mardi 6 janvier 2015

Sortir de l’euro à chaud ou à froid ?



La Grèce ne sort pas de l’ornière économique et souffre de l’austérité. Son peuple va probablement le faire sentir par son bulletin de vote et Syriza peut remporter les élections législatives de janvier 2015.  Après 5 ans de politique d’austérité au lieu des deux ans prévus par la BCE et le FMI qui faisaient état d’une récession de 2,6% en 2010 et d’un retour de la croissance dès 2011, le résultat est une contraction totale de 25% du PIB de la Grèce ! Ce fiasco doit beaucoup à Angela Merkel dont le Ministre des Finances a fait le siège de la présidence grecque. Devant la probabilité de voir Syriza exprimer la volonté grecque de s’affranchir des contraintes de la troïka, Angela Merkel prend les devants en stipulant que la dette grecque ne peut être renégociée sans aboutir à une sortie de ce pays de la zone euro.

Il y a évidemment du bluff dans cette position volontairement passée aux médias, mais il n’y a pas non plus de fumée sans feu. La baisse spectaculaire de l’euro ne semble pas devoir changer grand-chose à l’économie grecque, ni la baisse du pétrole, pas plus d’ailleurs que ces deux baisses ne permettront à l’économie française de se relever significativement. Mais l’erreur de construction de l’euro va être mise en lumière et engendrer une remise en cause de son efficacité. Mme Merkel sait que l’euro est la force de l’Allemagne sous réserve que son pays ne soit pas en train d’éponger de trop lourdes dettes des pays du Club Med. Elle lance donc une mise en garde vers ces derniers : « Ne comptez pas sur moi pour éponger vos dettes, sinon c’est la porte ». 

En fait, très égoïstement mais qui pourrait le lui reprocher, Mme Merkel veut tout faire pour sauver la zone euro tant que cela bénéficie à l’Allemagne. Toutefois on n’est plus loin d’une décision inverse de sortie de l’Allemagne si les choses s’aggravent. Or l’Italie, puis l’Espagne, et peut-être la France, montrent des signes inquiétants sur la dette. L’Italie s’endette mais ne sort pas de la récession. L’Italie n’est pas la Grèce et l’effort de l’Allemagne, et secondairement de la France, deviendrait insupportable si ce pays demandait à renégocier sa dette ou si les taux d’emprunt de ce pays se mettaient à croître vers un taux dangereux. 

Qu’on le veuille ou non, le sort de la zone euro sera dans l’actualité de 2015. La baisse de l’euro par rapport au dollar ne règle en aucune manière les disparités économiques et sociales entre les pays de la zone, en particulier entre le nord et le sud. Or soit à penser que l’ensemble des échanges commerciaux ne se font qu’avec l’extérieur de la zone, l’Allemagne reste la grande bénéficiaire. Les pays du sud ne surmontent pas leur handicap et l’écart se creuse.

 La France, qui est encore le pays qui est le moins handicapé des pays du sud, mais qui n’a mené aucune grande réforme de son système social, ni du coût de son administration centrale et territoriale, ni de son code du travail, a une occasion de prendre des décisions courageuses en 2015. Autrement les évènements, qu’elle ne maîtrise déjà plus, décideront pour elle. La bonne décision serait de sortir de l’euro puisque les circonstances économiques sont favorables avec le trio des baisses, des taux d’intérêt, du pétrole et de l’euro/dollar. Il s’agit seulement de corriger les disparités entre les Etats de la zone euro. C’est la solution de sortie de l’euro à froid, qui permet de prendre toutes les dispositions nécessaires, en particulier sur le blocage de la sortie des capitaux, et d’entraîner dans la concertation les autres pays touchés pour des réajustements négociés des monnaies. L’autre alternative peut être la sortie à chaud par destruction de la zone euro par la volonté allemande d’en sortir ou de ne plus vouloir être le principal pourvoyeur des pays qui s’enfoncent et de leur demander d’en sortir. 

Ce dernier évènement peut être brutal et prendre tout le monde de court. Le gouvernement français ferait bien de réfléchir à la décision du siècle au lieu de surfer sur la « loi du siècle » dont la jeunesse de l’auteur va rapidement mettre en lumière son inexpérience. Malheureusement il y a fort à parier que, là comme ailleurs, le navire France en panne moteur voguera au gré des courants et des vents. Mme Merkel est la pièce maîtresse (sans jeu de mots) de l’hégémonie américaine sur l’Europe et le petit doigt levé de la France demandera l’autorisation avant de parler et d’agir. Pourtant le gouvernement socialiste aurait là une occasion de couper l’herbe sous le pied du FN et François Hollande verrait se réaliser son souhait d’affronter Sarkozy au second tour de la Présidentielle. 

2015 verra se jouer l’une des grandes pages de l’histoire européenne. 

Elle est l’occasion d’un rebond de la France et de son identité, 

Mais peut tout aussi bien précipiter notre perte 

Dans un mondialisme multiculturel 

Et soumis au Coran et aux USA. 

Claude Trouvé 
Coordonnateur MPF du Languedoc-Roussillon

lundi 5 janvier 2015

Le chaos s’étend… on s’y emploie !

Je ne commenterai pas les derniers propos du chef de l’Etat car il s’agit d’un non-évènement qui, comme en 2014 avec le Pacte de Responsabilité, lance un nouveau miroir aux alouettes, la loi Macron. Habillée de la jeunesse de son promoteur, elle est sensée rajeunir l’économie française avec un fourre-tout de « mesurettes ». Monsieur Macron a-t’ il bénéficié d’un contrat aidé pour sa réinsertion dans le monde politique ? Ceci expliquerait toute la sollicitude du chef de l’Etat à son égard, quitte à vexer Thomas Picketty qui en refuse la Légion d’Honneur.

Non tout cela ne changera pratiquement rien au sort qui nous est réservé pour 2015, l’attention de nos concitoyens doit se porter ailleurs, là où les dangers croissent, là où nous avons allumé le feu et où l’incendie devient non maîtrisable. Il faudra parler de la Grèce qui préfigure une issue possible de notre descente économique. J’ai parlé déjà de l’Ukraine, pays européen, où USA et Russie se retrouvent face à face, avec l’UE coincée entre eux deux, dans un affrontement où les armes ont déjà dépassé le stade de la guerre froide. Nous participons au chaos en cours, chaos économique, social et ethnique en soutenant un Président qui n’est qu’un pantin des USA. Mais il faut sortir de notre espace culturel et de notre continent pour aller au Proche-Orient et en Afrique pour réaliser combien les propos du chef de l’Etat nous infantilisent. 

Nous avons participé à la création du chaos dans ces deux régions du monde et nous continuons. Le porte-avions Charles De Gaulle va bientôt appareiller pour amener notre armée et ses avions pour bombarder l’Irak comme le souhaitent les USA et l’Arabie Saoudite. Nous sommes toujours en action au Mali avec l’opération Barkhane. Mais le calme ne règne ni là, ni en Mauritanie, ni au Niger, ni au Nigeria, ni en Ouganda, ni au Kenya, ni en Somalie, ni en Lybie, ni en Centrafrique, ni au Cameroun. Au mieux le feu couve, car les causes existent toujours et aucune solution n’y est apportée. Le pire se fait chaque jour plus voyant à tel point que les chefs africains demandent avec insistance l’envoi de nouvelles troupes de l’ONU.

Les chiffres et les évènements parlent : Quatre tués dans un attentat-suicide près de l'aéroport de Mogadiscio en Somalie le 4 janvier, quarante jeunes hommes enlevés dans le nord-est au Nigeria le soir du Nouvel an par des membres présumés du groupe armé islamiste Boko Haram pour en faire des combattants qui s’ajoutent aux 200 jeunes filles kidnappées en avril dans leur lycée de Chibok, 786 morts en un mois au Nigéria et 6.000 victimes depuis un an, montée en puissance de Boko Haram, progression des jihadistes au Mali et libre circulation des armes dans tout le Sahel..., offensive islamiste à Benghazi et Derna en Libye avec 22 soldats tués et une attaque sur Syrte avec 18 morts, progression des islamistes vers la frontière de la Libye avec la Tunisie et enlèvement de 20 chrétiens coptes, accrochages entre groupes armés du nord entre Kidal et Gao au Mali, au nord de Gao la tension déportée aujourd'hui au nord-ouest, plus précisément à Ber, localité située à 70 km de Tombouctou où des groupes armés pro-gouvernementaux et rebelles se font face, prise de contrôle par un groupe islamiste samedi d’une base militaire et de plusieurs localités voisines dans l’extrême nord-est du Nigeria, le long des rives du lac Tchad, assassinat du maire de la commune d'Aderanboukane le 1er janvier au Mali,  véhicule de transport des casques bleus de l’ONU détruit par un engin explosif ce dimanche matin dans la région de Gao au Mali avec 6 blessés dont 3 graves, attaque d’un bateau malien près de Tombouctou, etc. etc. 

La situation au Mali est loin d’être réglée et notre action n’empêche pas les affrontements et ne règle aucun des problèmes qui divisent les ethnies de ce pays. La partie septentrionale du Mali a été secouée ces dernières semaines par des actes de violence et des affrontements armés, alors que le gouvernement malien et les groupes armés du nord s’apprêtent à se réunir à Alger dans le cadre de négociations d’un accord de paix global et définitif. Rien ne sera évidemment définitif et certains pays africains nous reprochent notre attitude en particulier en Libye que l’UMP comme le PS l’ont approuvé. On ne nous pas tout dit sur le dernier Forum International pour la paix et la sécurité en Afrique de Dakar le 16 décembre avec notre Ministre de la Défense et les chefs africains.

Le président du Niger, Mamadou Issoufou vient de lancer un cri désespéré: " Il faut une intervention militaire pour réparer les dégâts liés à la chute de Kadhafi, sinon nous aurons Daesh à nos portes". Lors du sommet du G8 de Deauville au mois de mai 2011, il avait fortement demandé au  président Sarkozy de renoncer à sa guerre. L'intervention avait été décidée par Nicolas Sarkozy influencé par BHL. Mais, de fil en aiguille, violant avec arrogance la résolution 1973 du 17 mars 2011 du Conseil de sécurité des Nations Unies, la France et l'Otan menèrent une vraie guerre tout en ciblant directement et à plusieurs reprises le colonel Kadhafi. Livrée désormais aux milices, la Libye est dirigée par deux Parlements et deux gouvernements rivaux, l'un proche de Fajr Libya et l'autre reconnu par la communauté internationale, siégeant à Tobrouk, près de la frontière égyptienne. Des miliciens islamistes de la coalition Fajr Libya (Aube de la Libye) ont tenté jeudi 25 décembre de prendre le contrôle de terminaux pétroliers et d'une centrale électrique dans l'est libyen. 

A Dakar, lors de la séance de clôture, trois des quatre chefs d'État qui ont participé à la cérémonie n'ont pas pris de gants pour appeler à une intervention armée en Libye. C'est d'abord Ibrahim Boubacar Keïta, en boubou blanc et en verve, qui a mis les pieds dans le plat : "Tant que l'on n'aura pas résolu le problème du Sud libyen, il n'y aura pas de paix dans notre région. La communauté internationale doit agir. On parle de la paix du monde, quand on parle de ce qui se passe dans le Sahel. La déclaration du Président sénégalais est sans appel : "Malheu­reusement, la Libye est un travail inachevé, Il faut que ceux qui l'ont entamé nous aident à le terminer. C'est une poudrière pour la zone sahélienne qu'il convient de traiter de manière appropriée. 

Nous voilà de nouveau poussés vers une action militaire en Libye, quelles que soient les dénégations de la France. On peut craindre qu’une nouvelle intervention ne résolve pas plus le confit mais renforce la détermination de ceux qui veulent imposer l’Islam à une culture honnie

 On ne lutte pas contre ce fanatisme religieux d’une autre culture

En les provoquant chez eux mais en les arrêtant chez nous. 

Les apprentis sorciers ne font que des catastrophes

Qui sème le vent récolte la tempête ! 

Claude Trouvé
Coordonnateur MPF du Languedoc-Roussillon

dimanche 4 janvier 2015

Celui qui croyait prendre, pourrait bien être pris !



La guerre USA-Russie est ouverte au moins depuis que les Occidentaux soutiennent et arment les rebelles syriens, eux-mêmes phagocytés par les djihadistes de l’Etat Islamique aidés par la Turquie pour réduire les kurdes. En attaquant finalement l’Etat Islamique, tout en procédant à la destruction de l’économie syrienne par des raids aériens qui ne font guère de distinctions sur les hommes visés sur le terrain et imbriqués dans les combats, les USA et leurs amis occidentaux ont directement visé la Russie, partenaire de la Syrie avec son port de Tartous sur la Méditerranée. Cette ouverture sur les mers du sud fait partie intégrante de la géopolitique russe, géopolitique ancestrale. Le soulèvement largement aidé de la place Maïdan contre le régime ukrainien, la mise au pouvoir d’un Président par une assemblée terrorisée par les groupes néo-nazis et par les alliés occidentaux, président largement contrôlé par des ressortissants américains, ont déclenché une révolution pro-russe et une répression qui ensanglante le pays.

La manœuvre avec la main tendue de l’Europe à l’Ukraine pour l’intégration à l’UE et le traité d’assistance de l’OTAN conclu avec les USA, tend à séparer ce pays de l’orbite économique russe et à implanter l’OTAN à la frontière de celle-ci. Cette approche militaire des frontières russes est aussi insupportable pour ce pays que les missiles à Cuba pour les américains. Ces derniers continuent d’ailleurs à « s’intéresser » aux « printemps de la liberté » dans le monde asiatique, comme à Hong-Kong et à Moscou récemment, suivant sa stratégie du chaos dont le premier volet est le pourrissement intérieur social et économique. Pour compléter l’action extérieure actuelle, une attaque spéculative sur le rouble a été propulsée alors qu’une baisse du pétrole simultanée a été observée sous la pression de l’Arabie Saoudite. 

Mais tout ne se déroule pas comme prévu, la Russie permet à Bachar el-Assad de ne pas plier, empoche sans coup férir la Crimée volontaire pour l’annexion, et aide les pro-russes ukrainiens à bloquer la reconquête de la partie Est du territoire ukrainien par le pouvoir central tant que des concessions majeures d’autonomie n’ont pas été obtenues. La réaction russe a été cette fois très rapide après avoir été échaudée en laissant faire l’intervention en Lybie. L’attaque spéculative sur le rouble a affaibli celui-ci de 45% par rapport à l’euro mais il était surévalué de 15%, la chute n’est en fait que de 30%. Mais surtout la Banque centrale russe a racheté des roubles par l’intermédiaire de la Chine, le rouble et le yuan renminbi étant liés à parité constante. Par ailleurs la Chine a montré qu’elle ne laisserait pas s’écrouler le rouble en mettant ses réserves de 4.000 milliards dans la balance. La chute du rouble de 30% est en réalité que grossièrement l’impact de la baisse du pétrole à 55$ le baril, pétrole et gaz dont dépend fortement l’économie russe.

Si l’aide aux rebelles syriens réduit la Syrie à une immigration massive, à une économie exsangue et à une partition de fait du territoire, Bachar el-Assad, démocratiquement élu, est toujours là et toujours soutenu par le peuple. Si la menace de l’OTAN est présente en Ukraine, la Crimée s’est ralliée à la Russie et n’en sortira plus, et l’Ukraine ne pourra continuer à exister sans lâcher une grande indépendance à la Novorussia de l’Est. Si l’attaque contre le rouble affaiblit l’économie russe, elle est désormais bloquée. Si la baisse du pétrole diminue les rentrées de devises, curieusement les pétroliers russes ne s’affolent pas et Poutine ne prend pas contact avec l’Arabie Saoudite pour qu’ils agissent ensemble pour relever le prix du baril. Tiens ? 

Si les Etats-Unis se sont mis d’accord avec l’Arabie Saoudite pour mettre la Russie en difficulté, celle-ci ne semble pas crier au loup, par contre l’huile de schiste beaucoup plus chère à l’extraction que le pétrole saoudien et même russe va mettre en difficulté tous les producteurs américains. Ces derniers ont souvent investi en empruntant pour l’achat des terrains et l’investissement en matériel d’exploitation, or à 55$ le baril ils produisent à perte. La première année d’extraction le coût est de l’ordre de 60$ mais il augmente rapidement avec le temps, l’extraction devenant de plus en plus difficile, et atteindre 80 voire 100$ le baril. On peut donc penser que de nombreuses faillites vont se produire dans les prochains mois. Si c’est les Etats-Unis qui ont lancé cette chute du prix en accord avec l’Arabie Saoudite, ils ont bien mal joué, car le retour économique et social va leur faire du mal rapidement, d’autant plus que la légère embellie de la croissance américaine est largement liée à l’autonomie pétrole de l’huile de schiste. Ce que j’avais déjà fait remarquer.

Une autre hypothèse est possible, l’idée ne serait pas américaine mais russe et saoudienne. N’oublions pas qu’un accord existe entre les Etats-Unis et l’Arabie Saoudite stipulant que cette dernière assure l’approvisionnement des Etats-Unis et qu’en contrepartie ceux-ci garantissent la protection de l’Arabie Saoudite. S’ajoute à cela la contrainte de la vente du pétrole en dollar qui a été imposée en plus à l’OPEP grâce à l’Arabie Saoudite, contrainte devenue la pièce maîtresse de l’hégémonie américaine. Or l’autosuffisance américaine en pétrole change la donne. L’Arabie Saoudite perd le marché américain sauf si le prix du marché met le pétrole américain en difficulté. Des trois producteurs, Etats-Unis, Arabie Saoudite, Russie, le plus handicapé est le premier ! 

Cela expliquerait l’apparent dos rond russe à la baisse du pétrole. La Russie attendrait que la production américaine s’effondre, ce qui pourrait se produire assez vite dans le premier semestre 2015. Il lui faudrait tenir jusqu’à ce que l’effet sur les USA se produise mais l’impact pour elle serait moins important sur cette durée et son pétrole serait toujours payé en dollars. Ensuite il suffirait de faire remonter les cours vers 80$ pour que les dollars affluent de nouveau chez les pétroliers russes et saoudiens alors que les USA ne seraient plus auto-suffisants. Poutine joue sans doute beaucoup plus fin que les Etats-Unis auquel cas l’ours russe montrerait alors un talent stratégique remarquable. 

La stratégie américaine est tellement grossière et connue 

Que ses adversaires échafaudent facilement des parades.

L’heure de l’hégémonie américaine est en phase de déclin. 

Nous entrons dans la poussée d’un monde multipolaire

Où les risques d’affrontement se multiplient ! 

Claude Trouvé
Coordonnateur MPF du Languedoc-Roussillon