienté vers la croissance, la récupération de ses capitaux. Autrement dit seule une remise en cause des contraintes que nous impose la zone euro peut nous redonner la possibilité d’une autre politique où l’Etat français est maître de la situation.

Il va falloir malheureusement attendre encore que le peuple soit dans la rue devant les conséquences de la dégradation rapide de notre situation économique, conséquences qui toucheront surtout ceux pour qui emploi et salaire décent sont les objectifs prioritaires.

Pendant ce temps nous paradons sur l’échiquier international comme un américain d’Europe, nous guerroyons sans souci du prix des canons.

Le coq français se veut belle allure
mais il est chante en guenilles
et pète plus haut que son… derrière !

Claude Trouvé

lundi 19 septembre 2011

Strauss-Kahn ou le professeur englué

La sortie médiatique de Strauss-Kahn nous a révélé un professeur d’économie triplement englué.
  • Englué dans un aveu de « faute morale », qu’il a finalement surtout présenté sous l’angle de la faute politique et ceci sans aucune pudeur vis-à-vis des nombreuses femmes qu’il a « lutinées ».
  • Englué dans un « pacte » avoué opportunément pour relancer sa partenaire dans l’arène présidentielle tout en ménageant le parti pour se refaire une vie politique future.
  • Englué dans une vision économique qu’il a professée et qui lui a permis d’atteindre au FMI le sommet de cette discipline, mais dont la faiblesse éclate au grand jour. Sa piteuse évocation du grand danger qui menace l’économie européenne, l’urgence des remèdes à appliquer et la « pauvreté » de la solution préconisée font tomber le professeur vénéré de son piédestal.
Le rachat de la dette grecque, qui va être pris en compte par les banquiers et les états, sera finalement payé par les contribuables européens. Ceci n’empêchera nullement l’Italie, l’Espagne, l’Irlande, le Portugal de demander de l’aide et d’être finalement considérés comme plus ou moins non solvables. Par son agacement de voir la difficulté des européens à se mettre d’accord sur le paiement de la prochaine tranche de crédit à la Grèce, il a validé le fait que l’Europe ainsi construite ne peut pas fonctionner. Les intérêts divergent car les caractéristiques socioéconomiques, lois sociales, dettes, coûts salariaux, taux d’épargne sont très différents.

Philippe De Villiers a, depuis longtemps, prédit ce qui se passe aujourd’hui. L’histoire s’accélère désormais, même les Etats-Unis sont sur la sellette et Obama annonce un plan de 3000 Mds$ d’économie sur 10 ans. Les riches sont mis à contribution et il table surtout sur l’arrêt des dépenses en Afghanistan et en Irak. Tout le système monétaire et financier est ébranlé. L’argent virtuel créé depuis la déconnexion du dollar avec l’or, et ce pour des besoins de guerre, a créé une masse monétaire engendrant des dégâts considérables dans l’endettement des Etats et des particuliers.


Le professeur Strauss-Kahn devrait revoir sa copie mais son appartenance aux réseaux mondiaux comme le Groupe de Bilderberg ou la Trilatérale, promoteurs d’une gouvernance mondiale, le bloque sur cette vision de globalisation des dettes. Les nations et les hommes ont peu d’importance dans cette vision macroéconomique orientée sur la maîtrise du monde par une « secte » de puissants.


L’heure est grave oui, Strauss-Kahn a raison sur ce point mais les solutions annoncées par les partis UMPS n’apportent rien de nouveau si ce n’est une gestion plus saine de la dette publique sans que l’on sente que les dépenses administratives de l’Etat soient vraiment réduites aussi drastiquement que vont être augmentées les ressources sur le dos des citoyens. Les riches seront plus ou moins mis à contribution selon l’heureux ou heureuse élu(e) mais cela ne va pas changer fondamentalement les choses, le cap reste le même.


L’euro est toujours présenté comme notre plus grand trésor et y toucher c’est comme la foudre tombant sur nos têtes. Aucune discussion large et constructive n’est donc encore possible tant que ce dogme sera maintenu.

L’adoration à l’euro, comme celle au Veau d’Or,


est le jouet du dollar et le bonheur du yuan.


Heureusement Strauss-Kahn a dit qu’il faut payer et vite !


Merci et bon voyage !

Claude Trouvé

dimanche 18 septembre 2011

Crise du capitalisme, Non, crise de la pensée unique !

Le premier round de la primaire socialiste sur la chaîne publique nous a livré un somnifère fort utile pour la nuit. Les principaux candidats, à force d’avoir juré, craché qu’ils ne feraient que s’égratigner nous ontfait attendre deux heures une petite passe d’armes à fleurets mouchetés.

Deux candidats ont pourtant apporté une petite leur d’espoir et de combat d’idées dans la nébuleuse de la pensée unique, la pensée de l’Europe heureuse et sociale. Arnaud Montebourg a visiblement apporté une vision différente et s’est vu attaqué par la relève de la pensée unique en la personne de Manuel Vals.

Rien dans les exposés des caciques du parti socialiste ne peut nous faire penser à une véritable prise en compte de l’urgence de la situation économique et à une véritable stratégie de sortie de crise. Les cadeaux clientélistes de François Hollande sont de nature à lui permettre d’exister au second tour et justifie qu’il soit très prudent sur la politique de rigueur. Sa position floue sur le nucléaire ne s’est pas avérée meilleure que la volonté de Martine Aubry de mettre fin à cette forme de production d’énergie sans chiffrer les conséquences pour l’état et pour les particuliers. Passer d’une énergie peu chère à une énergie subventionnée pose tout de même quelques problèmes financiers.

Malheureusement rien dans la politique gouvernementale ne peut nous faire espérer un changement de cap. Bien au contraire la France se précipite pour être la première, comme en Libye, à proposer ses services, soit 15 milliards pour aider la Grèce. Elle milite pour une gouvernance budgétaire étendue à une gouvernance économique. Elle parle de règle d’or et n’arrive pas à tenir ses engagements sur le budget 2011. Sa dette va s’accroître et le budget 2012 est un casse-tête mais aussi un casse prestations sociales selon toutes probabilités.

L’état est au bord du précipice, c’est même le premier ministre qui l’affirme en privé. Les européens sont de plus en plus divisés. Les Etats-Unis qui détiennent la planche à billets s'invitent dans les discussions européennes. Le FMI jette plus ou moins l’éponge. La Chine se profile comme un dernier secours. Les banquiers sont jetés à l’opprobre des peuples par les politiciens.

Les banquiers ont profité d’une situation qui a été créée par la politique européenne et celle des Etats-Unis. La mondialisation, le libre-échange et la libre circulation des capitaux n’est pas de leur fait. Ce n’est pas de leur fait non plus si les Etats doivent emprunter aux banques, cela a été voulu dans la construction de l’Europe.

Ce n’est pas non plus la faute du capitalisme mais celle des États qui ont pratiqué avec beaucoup d’allégresse le « social-clientélisme » qui consiste simplement à acheter les voix des lecteurs en émettant de la dette qui sera remboursée par nos enfants ou nos petits-enfants. Le capitalisme se porte très bien en Suède, au Canada, en Autriche, en Finlande, en Australie, aux Pays-Bas, dans des Etats qui gèrent bien avec leurs peuples le progrès social.

La pensée unique, matérialisée par la monnaie unique, a favorisé des politiques dispendieuses en particulier dans les pays qui sont arrivés dans des positions de faiblesse. Elle a engendré dans quelques pays forts des politiques basées sur l’exportation mais principalement dans l’Europe, c’est surtout le cas de l’Allemagne. La gagnante des dix premières années voit désormais s’approcher le spectre de la récession car globalement l’Europe s’est affaiblie. Comme la France elle s’est désindustrialisée au profit de ses pays voisins de l’Est aux coûts salariaux faibles. La récession va la toucher de plein fouet.

On a confondu la fusion des Etats dans une politique économique commune imposée avec une coordination de celles-ci tenant compte des situations particulières des différents pays et les optimisant dans le contexte européen et mondial. Une gouvernance économique est un objectif illusoire même s’il apparaît théoriquement comme une solution viable. L’Europe est composée d’états dans des situations socio-économiques trop différentes pour l’envisager maintenant.

L’euro est mort sous sa forme actuelle. Les traités doivent être revus. Les Etats ne doivent plus intégrer les banques dans leur système de financement, les capitaux européens doivent être circonscrits à l’espace européen et la libre circulation des capitaux hors Europe doit être contrôlée. Les règles du libre-échange doivent être revues en ne s’interdisant pas un certain protectionnisme.

Malheureusement il faut désormais traiter cela dans l’urgence, casser la pensée unique, sinon la révolte des jeunes et des classes populaires peuvent nous jeter dans le chaos même si cela peut finalement nous faire changer de cap.

Quand la gangrène atteint vos orteils

elle n’est pas loin de votre cuisse

et proche de l’amputation !

Claude Trouvé

samedi 17 septembre 2011

Karachi, Taïwan ou la France salie !

Les affaires entachent ce début de campagne électorale à gauche comme à droite. DSK, Guérini à gauche mais la droite ne cesse d’alimenter cette sombre chronique. Le bon peuple se lasse et son désir d’abstention ne peut que croître. Il est grand temps qu’un organe de contrôle parlementaire des comptes des partis soit mis en place.
 
Selon l’agence AFP, l’homme d’affaires Ziad Takieddine, dont Mediapart a dévoilé cet été l’étendue des liens avec l’entourage présidentiel, a été mis en examen par le juge Van Ruymbeke, ce mercredi, pour «complicité et recel d’abus de biens sociaux» dans le cadre du volet financier de l’affaire Karachi. Il est par ailleurs placé sous contrôle judiciaire.

Cette affaire judiciaire risque d’éclabousser toute la droite à savoir Guéant, Hortefeux, Copé, Gaubert et jusqu’à Sarkozy. Tous les marchés d’armement passés avec le Pakistan, l’Arabie saoudite et la Libye vont montrer des transferts de fonds injustifiables dans lesquels ces acteurs vont probablement apparaître dans le financement de la campagne d’Edouard Balladur.

On parle déjà d’une mallette (encore une) passée de Suisse en France, via l’aéroport international de Genève, par Sarkozy lui-même alors ministre. Le nom des paradis fiscaux émaille les éditos des journalistes qui enquêtent. Tout cela va ternir l’image que le président Sarkozy voulait donner de son action sur la probité politique et sa volonté de supprimer les paradis fiscaux. Ce ne sera qu’un mensonge de plus mais décidément la fin de ce quinquennat sent la poudre.

Tout cela en plus finit par nous concerner directement. La note des commissions illégales versées lors de la vente des frégates de Taïwan en 1991 vient d’arriver… il faut payer 460 millions d’euros aux Taïwanais. Fillon a donc publié une « lettre rectificative »  pour le budget 2011. On va d’abord opérer ce que l’on nomme des transferts d’affectation.

Pour payer la facture à Taïwan et laisser des crédits de paiement à la politique de la ville et au Grand Paris, des coupes sombres ont été opérées sur la sécurité et la circulation routières, l’enseignement privé du premier et second degré (1 Md€), la justice (1 Md€), la gendarmerie et la police nationale (9,3 Md€) et la coordination du travail gouvernemental (48,3 Md€).

Mais ce n’est pas tout, la Défense se verra amputée de 213 millions (alors qu’il faut payer la facture de la guerre en Libye), 57 millions seront soustraits à l’Education Nationale et à la Recherche, 8,6 millions à l’aménagement des quartiers pauvres, les prisons et la justice des mineurs abandonneront 8,3 millions. Pour compléter le grattage de budget, on va soustraire 6 millions aux bénéficiaires du RSA-RMI (on se demande comment) et 11,6 millions aux anciens combattants… fermez le ban.

Même s’il est trop tard, sur ce budget, pour prendre dans la poche des contribuables, on peut penser que sur le budget 2012 cela aurait représenté 23 euros sur chacun des 20 millions de foyers fiscaux imposables. On voit donc que la France racle désormais les fonds de tiroir car dans toute entreprise bien gérée on a une ligne comptable du compte d’exploitation dénommée « Provisions » destinée à prendre en charge les imprévus. Sur le simple « Budget général », donc hors « Comptes Spéciaux », cette dette représente 0,23% des recettes. On aurait dû pouvoir y faire face sans nouveau « grattage » à moins que cette provision soit partie dans les dépenses de la guerre en Libye pour déjà 600 millions à mi-août et dont on sait qu’elle n’a pas fini de nous coûter.

Elle est malheureusement le symbole de la dégradation de l’esprit du service de l’état et non de ses intérêts personnels. Elle replace la France dans le lot des républiques bananières et la dégrade un peu plus. Elle est pire que cette propension à s’auto-flageller en permanence qui nous ruine dans l’esprit des autres peuples et plus grave encore dans le nôtre propre. Nous ne nous respectons plus et nous donnons l’image d’un peuple où la probité des élus n’est plus la règle.

Il est temps que des hommes et des femmes propres apportent à la France un nouveau souffle et soient des repères moraux pour notre jeunesse. C’est une règle sans nuance que s’impose le MPF à lui-même. Si la prochaine élection présidentielle donne raison à Jean-Jacques Rousseau, alors seule une révolution pourra nous redonner la fierté d'être français :

« On ne demande plus aux hommes

s’ils ont de la probité,

mais s’ils ont du talent ».
 
Claude Trouvé