lundi 26 novembre 2012

La guerre des deux François

On ne peut qu’être admiratif de notre bon La Fontaine qui a su dans ses fables dépeindre les défauts de la société humaine. Après « les deux chèvres », on peut penser à « l’huître et les deux plaideurs ». Un jour deux Pèlerins sur le sable rencontrent une Huître que le flot  y venait d’apporter. Ils l’avalent des yeux, du doigt ils se la montrent ; à l’égard de la dent il fallut contester. L’huître, objet d’une convoitise acharnée, c’est évidemment la présidence de l’UMP où les deux protagonistes voient, peut-être à tort d’ailleurs, l’antichambre de l’élection présidentielle.

Voilà deux plaideurs, à qui les circonstances offrent une présidence à prendre après la défaite et le retrait de leur mentor, dans lesquels on reconnait facilement François Copé et Jean-François Fillon. Et que dire d’Alain Jupé dans le rôle de Georges Dandin, le rôle lui va si bien dans celui du juge né malin, rusé, madré mais « droit dans ses bottes ». Le revoilà, maigre et sec et portant beau mais les traits et la taille un peu épaissis au vin de Bordeaux. Une occasion se présente le remettant dans la lumière et le place dans la position du vieux sage, du gourou après tant d’avanies.

Il n’y a pas résisté mais a prévu courageusement sa porte de sortie. C’est ainsi qu’il ne s’est pas présenté aux législatives pour mieux préserver ses chances aux municipales sentant un vent mauvais. Par sa médiation, il revient dans la course des candidats aux présidentielles de 2017 avec une stature d’homme de consensus. La partie était perdue d’avance, peu importe. Il a joué un acte.

Les sympathisants UMP et même la France peuvent désormais se poser la question de savoir vers lequel des deux plaideurs son cœur balance ou sa moindre aversion. En effet les deux ont 2017 en ligne de mire. Il y a deux façons de voir, celle de la préférence humaine basée sur notre empathie et celle plus raisonnée du meilleur battant politique pour qui seule la victoire compte.

C’est deux ambitions et deux tempéraments qui s’affrontent. On voit d’un côté un boxeur qui avance, reçoit des coups pour mieux pouvoir en donner, prêt à toutes les esquives, à toutes les manœuvres et qui évite les yeux de l’arbitre pour placer un coup bas. On voit de l’autre un homme, qui a été le Sancho Pansa de Sarkozy, dont ce dernier dit qu’il n’a existé que dans son ombre. Cet homme d’Etat abandonne l’éventualité de sa présidence et est donc plutôt dans le recul et dans l’attitude de mauvais perdant.

Personne ne pourra connaître la vérité sur ce vote mais il s’agit de savoir quel homme est le plus capable de mener le combat dans un parti qui a rassemblé deux anciens partis. C’est l’histoire de l’UMP qui resurgit. En effet le parti s’est finalement plus ou moins divisé sur la pensée unique qui est européenne et favorable au multiculturalisme. Le gaullisme ne s’est plus retrouvé dans l’abandon progressif de la souveraineté du pays par l’entrée dans l’OTAN, le non respect du vote des français sur la Constitution européenne, la main tendue au multiculturalisme à préférence musulmane, etc.

Avec l’arrivée sur la scène politique de l’UDI, on voit mal quelle place pourrait avoir la partie de l’UMP, qui est européenne, socio-libérale et multiculturelle, dans un nouveau parti de scission. De l’autre côté le courant gaulliste et nationaliste, sensible aux dangers de l’immigration de peuplement d’une autre culture et d’un culte envahissant reprend espoir de se faire entendre avec l’appui des évènements récents. Le véritable clivage n’a pas clairement transpiré, chacun des deux candidats ayant pris plus ou moins dans ces deux courants. C’est donc plus vers une désagrégation de l’UMP que l’on risque d’assister plutôt qu’à une claire scission.

Deux courants de pensée s’expriment néanmoins de plus en plus fortement à droite et vont pousser à une clarification dans les partis droitiers. Le courant de pensée souverainiste sort vainqueur de cet épisode comme son contraire européen à volonté humaniste. Ce vote est donc à droite un grand moment de la vie politique française où la pensée unique est la grande perdante et voit pointer un débat sur le fond que la France ne peut éviter et qui a été occulté lors de la dernière présidentielle.

C’est du chaos qu’est né l’univers,

Du chaos peut naître un monde politique nouveau,

Si tel est le cas il faut se réjouir de celui-ci.

Claude Trouvé
Coordonnateur MPF du Languedoc-Roussillon  

dimanche 25 novembre 2012

Des recettes à l’allemande pour sauver l’économie française ? (4ème partie)

L'école de commerce suisse International Institute for Management Development vient de publier son classement 2012 des 30 pays les plus compétitifs du monde. C'est-à-dire qu'ils sont ceux qui combinent le mieux "leurs ressources économiques et humaines dans le but d'accroître leur prospérité". En particulier, chacun des trois champions a  été récompensé pour le dynamisme de ses entreprises (Hong Kong), sa capacité à innover (Etats-Unis) et son système budgétaire sain (Suisse) qui attire les investisseurs.
L’Autriche est à la 21ème place, l’Irlande à la 20ème, le Royaume-Uni à la 18ème, la Finlande à la 17ème, les Pays-Bas à la 11ème, le Luxembourg à la 12ème, le Danemark à la 13ème, l’Allemagne à la 9ème, la Norvège à la 8ème, la Suède à la 5ème. La France ? Elle est à la 29ème place juste derrière le Chili, 12ème pays européen,  10ème pays de l’UE, 9ème pays de la zone euro ! On ne peut que constater pour la France une compétitivité en berne. Par contre il est exclu de retenir le fait que nos entreprises manquent de dynamisme, car il n’y a qu’à voir le nombre d’auto-entrepreneurs qui se créent chaque année et la réussite de nos patrons français dans les grandes entreprises étrangères pour rejeter cet argument. Ils manquent surtout de marges bénéficiaires qui ralentissent les investissements et les recherches et développements.
Le gouvernement ne peut se retrancher derrière l’argument de l’effort sur les coûts hors salaires incombant aux entreprises. Les entreprises font tout pour minimiser les coûts car il en va de leur survie avant même d’engranger des bénéfices. Le responsable c’est l’Etat français. La France est le pays de l’Europe où il est le plus présent, se mêlant de tout, contrôlant, changeant à tout bout de champ les lois, les décrets, les réglementations, les impôts et les taxes. Il empêche les entreprises de travailler dans un environnement serein. Il opte pour le libéralisme, signe pour la mondialisation et se comporte comme un pays communiste vis-à-vis de l’économie et de son tissu productif.
La France n’a pas compris que l’Europe n’est plus le nombril du monde, que des puissances émergentes d’Amérique du Sud mais surtout d’Asie du Sud-est tirent vers eux le dynamisme économique mondial. De plus le classement des nations montre que l’euro n’est pas un avantage pour les pays du sud, ni même un meilleur choix pour les pays du Nord puisque la Suisse, la Suède et la Norvège devancent l’Allemagne. Ceci étant on constate que, si la France ne met pas en place de profondes réformes structurelles, elle ne peut que régresser par rapport à la moyenne des pays européens eux-mêmes en déclin par rapport aux autres grandes puissances économiques. Il est symptomatique de retrouver 5 pays de l’Asie du Sud-est dans les 15 premières places alors que le Japon est à la 27ème place, soit guère mieux placé que nous et en perte de vitesse comme nous.
L’égalité est la passion dominante des Français qui souhaitent, en majorité et plus ou moins consciemment, qu’un salaire maximum soit imposé par la loi. L’envie est un sentiment très répandu : si votre voisin achète une voiture neuve, votre niveau de vie baisse. L’exploitation de l’envie est ainsi un des principaux leviers d’un programme électoral. Finalement l’égalitarisme, posé en principe majeur finit par freiner le progrès social et tuer la croissance.
Jean-Paul II avait eu l’intelligence de le constater : « Ce qu’il y a de mauvais dans une solution qui, sous l’apparence d’un renversement des situations des pauvres et des riches, portait en réalité préjudice à ceux-là mêmes qu’on se promettait d’aider ». L’exemple-type est le RSA qui est devenu, pour une grande part, un revenu supplémentaire d’assistanat qui finit par être versé à des citoyens qui ne sont pas en difficulté et qui n’incite pas les travailleurs à temps partiel à retrouver le plein emploi.
La démocratie parlementaire, monopolisée par deux partis majoritaires, se traduit par un éloignement du peuple dès que le Président est élu. La renonciation ou pour le moins le frein mis à l’utilisation du référendum en est la plus claire démonstration. Le refus de la Constitution européenne par le peuple a été bafoué et la démocratie parlementaire n’a plus été ensuite représentative du peuple. Tout participe à un poids paralysant de l’Etat dans un monde où le dynamisme, la créativité, l’adaptation permanente aux besoins, la sanction immédiate et dure des mal adaptés au marché sont les lois économiques universelles, encore plus impératives depuis l’augmentation des échanges mondiaux.
Trop d’Etat, trop de fonctionnaires,
Trop de social dilapidé hors de ses buts,
Trop d’éloignement du peuple des décisions majeures
Enserrent le cœur de la France dans un étau !
Claude Trouvé
Coordonnateur MPF du Languedoc-Roussillon

samedi 24 novembre 2012

Des recettes à l’allemande pour sauver l’économie française ? (3ème partie)

La France croit encore que le trésor des riches suffit pour sauver les pauvres et que la diminution des dépenses publiques ne doit pas toucher ses dépenses sociales. Ce sont déjà deux mythes qu’il faut abandonner pour espérer ne pas continuer à payer nos dépenses publiques par l’emprunt d’Etat. De plus notre système social coûte de plus en plus cher et ce surplus ne va pas vers les plus démunis pour sa plus grande partie mais vers des citoyens qui n’en ont pas besoin. Il en est ainsi de l’allocation dépendance qui est devenue un cadeau pour les riches.

La Prestation Spécifique Dépendance (PSD) de 1997 a été versée à 130.000 personnes et subordonnée à un plafond de ressources. L’Allocation Personnalisée d’Autonomie (APA) de 2001 a été versée à 1.203.000 au 31 mars 2011 sans condition de ressources soit la multiplication par plus de neuf du nombre de bénéficiaires ! De plus avec la PSD, après le décès du bénéficiaire, les héritiers, d’une succession de plus de 300.000 francs, pouvaient voir le remboursement leur être demandé par l’Etat. Finalement cette disposition a été retirée par Elizabeth Guigou, ce qui peut paraître surprenant pour un ministre socialiste. En fait la raison en est que les aides sont réalisées par des services publics et donc par des « travailleurs sociaux » publics dont l’emploi aurait été menacé ! C’est ainsi que l’Etat a préféré faire des cadeaux aux riches.

Par ailleurs 95% des personnes âgées, entre 75 et 85 ans, vivent chez elles et 75% sont aidées par leur entourage. D’ailleurs le Code Civil fait obligation aux enfants de porter assistance alimentaire à leurs ascendants. Dans le cas d’une demande d’aide sociale, l’Etat est en droit de demander aux ascendants de prouver leur incapacité à participer aux frais d’assistance. Cette disposition est peu appliquée. Dans le même ordre d’idées, Martin Hirsch a demandé aux caisses d’Allocations Familiales de ne pas appliquer l’obligation légale d’aide alimentaire pour le versement du RSA.

De plus le gouvernement Raffarin a créé une nouvelle taxe nationale, la contribution solidarité pour l’autonomie. Ce déplacement de la solidarité familiale, morale et naturelle, vers la solidarité nationale ne produit jamais de bons effets. C’est ainsi que l’Etat dépense globalement 25 milliards pour la dépendance, soit 1,4% du PIB, niveau supérieur à la moyenne de l’Union Européenne. L’abandon du prélèvement sur les successions des gens aisés et riches, ainsi que celui de l’assistance familiale, ont créé de lourdes dépenses qui sont finalement un cadeau aux riches et une détérioration du lien naturel familial. 

Ce détournement des fonds publics de leur véritable but montre que notre système social a besoin d’un recentrage urgent si l’on veut en diminuer le coût tout en augmentant l’efficacité. Il y a là d’importantes niches d’économies et de justice si chère à la gauche. Mais les distorsions ne s’arrêtent pas là. Notre pays est de très loin celui qui verse les plus fortes indemnités de chômage aux revenus élevés. On peut toucher jusqu’à 6.000 par mois,  soit 2,7 fois plus qu’en Allemagne, 5 fois plus qu’en Belgique et en Italie. François Hollande a qualifié de riches ceux dont le revenu mensuel est supérieur à 4.000 ! La solidarité nationale, payée majoritairement par la classe moyenne, doit-elle aider les « chômeurs riches » ?

Continuons par les intermittents du spectacle qui n’ont besoin que de 4 mois de travail pour être payés toute l’année, régime qui n’existe que chez nous. Il a été constaté officiellement que les allocations moyennes de ces chômeurs étaient supérieures de moitié à celles des autres catégories de chômeurs. Il n’est pas étonnant que leur nombre soit passé de 9.060 en 1984 à 106.000 en 2009 ! C’est un milliard d’euros que la solidarité nationale consacre à cette aide dont bénéficient même les acteurs les mieux rémunérés !

Le chômeur est particulièrement protégé en France. La durée maximale d’indemnisation est de 23 mois à 75% de son salaire antérieur sans dégressivité avec le temps pour 6 au Royaume-Uni et 7 en Italie. Pour l’Allemagne c’est les deux tiers du salaire pendant un an et 350 par mois après. Ceci se traduit par un taux de cotisation-chômage sur les salaires bruts de 6,4% au lieu de 1,3% en Italie et 1% au Royaume-Uni. A cela s’ajoute une pression beaucoup plus faible sur le chômeur dans la quête d’un « travail convenable ». Le chômeur français peut refuser un travail entraînant une perte de plus de 5% par rapport au salaire inférieur sans perte sur son allocation chômage, en Allemagne c’est une perte de 30%.

Cette protection, qui ne distingue pas entre les hauts et les bas salaires et qui protège plus qu’ailleurs le chômeur, montre que l’Etat préfère recourir à l’augmentation des charges sur les travailleurs et les entreprises par les cotisations chômage. Ailleurs on préfère alléger les charges sur les « producteurs » pour mieux garantir leur emploi, donc diminuer le chômage… Différence d’approche qui nous coûte cher pour un moins bon résultat avec de plus une évaporation de la solidarité nationale vers des « chômeurs riches ».

L’ancienne présidente de l’UNEDIC (devenu Pôle Emploi) déclarait : « les salariés qui se trouvent sans emploi ont tendance à se dire : j’épuise mes droits, je cherche un job ensuite ». A trop vouloir bien faire, on finit par aller à l’inverse du but recherché.

La solidarité nationale, supportée par la classe moyenne, ne doit pas
Donner moins aux pauvres pour donner aux riches,
Handicaper l’emploi pour aider le chômeur,
Sous peine de se tirer une balle dans pied !

Claude Trouvé
Coordonnateur MPF Languedoc-Roussillon

vendredi 23 novembre 2012

Copé-Fillon, de drôles de cocos eux !

Les discussions sur le budget européen achoppent. Cameron joue la sortie de l’UE. La Grèce attend toujours les 32 milliards pour survivre jusqu’en 2013. Nous perdons un triple A de plus. Les Verts enfoncent une épine dans le pied du Premier Ministre avec l’aéroport de Nantes. Mélenchon devient écologiste. Une obscure association « gay-lesbo-trans » fait reculer un Président de la République, maniant le consensus jusqu’à la faiblesse, sur la liberté de conscience des maires. Arcelormittal ferme toujours ses hauts-fourneaux. Aucune solution n’est en vue pour Florange. Rien n’est clair sur les modalités d’application du crédit d’impôt pour les sociétés. Les Français se divisent sur une question d’éthique, de morale, avec le mariage pour tous demandé par une minorité homosexuelle mais grande avancée démocratique pour la gauche, etc., etc.
Deux duettistes de droite ont balayé médiatiquement toutes ces peccadilles par un grand numéro tragi-comique qui fait le tour du monde. L’improvisation dans laquelle joue ces deux acteurs est une performance théâtrale que personne n’avait jusqu’alors réussi à égaler. Les mots fusent et tiennent le spectateur en haleine. La démocratie en prend plein la poire et nous jette ses lambeaux à la figure. La corruption, pour laquelle les classements mondiaux nous notent en mauvaise place, joue le rôle, difficile mais réussi,  d’acteur principal.
Ces précieux ridicules font verdir de jalousie un autre spectacle de la Rive Gauche où la pièce veut s’adresser à « tout public » et sombre petit à petit dans l’indifférence des spectateurs blasés, déçus, qui jettent des tomates sur les acteurs de part et d’autre de la scène. Le pays n’a pas perdu son triple A, car à ses deux A, il vient d’en rajouter un troisième celui du bonnet d’Âne de la COCOE (Commission d’Observation de la Corruption Organisée Electoralement).
La France mérite de se reposer les fondements de l’application de la démocratie représentative où la conquête du pouvoir et des avantages qu’il procure passe avant le souci de l’intérêt général. Il n’est que de voir le recul devant toute législation qui les diminuerait en particulier sur le plan financier. Le parti dans l’opposition n’a pas le pouvoir de bloquer ou d’amender les lois, le parti gouvernemental valide sans broncher avec quelques changements à la marge. Globalement le Parlement est à la botte de l’exécutif et donc hors de son rôle de contrôle de celui-ci et du budget. Si la démocratie représentative est préférable au totalitarisme, on peut se demander si une bonne dose de démocratie directe ne devient pas indispensable comme dans bon nombre d’autres pays européens. Malheureusement l’un des points sur lesquels les partis sont d’accord c’est bien de faire en sorte que le référendum soit remisé au placard et que celui d’initiative populaire ne puisse jamais être réalisé avec les conditions imposées soit 10% des électeurs signant en moins de trois mois.
Ainsi s'avançaient pas à pas,
Nez à nez, nos aventurières,
Qui toutes deux étant fort fières,
Vers le milieu du pont ne se voulurent pas
L'une à l'autre céder. Elles avaient la gloire
De compter dans leur race, à ce que dit l'histoire,
L'une certaine chèvre, au mérite sans pair,
Dont Polyphème fit présent à Galatée;
Et l'autre la chèvre Amalthée ,
Par qui fut nourri Jupiter.
Faute de reculer, leur chute fut commune.
Toutes deux tombèrent dans l'eau.
Cet accident n'est pas nouveau
Dans le chemin de la fortune.

« Les deux chèvres »  La Fontaine

Claude Trouvé
Coordonnateur du MPF du Languedoc-Roussillon

jeudi 22 novembre 2012

Fessenheim et rapport Gallois, tous deux à l’arrêt ?

Il peut paraître surprenant de lier ces deux aspects de l’économie. Pourtant tous deux ont un lien avec la compétitivité des entreprises qui sont plus ou moins consommatrices d’électricité. La France garde un avantage sur l’Allemagne en ayant un coût de l’électricité plus faible, avantage dû au coût inférieur de l’énergie hydraulique et de l’énergie nucléaire. Les énergies renouvelables ont un coût entre deux fois et dix fois plus élevé sans compter les subventions qui leur sont accordées. Chacun sait que subvention veut dire paiement par le consommateur, ce qui est d’ailleurs explicite sur sa facture EDF avec une contribution spécifique.
Le basculement, vers les énergies renouvelables et thermiques, indispensable pour compenser l’arrêt des réacteurs nucléaires coûte très cher au consommateur allemand qui a vu doubler sa facture d’électricité. La même politique appliquée en France donnerait exactement le même résultat. Le choix des énergies renouvelables n’a aucun fondement économique ni sur le coût électrique ni sur l’émergence d’une industrie nouvelle mettant la France dans une position exportatrice face à la concurrence de la Chine entre autres.
Ce choix est purement politique et destiné à satisfaire les Verts comme le fut l’arrêt de Superphénix qui plaçait la France en avance de quelques décennies sur la technologie prévue pour la quatrième génération de réacteurs nucléaires. L’argument de la sécurité suffit à effrayer une partie de la population à partir du moment où l’on concède que le risque zéro n’existe pas. Tout argumentaire pour défendre la cause de cette industrie devient inaudible alors que nul ne remet en cause l’industrie chimique qui a causé de très grandes catastrophes dans le monde, la plus proche de nous étant AZF à Toulouse.
Augmenter la sécurité, c’est-à-dire la sûreté des réacteurs, est une évidence que les autorités de Sûreté sont chargées de promouvoir, imposer et vérifier. La France dispose d’une Autorité de Sûreté Nucléaire (ASN) indépendante des exploitants et du pouvoir politique. Elle exige, d’EDF en l’occurrence, que les travaux jugés indispensables soient effectués et ne donne l’autorisation d’exploiter que lorsque ces travaux sont vérifiés comme réalisés. Dans le cas où l’exploitant ne les a pas faits dans les délais impartis, l’ASN se doit d’exiger l’arrêt du réacteur.
Le Président Hollande s’est engagé à fermer Fessenheim, sous le prétexte de son vieillissement et à la demande express des Verts brandissant l’argument d’une implantation sur une faille sismique. Or ce réacteur vient de subir avec succès son contrôle décennal par l’ASN, après avoir effectué des travaux préconisés à la suite des enseignements de Fukushima. Il a donc une autorisation de fonctionnement jusqu’en 2022. Fermer Fessenheim c’est considérer que les avis de l’ASN sont soumis au pouvoir politique, ce qui n’en fait plus une autorité indépendante. EDF sera donc en droit de demander des compensations pour la perte d’exploitation engendrée par cette décision.
Le rapport du député Hervé Mariton qui vient d’être remis au gouvernement met le doigt sur une autre conséquence. Si l’argument du vieillissement est retenu pour arrêter Fessenheim c’est de nombreuses centrales, dont l’âge est proche, qui devront aussi être mises à l’arrêt. L’arrêt d’une centrale est évalué entre 400 millions et plus de 2 milliards. Mais en dehors du coût à répercuter sur le KWh, la consommation électrique française ne pourra pas être assumée par des énergies renouvelables de remplacement sans avoir recours à l’énergie thermique polluante qu’il sera difficile de mettre en œuvre à temps.
Le rapport Gallois n’aboutit qu’à la prise de demi-mesures dont l’efficacité reste à démonter puisqu’elles se traduisent par une augmentation des impôts sans que l’on mette en œuvre à la place une réduction structurelle des dépenses publiques de fonctionnement. De même l’arrêt de Fessenheim ne fera que compliquer la tâche d’EDF et augmenter le coût de l’électricité sans qu’une politique énergétique cohérente soit mise en place sinon une demi-mesure plus politique qu’économique.
Incohérence, navigation à vue, électoralisme,
Inexistence d’une politique ambitieuse, claire et déterminée,
Sont les stigmates d’une France qui concède plus à l’idéologie qu’au pragmatisme.
Claude Trouvé
Coordonnateur MPF du Languedoc-Roussillon

mercredi 21 novembre 2012

AA1 ? La perte d’un cran n’a-t-elle aucune importance ?


Il est dramatique d’être pris pour des imbéciles dans une démocratie normale puisque ce sont alors des imbéciles qui orientent leur pays. En France, où la démocratie est déclarée imparfaite par les observateurs, c’est sans conséquence puisque le citoyen n’est pris en considération que pour élire un représentant. Après celui-ci, arrivé au pouvoir, s’occupe de tout et raconte n’importe quoi au citoyen débile pour le maintenir dans une euphorie abêtissante !
Moscovici ne tient aucun compte de la dégradation de la note de la France par Moody’s et de la perspective négative qui lui est associée. Pourtant si la mauvaise note est due principalement à l’équipe gouvernante précédente, les perspectives négatives s’adressent expressément à l’avenir, donc aux dispositions budgétaires et structurelles envisagées par la France.
Bof me direz-vous, l’impact sur nos taux d’emprunt est très peu affecté après cette annonce et la différence de taux avec l’Allemagne (le Spread) reste constante. Il y a plusieurs raisons à cela, la première est que les banques avaient déjà anticipé cette dégradation après celle de Standard & Poors en février. La réglementation leur impose en effet de constituer des fonds propres dès qu’elles se portent acquéreuses d’obligations d’Etat dont la note n’est plus maximum, et ce d’autant plus que la note est basse.
La nouvelle perspective négative va les obliger à continuer à augmenter leurs fonds propres dans la perspective d’achat d’obligations françaises. Tout ceci s’étale dans le temps et n’a pas d’effet immédiat. Cependant les banques ont encore le choix des pays notés AAA. Il n’est pas dit que l’obligation française soit toujours aussi attractive. Son taux est maintenu artificiellement par la nécessité de ne pas briser le duo franco-allemand pour la survie de l’euro, car la dégradation de la santé économique de la France ne peut en être la justification.
Les banques ont par exemple un choix plus sûr et moins rentable avec l’Allemagne ou plus risqué mais plus rentable avec l’Italie. La baisse de la note française va donc jouer sur l’attractivité des OAT françaises. Si c’est le cas nos devrons accepter un taux plus élevé dans les mois qui viennent. D’ailleurs les assurances-vie qui voient leurs clients retirer leur argent au profit de la Caisse d’Epargne et du LDD, auront moins d’argent à placer. Le placement des obligations en sera plus difficile. La digestion du A manquant est pour le moment indolore, le temps que le marché des obligations se réorganise.
Ceci est très ennuyeux car en 2013, la France sera de très loin le plus gros émetteur de dettes en euro, devant l'Espagne. C'est donc en 2013 que les rendements et les taux devraient monter de façon significative. Mais il est vrai que les français sont censés ne rien comprendre et que pour l’instant on est en 2012. Il est vrai aussi que l’Etat s’ingénie à lui tendre des pièges comme le relèvement du dépôt maximum sur les livrets Caisse d’Epargne et LDD. En effet 65% de ces dépôts sont mis à disposition de la Caisse des Dépôts et Consignations, donc de l’Etat. Cela a deux conséquences, d’une part c’est autant d’argent qui ne va pas alimenter le circuit économique et est soustrait à la Bourse mais d’autre part c’est de l’argent facilement blocable pour raison d’Etat. Il court déjà dans l’air l’idée de fiscaliser les gros livrets…
La perte d’un cran n’est que la matérialisation de notre chute et de perspectives peu encourageantes. D’ailleurs, selon le rapport PWC, la France est à la 167ème place sur 185 en matière de compétitivité fiscale pour les entreprises. Cela justifie l’empressement des entrepreneurs à aller voir ailleurs, au Luxembourg, en Irlande et même, surprise, au Danemark ou en Islande.
La France se comporte comme le mauvais élève qui cache sa feuille de notes,
Repousse à demain une réelle diminution des dépenses publiques,
Et endort le citoyen dans une fausse sécurité avant de le dépouiller.
Claude Trouvé
Coordonnateur MPF du Languedoc-Roussillon

mardi 20 novembre 2012

UE et Royaume-Uni en instance de divorce, zone euro en instance d’explosion

Trois pays constituent la raison d’être et la puissance de l’Union Européenne, l ’Allemagne, le Royaume-Uni et la France. Le départ de l’un des trois détruit le poids de cette institution dans le monde de la finance et dans le monde économique. Or d’une part le Royaume-Uni entre de plus en plus souvent en conflit avec la Commission européenne soutenue généralement par ses deux autres partenaires, mais d’autre part le sentiment que ce pays est un empêcheur de tourner en rond se répand.
La querelle sur le budget européen s’éternise et le Royaume-Uni campe sur sa position de gel du budget européen. Il argue que tous les pays sont en train de faire des restrictions budgétaires et qu’il est normal que l’UE fasse de même. Il s’ensuit une cacophonie où chacun voit midi à sa porte. La France accepte une augmentation sous condition que les fonds supplémentaires aillent vers l’aide aux investissements de tous les pays dont la France, les pays en difficulté acceptent à condition que l’aide européenne vers eux soit augmentée.
L’UE n’a pas intérêt à ce que le Royaume-Uni la quitte mais elle fait peu d’efforts pour écouter les plaintes de ce pays qui voit de plus en plus de pouvoirs transférés à l’UE et une opinion publique de plus en plus rétive à son maintien. Elles pointent du doigt des dispositions législatives qui sont une entrave à l’emploi comme la directive sur le temps de travail. Elle pense aussi que, d’une façon plus large, un retour en arrière des pouvoirs européens dans des domaines de la législation comme l'éducation, la santé, la sécurité et les dépenses régionales, serait également utile. Si l’UE ne consent pas à se dessaisir de certains pouvoirs mais au contraire continue à en accaparer, le lien du R.U avec l’UE peut casser sous la pression publique. Le « I want my money back » (je veux être remboursée) de Margaret Thatcher peut resurgir.

La zone euro ne repose que sur deux piliers l’Allemagne et la France. Dans cette zone hétérogène, le divorce entre pays du Nord et du Sud est prononcé et les oppositions se manifestent à tout bout de champ. Le cas de la Grèce qui demande le versement d’un prêt de 44Mds est l’occasion de mettre en plein jour le ras-le-bol des pays qui s’en sortent bien, dont l'Allemagne qui traîne les pieds, et ne veulent plus traîner le boulet de ceux qui n’assument plus leurs dettes. La dégradation de la note de la France à Aa1 ne fait que compliquer le problème puisque le FESF qui s’engage avec la garantie des pays contributeurs voit entachée la confiance que lui accordent les marchés. En effet lorsque la note Aa1 de la France est inférieure à celle AAA du FESF, ce qui est devenu le cas, la France ne peut plus apporter sa garantie !

La France, qui soutient l’Espagne et l’Italie pour l’attribution de fonds européens pour la croissance, ne tient plus le même discours lorsqu’il s’agit de diminuer la PAC, Politique Agricole Commune, qui lui est profitable. Les pays qui attendent une manne financière pour éponger leur déficit et ceux qui en sont les pourvoyeurs divisent désormais profondément les états européens sur fond de crise européenne et mondiale. Il est grand temps de repenser l’Europe sur des bases plus pragmatiques et plus solides. L’Europe a plusieurs vitesses et d'une monnaie commune dans une évolution ordonnée est une idée qui fait son chemin mais qui ne pourra éclore que lorsque la situation sera catastrophique et si elle l’est chacun aura tendance à se replier sur sa monnaie nationale.

Il n’y a pas de salut à court terme dans les politiques suivies par les pays qui ont une dette importante et un déficit structurel. L’agence Moody’s juge insuffisantes les dispositions économiques prises par la France en 2013, mais elle dégrade la Grèce, l’Espagne qui réduisent drastiquement leurs dépenses. L’austérité, conjuguée sur l’air de la pression fiscale, dans une ambiance de régression économique ne permet pas de sortir du cercle vicieux : Hausse de la pression fiscale, baisse de la consommation, baisse de la croissance et des rentrées fiscales. Notre régression industrielle date de la mise en œuvre de l’euro, il faudra bien qu’un jour nos politiques en tiennent compte. Sinon nous n’échapperons pas à la catastrophe que surtout les patrimoines et les retraités devront encaisser alors que des bruits de troisième guerre mondiale, d’origine financière ou économique, se font de plus en plus nombreux.

L'Allemagne se prépare à tous les scénarios possibles
Elle anticipe, prévoit, prête à agir quelle que soit la situation.
La France est dans une politique mi-chèvre mi-choux de réveil indolent.
Son envie d’entreprendre s’éteint dans le ralentissement des investissements.
Claude Trouvé
Coordonnateur PMF du Languedoc-Roussillon