jeudi 27 novembre 2014

Démocratie européenne en berne, nouveau mur de Berlin (1ère partie : la Suisse et l’or)



Gel des salaires, relance de la croissance européenne de 300 milliards sur 5 ans dont 16 sonnants et trébuchants complétés par… un vent de confiance devant souffler sur le vieux continent, réaffirmation de la loi Veil, désignation du chef de l’UMP, sont les évènements majeurs sur lesquels les médias se répandent dans les kiosques et sur les ondes. Comme toujours ce qui va impacter notre vie est ailleurs.

Le gel des salaires dans une période de très faible croissance ne changera pas fondamentalement le pouvoir d’achat des salariés. Ce n’est qu’appliquer la relation de bon sens entre croissance et redistribution sur les salaires. La relance européenne n’est dotée que d’une pichenette et d’espoirs bien compromis sur la compétitivité européenne. La réaffirmation de la loi Veil n’a pas été l’occasion de se reposer vraiment la question du drame humanitaire que représente le génocide de 220.000 enfants embryonnaires en 2013 ne diminue pas, donc de 8.000.000 depuis quarante ans. La vraie victoire serait que le problème n’existe plus, que les progrès scientifiques et l’information des femmes empêchent ces drames. Ce vote n’a donc pas beaucoup d’intérêt. Que l’UMP ait un autre chef, quel qu’il soit, que son nom soit le même ou un autre, cela n’a aucune importance. Les dogmes suivis seront toujours les mêmes et la soumission à l’euro, à l’Europe, à l’OTAN et aux États-Unis ne bougera pas… le reste est littérature. 

L’important est que l’identité européenne n’existe pas parce que la démocratie européenne n’existe pas et surtout pas dans la tête des technocrates et de la majorité des politiques européens. Ces derniers ignorent les peuples et sont parfaitement ignorés par eux. Tout se décide sans nous, l’extension de l’UE, les traités dont bientôt le traité Transatlantique, les lois, les normes, les budgets, la part de redevance au fonctionnement de l’UE, etc. Nous devons subir car l’idée d’un référendum sur des sujets importants n’est plus envisageable. L’UE veut l’Ukraine dans son giron après avoir raté le coche avec la Géorgie. Une guerre civile s’ensuit, nous a-t-on demandé notre avis ? 

Pourtant il reste un modèle de démocratie en Europe, la Suisse, que la France regarde de haut, vilipende pour le secret bancaire et la résume à un tiroir-caisse oubliant que la Suisse brille dans beaucoup de domaines industriels et pas seulement pour avoir gagné l’America’s Cup et la Coupe Davis. Le 30 novembre la Suisse pourrait pourtant déclencher un évènement monétaire majeur par une votation sur son système bancaire. La frénésie des QE, véritables planches à billets dans les ordinateurs, par la FED et les Banques du Japon et d’Angleterre bientôt peut-être rejointes par la BCE, a créé un système où les banques manipulent un argent qui a de moins en moins de rapport avec l’or stocké qui servait autrefois de contrepoids au système monétaire au sens plein du terme. Nous ne pouvons plus demander l’équivalent or de notre billet, ou de l’argent électronique dit scriptural, et de toute façon cet équivalent n’a cessé de perdre de sa valeur or. Les suisses vont voter pour que seul la Banque Nationale Suisse puisse imprimer de la monnaie grâce à un référendum d’initiative populaire :

« Aujourd’hui, la BNS ne crée et ne contrôle plus que 10% de notre argent, à savoir les pièces de monnaie et les billets de banque. Les 90% restants sont constituées par la monnaie scripturale électronique de nos comptes en banque ;  et ce sont les banques qui créent elles-mêmes cet argent. Beaucoup trop d’argent est généré dans un but spéculatif, qui expose l’économie et l’État à des risques financiers importants. On peut remédier à cette situation en faisant en sorte que les banques ne puissent plus créer leur propre argent à volonté ». www.initiative-monnaie-pleine.ch 


Il n’est pas impossible que le vote soit OUI car le sondage du 21 octobre donne une probabilité de 45% contre 39% mais les indécis sont encore de 19%. S’il passait, le projet de loi imposerait à la BNS de rapatrier l’or en réserve détenu à l’étranger (États-Unis), d’avoir 20% de ses réserves monétaires en or et d’abandonner le principe de parité fixe du franc suisse par rapport à l’’euro soit 1,2. En conservant ses réserves au niveau actuel, la BNS devrait acquérir près de 1.500 tonnes d’or, l’équivalent d’une année de production mondiale et elle aurait 5 ans pour le faire. En dehors du fait que ceci ferait un peu monter le cours de l’or, en quoi cela nous concerne-t-il ? 

64,5% de notre dette est détenue par des non-résidents et une grande partie aurait été acquise par la Suisse, une des raisons majeures pour lesquelles nous devons la faiblesse de nos taux d’emprunt. Or avec 80Mds€ à trouver chaque année pour combler notre déficit, il va falloir trouver d’autres acquéreurs si la Suisse nous fait défaut pour acheter de l’or. La faiblesse actuelle de l’euro ne va pas inciter les pays hors euro à acheter. Par conséquent, une montée des taux français sous l’effet d’une réduction des achats des étrangers hors zone euro est possible. Mais au-delà c’est un véritable défi populaire aux banques centrales et au système bancaire qui permet aux banques de prêter beaucoup plus que les dépôts de notre argent et aux gouvernements de surfer sur des déficits en substituant l’emprunt à l’impôt ! 

Voilà comment un petit peuple voisin réellement démocratique 

Va peut-être donner des leçons aux grandes puissances 

Où l’argent et le pouvoir ont mis la démocratie 

En berne et les peuples en esclavage ! 

Claude Trouvé 
Coordination MPF du Languedoc-Roussillon

mercredi 26 novembre 2014

Avec le Mistral, un vent froid souffle sur la paix

Notre nain géopolitique a répété que la livraison du Mistral était reportée à plus tard comme les USA nous ont demandé de le faire. Nous punissons la Russie pour son soutien à une partie prorusse de l’Ukraine. Le Président Poutine vient de préciser sa position sur l’Ukraine : La Russie a besoin des "garanties à 100 %" assurant la non-adhésion de l'Ukraine au sein de l'Alliance atlantique, a déclaré le porte-parole du président russe Dmitri Peskov dans une interview accordée à la BBC. Le rapprochement des forces de l'Alliance des frontières russes a rendu Moscou "inquiet". M.Peskov a également reproché à l'OTAN de chercher à "déséquilibrer le rapport des forces". Désormais en clair, la Russie ne se laissera pas impressionner par le refus de livraison français mais attaquera la France sur le non-respect du contrat avec six milliards à la clé. D’ailleurs la position de l’Allemagne évolue. « A mon avis, des relations de partenariat sont possibles entre l'Ukraine et l'OTAN, mais pas l'adhésion », a déclaré le chef de la diplomatie allemande dans une interview accordée au journal Spiegel. Dans le même temps, M.Steinmeier a qualifié d'"irréaliste" le scénario prévoyant l'entrée de Kiev à l'UE à long terme, car la modernisation économique et politique de l'Ukraine constitue selon lui "un projet pour plusieurs générations". 

Mais il est beaucoup plus important de connaître les nouvelles orientations que le Président Russe vient d’annoncer. Elles touchent une vue géopolitique de première importance. A ce propos je vous livre in extenso ce qu’en dit Dmitry ORLOV et qui me paraît de la plus haute importance pour l’avenir du monde : 

« Ces derniers jours, les médias occidentaux ont tout fait pour ignorer ou déformer le sens du discours du président russe au Club de Valdaï réuni à Sotchi. Quoi que vous pensiez de Poutine, c’est probablement le discours politique le plus important depuis celui de Churchill, intitulé Rideau de fer, du 5 mars 1946.
Dans son discours, Poutine a brusquement changé les règles du jeu. Auparavant, le jeu de la politique internationale se pratiquait comme suit : les politiciens faisaient des déclarations publiques dans l’optique de préserver la fiction agréable de la souveraineté nationale, mais ce n’était que de l’esbroufe et n’avait rien à voir avec la vraie nature de la politique internationale ; en sous-main, ils étaient engagés dans des négociations secrètes dans les antichambres, et c’est là que les vrais accords étaient forgés. Auparavant, Poutine a tenté de jouer ce jeu, pensant seulement que la Russie serait traitée comme une égale. Ces espoirs ont toutefois été anéantis et, à cette conférence, il a déclaré que la partie était finie, violant explicitement le tabou occidental en s’adressant directement au peuple, par-dessus la tête des clans élitistes et des leaders politiques.

Un blogueur russe a résumé les points les plus importants du discours de Poutine :
1 - La Russie a fini de jouer et ne perdra plus son temps dans des négociations d’antichambre ne portant que sur des questions triviales. Toutefois, la Russie est prête pour des conversations et des accords sérieux s’ils conduisent à la sécurité collective, reposent sur l’équité et tiennent compte des intérêts de chacune des parties.
2 – Tous les systèmes mondiaux de sécurité collective sont aujourd’hui en ruines. Il n’existe plus du tout de garantie internationale de sécurité. L’entité qui a détruit tout cela porte un nom : les États-Unis d’Amérique.
3 – Les bâtisseurs du Nouvel Ordre Mondial ont échoué, ils ont bâti un château de sable. Qu’un nouvel ordre mondial de quelque nature que ce soit doive être bâti ou pas ne relève pas de la décision de la seule Russie, mais c’est une décision qui ne sera pas prise sans elle.
4 – La Russie préconise une approche prudente des innovations dans l’ordre social, mais elle n’est pas opposée à ce qu’on les examine et que l’on en discute afin de déterminer si certaines d’entre elles se justifient.
5 - La Russie n’a pas l’intention d’aller pêcher dans les eaux troubles résultant de l’expansion constante de l’ « empire du chaos » de l’Amérique. Elle n’a aucun intérêt à bâtir un nouvel empire à elle (ce n’est pas nécessaire : la Russie doit d’abord s’attacher à développer son propre territoire, qui est déjà très vaste). La Russie ne souhaite pas non plus jouer le rôle de sauveur du monde comme elle a pu le faire dans le passé.
6 - La Russie ne tentera pas de refaçonner le monde à son image, mais elle ne laissera pas non plus les autres la refaçonner à leur propre image. La Russie ne s’exclura pas du monde, mais quiconque tentera de l’en exclure devra s’attendre à un retour de bâton.
7 - La Russie ne tient pas à ce que le chaos se répande, elle ne veut pas la guerre et n’a aucune intention d’en déclencher une. Cependant, aujourd’hui la Russie considère l’éclatement d’une guerre mondiale comme presque inévitable, elle y est préparée et continue de s’y préparer. La Russie ne veut pas la guerre, mais elle ne la craint pas.
8 - La Russie n’a pas l’intention de repousser activement ceux qui tentent encore de bâtir leur Nouvel Ordre Mondial, du moins tant qu’ils n’empiètent pas sur ses intérêts vitaux. La Russie préférerait se tenir à l’écart et les regarder se goinfrer autant qu’ils le peuvent. Cependant, ceux qui tenteront d’entraîner la Russie dans ce processus sans tenir compte de ses intérêts apprendront ce que souffrir signifie vraiment.
9 - Dans la politique étrangère et, à plus forte raison, dans la politique intérieure de la Russie, le pouvoir ne reposera pas sur les épaules des élites et leurs tractations d’antichambre, mais sur la volonté du peuple.
À ces neuf points, j’aimerais en ajouter un dixième :
10 - Il reste une chance de bâtir un nouvel ordre mondial sans déclencher un conflit planétaire. Ce nouvel ordre mondial doit nécessairement inclure les États-Unis, mais uniquement aux mêmes conditions que les autres : dans le respect du droit et des accords internationaux ; en s’interdisant toute action unilatérale ; dans le respect complet de la souveraineté des autres nations. » 

On peut contester ce point de vue russe, mais on doit regretter le silence médiatique français sur la position de la deuxième puissance militaire de la planète comme si seuls les simples phrases d’Obama méritaient d’être commentées comme celle-ci prononcée devant les caméras du monde entier : « Les États-Unis tiennent fermement au maintien de principes fondamentaux dans les relations internationales, et l’un de ces principes est que l’on n’envahit pas un autre pays ». Gloup ! Les interventions en Corée, Vietnam, Afghanistan, Soudan, Irak, Libye, Syrie, etc. et tout dernièrement de l’Ukraine, c’était quoi ? Des visites amicales et touristiques ?

 Quand un pays puissant se sert du chaos pour gouverner le monde,

Quand un autre pays puissant se prépare à la guerre,

Il serait temps de savoir si l’on veut y participer !
Claude Trouvé
Coordinateur MPF du Languedoc-Roussillon

mardi 25 novembre 2014

L’Iran revient sur le tapis ? Il ne l’a jamais quitté ! (2ème partie : le vrai conflit)

Les six pays réunis à Vienne pour trouver une solution à la question du nucléaire iranien se sont séparés sur un constat d’échec mais se donnent un nouveau délai jusqu’en juin 2015 pour trouver un compromis acceptable. Les pourparlers devraient recommencer en décembre. Il ne fallait pas attendre grand-chose de cette réunion tant la question nucléaire n’est que le prétexte cachant la question de la survie de l’Iran en dehors de la mainmise de l’hégémonie américaine. L’Iran a le défaut d’être une grande puissance pétrolière et un pays doté d’un gouvernement fort, capable de mobiliser pour se défendre contre des agressions intérieures et extérieures. Il s’agit d’une grande civilisation qui a forgé son unité dans toute l’histoire du monde et dans lequel la puissance de la religion ne permet que difficilement la manipulation étrangère comme en Égypte, en Tunisie, en Syrie et en Ukraine.

Pour se rendre maître de l’Irak, il a fallu abattre Sadam Hussein. On ne se rendra pas maître de l’Iran par la méthode du chaos, il faudra en arriver à un conflit armé si les États-Unis veulent mettre à genoux ce pays. Le changement à la tête du pays n’a en rien atténué le sentiment national persan et non arabe, celui d’être une grande nation du monde à la culture flamboyante dans l’histoire et ayant guerroyé pendant des millénaires. L’Iran n’a aucune attirance pour la civilisation occidentale et se sent partie intégrante de l’Asie. Elle porte donc de plus en plus ses regards vers la Russie et la Chine. Les sanctions dont elle est l’objet ne sont qu’une nouvelle incitation à se tourner vers l’est.

La Russie vient de signer avec l’Iran un contrat pour la construction de deux réacteurs nucléaires et une quinzaine d’autres est en perspective. On constate que même une nation pétrolière, ayant une indépendance énergétique, se lance dans la production d’électricité nucléaire, ce qui affaiblit d’autant l’argumentation de nos écologistes sur l’indépendance et la nécessité d’une politique du vent aléatoire. On constate aussi que c’est l’industrie nucléaire russe qui est en train de nous damer le pion dans un secteur où nous étions l’une des deux grandes nations exportatrices. La non-fiabilité de notre signature, de plus en plus avérée, et notre discréditation du nucléaire ne vont pas arranger les choses.

Par ailleurs les liens avec les BRICS, où le couple russo-chinois lance une association qui va bien au-delà d’un simple libre-échange, progressent. Un bloc de pays émergents se constitue, met en commun ses ressources, coordonne les échanges, privilégie le commerce entre soi, développe un secteur bancaire spécifique, et parle d’une monnaie commune où le yuan se taille la part du lion. Mais au-delà une stratégie de développement de l’Asie commence à passer dans les actes avec une multiplication des réseaux routiers, maritimes, gaziers, pétroliers et de télécommunication informatique. Plus loin encore, des accords militaires à base de réciprocité sont en cours.

Ce bloc s’oppose à la tenaille des États-Unis à l’ouest avec l’UE, la Turquie, Israël, les États du golfe, la présence en Irak et au Pakistan, ainsi qu’à l’Est de l’Asie par les Philippines, la Corée du Sud, le Japon, Taiwan. Cependant la situation évolue, la Turquie commence à jouer le double jeu, États-Unis et Asie ; les États du golfe deviennent moins malléables et le Pakistan est de plus en plus traversé par des courants anti-américains. De l’autre côté le Japon et la Corée du sud jouent aussi un double jeu en ne voulant pas renoncer à leur intégration dans une Asie qui devient le centre du monde. L’Iran ne peut rester insensible à cette évolution du monde avec la carte pétrolière dont elle dispose, pas plus que ne le peuvent l’Inde et le Pakistan qui doivent encore faire l’effort de régler leurs conflits de frontière pour intégrer pleinement ce nouveau bloc.

C’est là le vrai sujet géostratégique qui est derrière le conflit du nucléaire iranien. Il cache la guerre encore tiède sur la maîtrise du monde par la plus grande puissance militaire, fébrile parce qu’elle voit arriver son déclin économique et l’effritement de la puissance du dollar. Mais plus l’Iran se tournera vers l’est, moins le danger d’une attaque nucléaire à base religieuse sera dans sa stratégie. L’Iran n’est pas une république bananière. Rien ne peut justifier de stigmatiser ce pays alors que les agresseurs patentés sur l’Asie sont les occidentaux. Les Etats-Unis avec un pied en Afghanistan et un autre en Irak balancent leurs militaires d’un pays à l’autre dans une politique agressive à relents de pétrole et de destruction de tous les pouvoirs pouvant s’opposer à leurs vues.

Pour opacifier un peu plus le conflit qui se joue avec l’Iran, il faut ajouter la guerre interne au monde musulman, entre chiites et sunnites, qui entraîne l’Iran dans une alliance de circonstance avec le gouvernement irakien contre l’EIIL, mais aussi de fait avec l’alliance occidentale, donc les USA. Dans ce contexte la France aurait un rôle de médiateur à jouer car ses bonnes relations avec le Shah et Khomeiny par la suite ne lui ont pas valu la vague d’anti-américanisme qui a déferlé sur l’Iran. Mais aujourd’hui il est inutile de parler d’une politique étrangère française cadrée sur des vues géostratégiques à long terme… elle n’existe plus puisqu’il lui suffit de répéter comme un perroquet les décisions américaines. 

La présence militaire de l’alliance transatlantique en Irak,

L’intensification des vues hégémoniques américaines,

La constitution d’une alliance Russie-Chine-Iran,

La montée en puissance militaire du Hamas,

Celle du sentiment d’insécurité d’Israël,

Sont autant de raisons  pour que…

Le conflit dégénère ! 

Claude Trouvé
Coordonnateur MPF du Languedoc-Roussillon