samedi 25 février 2012

La Grèce hors de l'euro et l'Europe sous perfusion

Le ministre de l'Intérieur allemand Hans-Peter Friedrich lors d'une conférence de presse à Berlin le 18 novembre 2011 a plaidé pour une sortie de la Grèce hors de la zone euro.

Il affirme que les chances de son économie de redevenir compétitive seraient ainsi plus grandes. "Je ne parle pas d'exclure la Grèce" de la zone euro, a assuré Hans-Peter Friedrich dans l'hebdomadaire Der Spiegel, "mais de parvenir à créer des incitations pour un retrait qui ne puissent pas être déclinées".

"En dehors de l'Union économique monétaire, les chances de la Grèce de se régénérer et de devenir compétitive sont assurément plus grandes que si elle reste dans la zone euro", a poursuivi le ministre de l'Intérieur, membre de l'Union chrétienne-sociale (CSU), l'aile bavaroise du parti de la chancelière Angela Merkel.

On ne saurait être plus clair. Angela Merkel défend officiellement la volonté de maintenir la Grèce dans la zone euro mais elle ne cesse de durcir les réformes budgétaires que celle-ci doit mettre en place. Elle doit en effet obtenir un large « oui » des députés pour financer le plan d’aide à la Grèce. Durcir sans cesse les conditions d’aide, donc de maintien, revient à pousser la Grèce hors de la zone euro. Vendredi, la Grèce a lancé la plus vaste restructuration de dette de l'histoire, qui doit effacer 107 milliards d'euros qu'avait empruntés Athènes, repousser la date de remboursement et réduire le taux d'intérêt sur 99 autres milliards dus au secteur privé.

On a mis des mois pour en arriver là et les résultats économiques de la Grèce en Janvier laissent à penser que la situation est loin d’être réglée. Entre le durcissement des conditions imposées et l’intervention d’un ministre important du gouvernement allemand, ne participant pas directement aux discussions, il est évident que la sortie effective de la Grèce se prépare. Il va s’agir d’effectuer celle-ci dans les meilleures conditions et, plus on attend, plus elles se dégraderont.

C’est l’effet contagion qui est le plus redouté car le Portugal se dirige tout droit vers un défaut de paiement. Dès que le cas de la Grèce sera résolu d’une façon ou d’une autre, et le mois d’Avril devrait être décisif, les marchés financiers vont reporter leur spéculation sur le Portugal. Or la note à payer est beaucoup plus élevée.

Mais l’Europe elle-même est en difficulté, elle est au cœur des discussions des grands argentiers du G20 réunis ce samedi 25 février à Mexico. Les ministres des finances et les banquiers centraux vont faire le point sur une situation économique toujours très marquée par les tensions sur les marchés de la dette publique en zone euro. Les Européens vont tenter de faire accréditer l’idée que le « pare-feu » mis en place va sauver la Grèce et les pays en difficulté.

Toutefois de vives critiques se font jour sur le fait que les réformes demandées à ce pays sont inadéquates et que son retour dans la croissance est improbable. L’Espagne et l’Italie, qui ont engagé un solide plan de rigueur, sont alors citées en exemple mais elles seront toutes deux en récession en 2012. Le G20 doit publier une déclaration finale dimanche à 16H30 (22H30 GMT).

Une Europe dans laquelle la zone euro est en difficulté et inquiète surtout l’ensemble de ses fournisseurs. Elle est l’image même de la difficulté de survie d’une zone hétéroclite à 17 où les mieux placés creusent l’écart avec les plus faibles. La sortie probable de la Grèce hors de la zone euro, que l’Allemagne souhaite sans vouloir être la première à l’officialiser, montre que l’euro, parure pour les uns, est un licou étrangleur pour les autres. Quand les uns s’enrichissent, les autres s’appauvrissent. La meute des loups, hors de l’UE, ne lui laissera que ce qu’il faut de chair pour continuer à s’en nourrir.

L’Europe est vitale à la bonne santé des économies du monde. Les pays émergents l’ont mise sous surveillance. On ne peut dépecer un continent qui n’a plus que la peau sur les os. On se penche donc sur lui et l’on peut entendre ceci, parodiant Perrault :

« Émergents que vous avez de beaux yeux !
C’est pour mieux te convoiter, mon enfant !

Émergents que vous avez de belles dents !
C’est pour mieux te manger mon enfant ! »

Claude Trouvé

vendredi 24 février 2012

Un bilan sarkozyste catastrophique ou mirifique ?

Deux duettistes se déchirent sur les lambeaux d’un bilan qui vient de traverser une crise majeure. Les mots prennent des ampleurs qui recouvrent de brouillard une réalité que vit un peuple désabusé et conscient que l’avenir ne promet rien de bon. Deux autres duettistes, ferraillant en mode mineur, chassent sur les mêmes terres et, oubliant ce qui les rapprochent, s’invectivent ou se snobent. Que peut-on en dire plus sereinement et quelles perspectives a-t-on à court terme ? Deux aspects différents sont à considérer, d’une part le ressenti par la population centré principalement sur le niveau de vie et l’emploi, et d’autre part les indicateurs économiques.

Toutes les statistiques de 2011 ne sont pas encore disponibles. Mais on peut regarder ce qui s’est passé entre 2006 et 2010. Il est aussi intéressant de se comparer à des pays de l’UE. L’indicateur qui mesure l’écart entre faibles et forts revenus montre que celui-ci est passé de 4,0 à 4,5. C’est donc une aggravation sensible mais elle se note aussi en Allemagne (4,1 à 4,5) alors que la Suède fait beaucoup mieux (3,6 à 3,5). Ceci corrobore l’augmentation des personnes reçues aux Restos du cœur ou menacées de coupure d’électricité. Par contre le pouvoir d’achat a augmenté de 2,5% durant la même période comme l’Allemagne.

Pour ce qui concerne le taux d’emploi il a légèrement augmenté de 63,6 à 63,8% mais c’est très loin de l’Allemagne (67,2 à 71,1%) et de la Suède (73,1 à 72,7%). Par contre le chômage augmente de 5% en 2011 et il augmente encore de 0,5% en janvier 2012. En décembre 2012 le taux de chômage était de 5,5% pour l’Allemagne et 9,9% pour la France.

En résumé le consommateur, dans son ensemble, n’a pas ressenti réellement l’effet de la crise s’il avait un emploi. C’est sur l’emploi que se joue l’avenir et l’augmentation des impôts va en 2012 faire sentir que l’effet de la crise touche cette fois tous les citoyens. Le bilan Sarkozyste, vu sous cet angle, apparaît plus inquiétant pour l’avenir qu’il n’a été négatif pour le consommateur avec toutefois un plus grand nombre de personnes en-dessous du seuil de pauvreté.

Mais c’est sur le plan de l’endettement et du commerce extérieur que les choses se gâtent. La dette s’accroit et le remboursement des intérêts de la dette devient l’un des grands postes du budget. Le déficit de la Sécurité Sociale prend des allures catastrophiques alors que l’Allemagne a ramené en 2011 son déficit à 1% et affiche un excédent sur les prestations sociales et de 150Mds€ pour le commerce extérieur. Notre balance commerciale est très préoccupante pour l’avenir et de plus l’Etat prévoit des recettes supplémentaires mais ne réduit pas son train de vie.

Les solutions envisagées pour relancer notre économie ne s’avèrent pas à la hauteur du problème. On parle de baisser le poids de la fiscalité sur le coût du travail. En effet en 2010 il était plus élevé en France qu’en Allemagne (45,5% pour 44 ,9%). La différence est faible et la combler n’apparaît pas de nature à changer notre déficit commercial avec l’Allemagne. La solution n’est pas là. D’ailleurs le Royaume-Uni où le poids n’est que 25,1% a le plus important déficit du commerce extérieur !

En réalité c’est la fuite de nos cerveaux et de notre industrie qui est au cœur du problème. Il n’y a qu’une seule voie possible pour refaire le terrain perdu comme l’ont pratiqué plusieurs pays. Malheureusement l’UE, qui s’enfonce et perd régulièrement des parts du marché mondial, fait de l’euro un carcan pour les principaux pays, hors l’Allemagne et les pays du nord. La compétition internationale ne peut se gagner hors Europe que par des prix des marchandises de l’ordre de 25% moindre qu’actuellement. Ceci d’autant plus que les pays émergents n'augmentent leurs coûts salariaux qu'au rythme de l’augmentation de leur compétitivité, ce qui n’est pas notre cas.

Le bilan Sarkozyste n’est que moyen par rapport aux pays de l’UE sur les principaux indicateurs économiques, avec la meilleure note des pays du Sud, un point c’est tout. Par contre il nous a enfoncés dans une voie sans issue défavorable pour notre pays. C’est dans les années qui viennent que tout cela va se faire sentir par la baisse du pouvoir d’achat et par un chômage accru par la faiblesse de la croissance, voire par la récession. Les indicateurs pour 2012 et 2013 sont au rouge et nous font descendre dans la hiérarchie des pays européens.

Sans rétablissement de la préférence communautaire

Sans protectionnisme intelligent

Sans manipulation monétaire

Sans effort sur la recherche et l’innovation

La France ne pourra que s’enliser.

Claude Trouvé

jeudi 23 février 2012

Six-Pack, TSCG, Pacte budgétaire… vous connaissez ?

Si seulement ces mots ont pour vous une résonance, cela veut dire que vous êtes un citoyen attentif à ce que vos représentants trament discrètement à Bruxelles. Si ce n’est pas votre cas, vous êtes loin d’être le seul ! Pourtant ce que l’on vous prépare va concerner directement l’avenir de la France et le vôtre en particulier.

Nos députés viennent de ratifier, en ce lundi 21 février 2012, le Mécanisme de Stabilité Européen (MES), avec un certain nombre de protestations assez spécieuses à gauche et même vives à droite chez les souverainistes. Ce mécanisme va imposer une dictature financière sur les États en difficulté. On peut d’ailleurs s’interroger sur la légalité de ce mécanisme qui va nécessiter une modification du Traité de Fonctionnement de l’Union Européenne (TFUE). Une clause de ce traité, intergouvernemental de la zone euro donc en dehors du cadre européen, implique que les signataires de celui-ci aient au préalable signé le TSCG ! Après le MES succédant au FESF voilà un nouveau sigle, histoire que le citoyen lambda s’embrouille bien mais se croit informé à défaut d’être démocratiquement sollicité !

Rassurez-vous le TSCG n’est autre qu’un traité intergouvernemental dit communément « Pacte budgétaire ». En fait cette sympathique appellation est-elle réellement plus rassurante ? Non, il s’agit d’un pacte fondateur d’une nouvelle perte de souveraineté. Car TSCG signifie « Traité sur la Stabilité, la Coordination et la Gouvernance de l’Union économique et monétaire ». C’est plus explicite mais nettement plus inquiétant quand apparaît le terme « gouvernance ». Reprenons donc le fil de l’histoire.

A l’automne dernier, sans l’aval des parlements nationaux, la Commission européenne a vu ses pouvoirs largement augmentés lors de la réforme du Pacte de Stabilité et de Croissance, le PSC, adopté au Conseil européen d’Amsterdam du 17 juin 1997 et inclus dans les règlements de ce Conseil le 7 juillet 1997. C’ « est l’instrument dont les pays de la zone euro se sont dotés afin de coordonner leurs politiques budgétaires nationales et d’éviter l’apparition de déficits publics excessifs. Il impose aux États de la zone euro d’avoir à terme des budgets proches de l’équilibre ou excédentaires. » (Wikipédia)

Depuis cette réforme du PSC, dite « Six-Pack », les sanctions en cas de déficit excessif ont été largement renforcées. De plus, la Commission européenne dispose désormais d'un pouvoir de contrôle et de sanction quasi-automatique via la règle de la "majorité inversée" qui définit que les sanctions, proposées par la Commission, ne peuvent être contestées par le Conseil que si se dégage une majorité qualifiée contre. Pour entrer en vigueur, les décisions de la Commission n'ont plus besoin d'obtenir l'aval explicite du Conseil.
 
Le 21 février 2012 il a été proposé au vote du Parlement français de ratifier deux lois concernant le MES. Tout d’abord un préalable juridiquement indispensable, la loi autorisant la ratification de la décision du Conseil européen modifiant l’article 136 du Traité sur le Fonctionnement de l’Union Européenne, est ratifié par l’Assemblée. Il introduit les dispositions suivantes :

 «Les États Membres dont la monnaie est l'euro peuvent établir un mécanisme de stabilité pouvant, si nécessaire, être activé dans le but de préserver la stabilité de la zone euro dans son ensemble. L'octroi de toute aide financière en vertu du mécanisme sera soumis à de strictes conditionnalités».

Enfin l’Assemblée nationale a voté la loi autorisant la ratification du traité instituant le Mécanisme Européen de Stabilité. L’entrée en vigueur du traité est prévue en juillet  2012. Lors du sommet du 9 décembre 2011, les États européens, hormis le Royaume-Uni et la République Tchèque, se sont engagés dans la négociation d'un nouveau Traité renforçant davantage la discipline budgétaire, donc intergouvernemental.

C’est ce traité TSCG dit communément « pacte budgétaire » qui :

- met en place la fameuse règle d'or : principe de l'équilibre des budgets, limitation du déficit structurel à 0,5% du PIB, mise en place d'un mécanisme de correction automatique (sous contrôle de la Cour de Justice européenne)
- réaffirme l'augmentation des compétences de la Commission européenne.

Il ne sera proposé au Parlement français qu’après les législatives. Mais MES et TSCG sont indissociables pour que la France participe au MES. Il ressort de tout cela que la gouvernance européenne se met en place, que le Traité de fonctionnement de l’UE se modifie sans que le citoyen en soit réellement informé, que le pouvoir régalien de gérer nos finances nous est de plus en plus contesté et que les décisions de la Commission européenne, non élue par les peuples, échappent de plus en plus au contrôle des citoyens, embrouillés dans les sigles, et même des Parlements.

Bientôt la Commission Européenne pourra dire :

« L’Etat Euro, c’est moi ! »

« La France ? En lambeaux ou en landers c’est moi aussi ! »

Claude Trouvé

mercredi 22 février 2012

Production d’électricité et maîtrise du gaz carbonique

Posons tout de suite que la croissance du taux de gaz carbonique dans l’atmosphère est due aux activités humaines et animales générant par effet de serre une augmentation des températures régnant sur le globe terrestre. Si cette théorie a reçu un aval international, elle est loin d’être partagée par de nombreux scientifiques, eux-aussi éminents, dont certains prônent que la variation des températures terrestres est liée aux variations de l’activité solaire et que le gaz carbonique est non une cause de l’augmentation des températures mais une simple conséquence. Laissons donc à la communauté scientifique le soin de vérifier ses théories sur une longue période d'au moins plusieurs dizaines d’années.

La volonté de diminuer les apports de gaz carbonique dus à l’activité humaine a donné un coup d’accélérateur aux énergies renouvelables, éoliennes et solaires en particulier, censées résoudre le problème d’une part de l’indépendance énergétique et d’autre part de l’apport de CO². C’est ainsi que l’Allemagne dont la production d’électricité d’origine nucléaire était trois fois moins importante qu’en France a décidé, suite à l’accident de Fukushima (séisme de magnitude 9 et tsunami de 14 mètres), de fermer les 7 centrales les plus anciennes sur les douze en fonctionnement en 2010. Elle réduit ainsi sa part du nucléaire à une dizaine de % et entame une nouvelle décroissance jusqu’à 0% en 2022 en misant sur l’accroissement des énergies renouvelables.

Les politiques très différentes des pays du monde entier sur la part d’électricité nucléaire n’ont pas comme motivation son impact sur la production de dioxyde de carbone puisque sa participation est infime et ne tient qu’à celui dégagé par la fabrication de ses composants. Elle est donc du même niveau que pour l’éolien et le solaire. C’est la notion de sécurité et plus spécialement l’appréciation que l’on a de ce que l’on nomme la sûreté, c’est-à-dire de tout ce qui est mis en œuvre pour éviter des effets dommageables sur l’homme et l’environnement. Le nucléaire est considéré ou non comme incapable de faire face aux pires catastrophes. On en prend ou non le risque comme pour toute activité industrielle potentiellement dangereuse.

Les pires catastrophes ayant été d’origine naturelle ou chimique pour les activités humaines, le débat peut durer longtemps. Mais d’un autre côté deux objectifs s’imposent aux États, le coût du Kwh et l’indépendance énergétique, les deux soumis à l’injonction de diminuer l’apport de CO². La décision allemande devrait pousser l’Allemagne vers les énergies renouvelables mais d’une part celles-ci sont soumises aux volontés de la nature (vent, jour, nuit) et d’autre part le coût du kwh, d’ailleurs subventionné, est beaucoup plus cher que le nucléaire, démantèlement et aménagements de sûreté compris (2 à 3 fois plus cher pour l’éolien).

L’Allemagne se tourne donc tout d’abord vers les centrales à gaz et à lignite qui offrent un coût du kwh raisonnable et une grande réactivité aux demandes de la consommation. De plus ce choix est bien adapté ensuite à la variabilité de la production éolienne et solaire. Par contre il rend l’Allemagne dépendante de la fourniture en gaz russe et, au fur et à mesure de la mise en œuvre des énergies renouvelables, elle deviendra productrice d’électricité de plus en plus chère. En attendant elle émet plus de CO² dans l’atmosphère et rend bien ambigüe la position des écologistes.

Ce choix énergétique n’est pas partagé par les autres plus grands pays du monde. Le Japon, malgré Fukushima, continue sa politique de construction de centrales nucléaires, le Royaume-Uni commande 5 centrales de nouvelle génération, la Chine prévoit la construction de nouvelles centrales, l’Inde et le Brésil également et enfin les États-Unis, les plus grands producteurs d’énergie nucléaire, sortent du moratoire sur le nucléaire.

L’éolien et le solaire accroissent inéluctablement notre dépendance au gaz et au charbon. En effet la puissance éolienne installée dans notre pays est de 5700 mégawatts (MW) mais non seulement celle distribuée au réseau est bien inférieure, le quart environ, mais encore elle a oscillé entre 200MW et 3800MW. Cette forte variabilité s’effectue de plus très rapidement. Elle nécessite le couplage ou le découplage sur le réseau de moyens de production à rapide mise en œuvre ou arrêt. Il faut donc faire appel aux centrales thermiques, à gaz, fuel ou charbon.

Donc plus on augmente la puissance éolienne plus on doit faire appel aux centrales thermiques. L’indépendance énergétique gagnée par les énergies renouvelables est reperdue par la dépendance des centrales thermiques due à leur combustible. Il en est de même sur le plan de la production de CO², l’ajout d’éoliennes entraîne une augmentation de cette production par les centrales thermiques. Globalement on ne gagne ni sur le coût ni sur la réduction des émissions de dioxyde de carbone par rapport au nucléaire.

Les réacteurs nucléaires, calés à leur niveau de rentabilité optimum, sont idéalement faits pour produire une puissance constante. Ils ne peuvent répondre à des variations rapides d’appel sur le réseau. Il faut donc disposer de centrales répondant à celles-ci. Le tout nucléaire ne peut, par construction, répondre à cet impératif. La consommation oscille entre un minimum et un maximum distants de 15 à 20%. C’est dans cette plage que se trouve le créneau raisonnable des énergies renouvelables et de leur complément indispensable à savoir les centrales thermiques au gaz, fuel et charbon.

Les décisions énergétiques des pays sont donc liées à leurs ressources naturelles et à la sensation de danger que peut procurer l’utilisation du nucléaire, sensation exacerbée, à tort ou à raison, par ses adversaires et cela plus ou moins activement selon les pays.

Une politique énergétique est spécifique à un pays

Sur des fondamentaux d’indépendance, de coût

Et de prise de risque raisonnée.

Claude Trouvé

mardi 21 février 2012

Sauvetage de la Grèce et MES ou la dictature européenne.

« Selon les termes de l'accord trouvé peu avant 4h00 mardi 21 février 2012 et après treize heures de négociations, la dette grecque sera ramenée à 120,5% du PIB d'ici 2020 grâce à un nouveau programme de prêts publics de 130 milliards d'euros et à une restructuration de la dette détenue par les créanciers privés. Ces derniers ont finalement accepté une décote de 53,5% sur leurs obligations dans le cadre d'un échange de titres qui permettra d'effacer plus de 100 milliards de dette grecque.  La Banque centrale européenne et les banques centrales nationales de la zone euro participeront également au plan en renonçant à certains bénéfices réalisés sur les titres grecs qu'elles détiennent. »
Personne ne doutait qu’un accord serait trouvé et surtout pas les marchés qui l’avaient anticipé. En effet le sauvetage en question, obtenu au forceps comme d’habitude, n’était pas celui de la Grèce mais celui de l’euro. Le sort de la Grèce n’en est pas réglé pour autant, au mieux l’échéance grec du 20 mars de 14,5 Mds€ sera payée, mais à quel prix ! L’Allemagne, entre autres, demande encore que l’on vérifie d’ici là que les actions, promises par la Grèce, sont bien mises en place avant tout paiement. Angela Merkel a aussi imposé un renforcement de la tutelle sur ce pays. 

« La troïka UE-FMI-BCE, qui supervise la mise en place des réformes et effectue des rapports trimestriels, sera encore renforcée et ses ressources accrues. Dans le cadre du deuxième plan de sauvetage, la Commission européenne enverra bientôt des dizaines d'inspecteurs permanents à Athènes afin d'assurer la bonne marche technique du programme et d'en surveiller la mise en œuvre. Cette présence sur le sol grec sera accompagnée de la création d'un compte spécial permettant de traiter de manière prioritaire les remboursements de dette grecque, dont le principe sera inscrit dans la constitution sous deux mois. » 

La Grèce n’est pas sauvée car les plans d’austérité sont en train de détruire un peu plus sa croissance et le peuple va aller dans la rue et en avril dans les urnes. Par contre elle vient de perdre sa souveraineté et est soumise à une véritable dictature de l’UE dans laquelle l’Allemagne et les pays du nord n’envisagent plus de payer pour elle.

Mais on va nous mettre en place, en juillet 2012, une autre forme de gouvernance européenne c’est le MES, Mécanisme Européen de Stabilité qui assure une union des dettes des pays de la zone euro et dont les textes fondateurs doivent être ratifiés par les parlements nationaux. Il sera doté d’un capital de 700Mds€, somme censée servir de garantie à un défaut de paiement de pays comme la Grèce, le Portugal et l’Espagne et permettant ainsi un effet de levier pour en multiplier les fonds disponibles par trois ou quatre. La France participera à ce fonds de garantie pour 142,701Mds€… en empruntant au MES s'il faut un jour payer ?

Cependant toute demande de capital de la part du MES devra être honorée par ses membres, irrévocablement, sans condition et en moins de 7 jours ! Compte-tenu du délai de ce genre de transaction, le formulaire de versement devra être rempli en moins de 4 jours. Le Conseil des gouverneurs, qui régira le MES, peut décider à tout moment d’augmenter sans limite le capital à payer, selon l’article 9, irrévocablement dans le délai prévu.

Mais en plus le MES peut entamer toutes les procédures juridiques qu’il juge utile. Par contre son patrimoine, ses moyens financiers et ses activités jouissent d’une immunité juridique. Ils sont préservés contre toute investigation, réquisition ou toute autre forme d’expropriation par des gouvernements, administrations ou tribunaux. Nos gouvernements, nos administrations sont donc impuissants contre le MES.

Mieux, les membres du Conseil, directeurs, remplaçants et membres du personnel sont préservés contre des procédures juridiques. Leurs actions, leurs documents et papiers jouissent de l’immunité. On ne sait même plus si quelqu’un d’extérieur au MES a le droit de lire leurs documents.

En résumé cet organisme supranational n’a pas de loi qui s’applique, pas de gouvernement qui puisse s’y opposer. Ses décisions sont sans appel et il tient les caisses des États dans sa main. Par ailleurs il n’est pas élu et lorsque l’on sait qu’il peut être présidé par le Président de l’Eurogroupe, on va mettre en place une véritable dictature sur les États ! 

« On transfert en toute illégalité à une autorité internationale soumise à aucun contrôle démocratique de pouvoirs qui relèvent par nature de la souveraineté populaire" (Dupont-Aignan). En toute discrétion, car ce sujet ne passionne pas les foules, on crée une Europe sans démocraties souveraines, donc une gouvernance dictatoriale !

« La dictature désigne un régime politique dans lequel une personne ou un groupe de personnes exercent tous les pouvoirs de façon absolue, sans qu'aucune loi ou institution ne les limitent. »

Après la camisole de force budgétaire de la troïka sur la Grèce,
La dictature de technocrates du MES
Va bafouer la souveraineté des peuples !
Claude Trouvé

lundi 20 février 2012

Dévaluer la monnaie est-ce la pire catastrophe ?

La sortie de l’euro, horreur que quelques incompétents osent évoquer, est balayée d’un revers de main par les candidats du système. Il est d’ailleurs assez drôle d’entendre les trois candidats de celui-ci s’accuser mutuellement d’en faire partie. Le ridicule ne tue pas ces chantres de l’Europe sociale et heureuse, de la mondialisation, grand signe de modernité et d’ouverture. Les pays de l’Europe du Sud s’étouffent et la France ne peut juste que se vanter de s’en tirer, pour l’instant, un peu mieux qu’eux.

Il est évident que nous mourrons à petit feu depuis l’arrivée de l’euro, d’ailleurs l’augmentation annuelle de la dette s’est faite plus rapide. La plupart de nos partis politiques veulent nous faire croire que demain sera meilleur, avec eux bien sûr, mais avec les mêmes recettes. Le conditionnement médiatique au risque, que représenterait une dévaluation, complété par la honte que représenterait une sortie de l’euro, a rempli d’effroi la plus grande partie des citoyens.

Alors tout argument en faveur d’une dévaluation étant suspect, idiot ou irresponsable, regardons les pays autour de nous.

La Russie tout d’abord, grand pays de 143 millions d’habitants, grande comme 31 fois la France est née de l’éclatement de l’URSS en 1991. Pont entre l’Europe et l’Asie, elle est actuellement la dixième économie mondiale et la sixième en termes de parité de pouvoir d’achat.  Son taux de croissance est actuellement de 6%. Elle fait partie des pays émergents, les BRICS. Dès 1990 le pays s’est tourné graduellement vers une économie de marché. Ce virage a désorganisé l’économie de ce pays et une chute catastrophique du niveau de vie des russes en 1998 avec un PIB divisé par deux.

Le 17 août 1998 le rouble est dévalué de 37%. Grâce à cette dévaluation, à une meilleure exploitation des richesses minières, et à l’augmentation du prix du pétrole, Poutine fait repartir l’économie russe dès 2000. En 2008, pendant la crise économique, la Russie procède à trois dévaluations successives pour ajuster le rouble par rapport au panier euro-dollar qui lui sert de référence. En 2012 la Russie affiche une dette par habitant vingt-huit fois inférieure à la nôtre et une dette par apport au PIB dix fois inférieure à la nôtre. La manipulation monétaire l’a sortie de la catastrophe !

Changeons de dimension et regardons l’Islande. C’est un petit pays de 320.000 habitants, cinq fois plus petit que la France. Avant la crise économique de 2008, l'Islande était au premier rang des pays les plus développés au monde selon l'indice de développement humain (IDH) de 2007 et 2008. Elle a déposé sa candidature à l’entrée dans l’UE en Juillet 2009. Le pays participe déjà activement à la vie économique, politique et culturelle de l'Europe.

En 2008 l’Islande est frappée par une terrible crise financière qui affecte son système économique et bancaire. En 2009 l’endettement du pays est très élevé et le remboursement de la dette demande une perfusion du FMI qui apparaît insuffisante pour sortir de la crise. Ses dettes envers la Grande-Bretagne sont échelonnées et elle procède en janvier 2011 à une dévaluation de la couronne islandais de 45% par rapport au dollar.

L’islande a terminé l’année 2011 avec une croissance de 2,1% et annonce une croissance trois fois supérieure en 2012. L’agence Moody’s vient de remonter sa note qui la fait rentrer dans les pays pouvant emprunter auprès de banques. Le prix Nobel d'économie Paul Krugman, avance que c'est grâce au contrôle de sa monnaie — qui aurait été impossible avec l'euro — que l'Islande a pu rapidement sortir de la crise. L’île est devenue celle du plein-emploi et de la richesse. La Grèce ne devrait-elle pas suivre cet exemple ?

Terminons avec un pays de l’UE, hors euro, la Suède dont j’ai déjà parlé dans une chronique précédente. Le Royaume de Suède est un territoire de superficie équivalente à la France et peuplée de 9.300.000 habitants. Selon l’indice mondial de démocratie, la Suède est considérée comme le pays le plus démocratique du monde. En 2011 elle affiche une croissance de 4,6% et une dette, par rapport au PIB, 2,3 fois inférieure à la nôtre.

En 2003 le taux de croissance s’élevait à 3,5 %, confirmant une santé économique remarquable par rapport à la moyenne des pays de l’Union européenne. Néanmoins celle-ci fait pression sur elle pour qu’elle adopte l’euro. Un référendum est organisé mais les suédois, ayant peur de lâcher la proie pour l’ombre, refusent l’euro et gardent la couronne suédoise, le SEK. Jusqu’en août 2008 le SEK évoluait dans une fourchette de 8,9 à 9,6 SEK pour un euro. A l’automne 2008, pour faire face à la crise la Suède dévalue sa monnaie de 24% et continue avec 10% supplémentaires jusqu’à fin 2009. Les usines ne délocalisent pas. Aujourd’hui la couronne suédoise est à peu près à sa valeur d’avant la dévaluation et la Suède affichait le plus faible déficit budgétaire de l’UE en 2010.

Cherchez l’erreur. Continuerons-nous à nous faire peur avec l’augmentation du prix de notre téléviseur, de nos vacances à l’étranger et d’une petite hausse du prix de l’essence et à nous laisser endormir dans une potion mortifère ? N’est-ce pas, la dévaluation, la vraie promotion du « made in France » ?

Notre pays, monté sur un âne,

S’est donné l’objectif de rattraper le pur-sang allemand.

Il va crever d’apoplexie !

Claude Trouvé

dimanche 19 février 2012

Moins de promesses et moins d’idées

La campagne électorale ne lance plus de grandes promesses ou alors des directions assez floues pour pouvoir être toujours défendues à l’heure du bilan. Les temps ont changé, la France est dans la tourmente. Les deux principaux candidats parlent de rigueur pour un pays qu’ils ont plus ou moins endetté depuis trente ans. Tous les deux cultivent le dogme de l’euro et de la mondialisation.

Leurs programmes se résument à deux objectifs, rigueur et ré-industrialisation. Ils ont l’immense avantage d’être inattaquables. Malheureusement ce qui ne différencie pas ces deux candidats c’est la manière d’y arriver. Les deux parient sur la croissance tout en prenant des dispositions pour augmenter taxes et impôts. Les deux pensent qu’en allégeant les impôts des sociétés de 2%, on va redonner suffisamment de compétitivité à nos entreprises pour mieux aborder le marché mondial.

Les aides apportées à l’éducation, à la recherche sont défendues par les deux candidats et sont évidemment essentielles pour le moyen et le long terme. Malheureusement ses effets demanderont plusieurs années et ils ne répondent pas à l’urgence de la dégringolade de notre pays dans l’économie mondiale et l’endettement.

Nos candidats ne donnent plus de perspectives réjouissantes et crédibles qui puissent mobiliser le peuple et particulièrement sa jeunesse. Comment pourrait-on re-dynamiser un pays quand le chômage ne peut diminuer dans les prochaines années et que les Lejaby vont se succéder ? Les idées ne sont pas à la hauteur des difficultés qui attendent la France. Le fédéralisme et la mondialisation ont montré qu’ils broyaient le peuple et enrichissaient les puissants, les banquiers et les multinationales.

Quand on ne change pas les règles du jeu, on ne peut espérer que le jeu se transforme de lui-même pour devenir plus attrayant. Les idées manquent donc, elles se transforment en « mesurettes » ou en changements risqués sur les structures administratives de la France. Les modifications de notre enseignement, lancées à chaque changement de ministre, ont petit à petit, détruit la qualité de notre enseignement. Lorsque 15% de nos élèves de sixième ne savent plus lire couramment alors qu’il y a soixante ans, la lecture était acquise par tous en cours élémentaire 2ème année, on mesure que nous ne pouvons plus nous vanter d’avoir le meilleur système scolaire du monde.

 Tout est à faire pour retrouver la place qui devrait être celle de la France, la copie aveugle de l’Allemagne, du fédéralisme, de la mondialisation, la servilité aux États-Unis et le dépouillement de notre patrimoine immobilier et industriel ne redonneront pas aux français le sentiment qu’une page est tournée et que nous avons pris la mesure de nos erreurs.

La campagne présidentielle, vive dans la plupart des discours d’accusation des autres candidats, est d’une grande pauvreté sur les idées à mettre en œuvre, autres que de pâles copies de vieilles recettes de manipulation des taxes et impôts. Certains veulent même détruire ou mettre en veilleuse les fleurons de notre industrie. Par exemple pour le nucléaire, la fermeture des centrales est prévue alors que la Grande-Bretagne veut commander cinq réacteurs de la nouvelle génération.

Comment penser que notre commerce automobile, qui était encore bénéficiaire il y a quelques années et qui est désormais déficitaire, peut par les propositions actuelles, redevenir bénéficiaire. Il représente 20% des échanges commerciaux mais cette industrie se délocalise, même son ingénierie quitte lentement et sûrement notre sol pour l'Asie du sud-est.

Les taxes et impôts n’ont jamais, dans aucun pays, créé de la croissance et de l’emploi. La tenue de la Bourse actuellement est le résultat d’une énorme ouverture de liquidité de la BCE vers les banques, lesquelles réalimentent l’appareil économique. C’est la méthode américaine d'une croissance créée virtuellement, pratiquée par la Fed, qui est copiée et va creuser la dette globale de l’UE comme celle des Etats-Unis.

Avec 1700 milliards de dettes et la perspective de devoir trouver 200 milliards supplémentaires auprès des organismes prêteurs en 2012 pour rembourser les intérêts d’emprunt et les prêts arrivés à terme, la France est sous la menace des agences de notation. Le prochain président ou la prochaine présidente devra faire autre chose que ce que propose la zone euro et l’Allemagne dont les effets sont aussi incapables de nous sortir de l’ornière qu’elles ne le sont pour la Grèce, le Portugal et bientôt l’Espagne.

Il n’est pas pour un pays pire pauvreté

Que la pauvreté des idées et de la prévision de l’avenir.

Claude Trouvé